Pour la quatrième année consécutive, la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, la Chambre de commerce de Lévis et Québec International ont dévoilé lundi les résultats d'un sondage réalisé par Léger auprès de 280 dirigeants d'entreprise de la grande région de Québec.

Les gens d'affaires de Québec optimistes... mais prudents

Les entrepreneurs de Québec n'ont rien perdu de leur optimisme à l'égard de leur prospérité et de celle de la région de Québec. Cet optimisme est toutefois teinté de prudence en ce début de 2014. La raison: les finances publiques.
«Nous sortons d'une année électorale au cours de laquelle il a été abondamment question de finances publiques et plus particulièrement de régimes de retraite», relate le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, Alain Kirouac, en rappelant l'épisode des taxes commerciales et industrielles au début de 2013. «Et puis, tout juste avant la fin de l'année, le gouvernement du Québec signalait qu'il ne parviendrait pas en 2014 - ni en 2015 - à atteindre l'équilibre budgétaire. Tout ça alimente l'inquiétude des gens d'affaires.»
Pour la quatrième année consécutive, la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, la Chambre de commerce de Lévis et Québec International ont dévoilé lundi les résultats d'un sondage réalisé par Léger auprès de 280 dirigeants d'entreprise de la grande région de Québec.
L'enquête permet de mesurer l'indice de confiance des patrons et de connaître leur perception de l'environnement économique en ce début d'année 2014.
Le coup de sonde révèle que 73 % des dirigeants entrevoient 2014 avec optimisme pour leur secteur d'activité, soit une baisse de neuf points de pourcentage par rapport à 2013. En jetant un oeil sur la dernière année, 60 % des dirigeants d'entreprise interrogés signalent que 2013 avait été relativement une bonne année pour leur secteur d'activité. Il s'agit d'une baisse de 21 points de pourcentage par rapport à 2012.
Par contre, 80 % des entrepreneurs croient qu'ils augmenteront leurs ventes en 2014. Cette augmentation, toutefois, ne sera pas aussi forte que par les années précédentes.
En ce début d'année, 58 % des dirigeants affirment que leur carnet de commandes est aussi bon sinon mieux rempli que celui de 2013 à la même période.
En ce qui a trait aux perspectives économiques proprement dites, 74 % des répondants estiment qu'elles seront favorables dans la région de Québec. «Nous dénotons toutefois une réserve», informe Caroline Roy, vice-présidente à la recherche au bureau de Québec de Léger. «La statistique est plus modérée qu'en 2012 et en 2013 alors que les répondants mentionnaient dans des proportions de 92 % et 86 % que les perspectives dans la région allaient être plus favorables.»
Pour le Québec, la confiance des gens d'affaires de la région est à la baisse à l'égard des perspectives économiques. Seulement 58 % des dirigeants pensent qu'elles seront plus favorables en 2014. Une chute spectaculaire de 22 points comparativement à 2012. Par contre, dans le cas des États-Unis, l'optimisme est de retour.
En effet, 78 % des répondants affirment que les perspectives seront plus favorables en 2014.
Investissements et embauches
Malgré cette confiance plus modérée, les dirigeants d'entreprise maintiennent les bons réflexes: ils ont l'intention de continuer d'investir et de développer leur marché hors Québec.
En 2014, 68 % des dirigeants prévoient investir dans leur entreprise. L'an dernier, 69 % des répondants au sondage avaient signalé qu'ils entendaient réaliser des investissements dans leur organisation. Dans les faits, 67 % des entreprises l'ont fait. En 2014, les investissements se feront principalement du côté du marketing, de la formation du personnel et de l'informatique.
En 2013, 47 % des entreprises ont réalisé des ventes à l'extérieur du Québec. Il s'agit de pourcentage plus élevé qu'en 2011 (31 %) et en 2012 (33 %). Pour ce qui est de la nouvelle année, 48 % des dirigeants ont l'intention de diversifier leur marché à l'extérieur du Québec, et ce, principalement au Canada.
Par ailleurs, la proportion des dirigeants qui prévoient faire des embauches est légèrement en baisse. Pour 2014, 61 % des entreprises prévoient effectuer des embauches. En 2013, 76 % prévoyaient en faire. Dans les faits, 67 % en ont fait. Par ailleurs, près de 8 dirigeants d'entreprise sur 10 disent éprouver de la difficulté à recruter de la main-d'oeuvre. D'ailleurs, le recrutement d'une main-d'oeuvre qualifiée est le problème le plus important identifié par les patrons en matière de ressources humaines. «Ça s'intensifie d'une année à l'autre», note Caroline Roy.
Les enjeux pour la région de Québec en 2014 demeurent sensiblement les mêmes qu'en 2013, bien que certains d'entre eux prennent plus d'importance.
La gestion des finances publiques, la disponibilité de la main-d'oeuvre, la création d'emplois et la croissance économique, et le développement du réseau routier et du transport en commun apparaissent dans le top 4 des enjeux identifiés par les patrons. La préoccupation à l'égard de la saine gestion des deniers publics prend de l'importance: 67 % des répondants ont identifié la gestion des finances publiques comme enjeu majeur comparativement à 49 % pour 2013.
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<p>Perspectives économiques: perception des patrons d'entreprises de Québec</p>
Pas une bulle sur le point d'éclater
Les leaders économiques régionaux ne s'arrachent pas les cheveux à la lumière des résultats du sondage réalisé par Léger montrant un «optimisme prudent» des chefs d'entreprise pour 2014.
«L'optimisme et la modération exprimés par les gens d'affaires concordent avec les perspectives économiques actuelles», fait remarquer la vice-présidente à la croissance des entreprises et à la prospection des investissements étrangers chez Québec International, Lyne Lagacé. «En effet, les principaux indicateurs économiques démontrent que la région est toujours dans une perspective de croissance, mais que celle-ci sera un peu moins soutenue que par le passé.»
En effet, la région est sur une lancée spectaculaire depuis quelques années. Son PIB devrait connaître une croissance de 1 % en 2013 et de 2 % en 2014. Elle a fait un gain de 1000 emplois l'an dernier et les prévisions montrent la création possible de 2000 à 3000 emplois cette année. Les investissements non résidentiels ont totalisé 1 milliard $, soit 10 % de plus qu'en 2012. Et des projets, il y en a pour 8,9 milliards $ d'ici 2020.
Pour le président de la Chambre de commerce de Lévis, Jérôme Jolicoeur, le retour en force de l'économie américaine et la chute de la valeur du huard par rapport à celle de la devise américaine apporteront de nouvelles occasions d'affaires aux entreprises d'ici.
«La reprise de l'économie américaine, l'accord de libre-échange avec l'Europe ainsi que la poursuite des échanges avec l'Asie permettront d'explorer des avenues difficilement imaginables ces dernières années», a insisté pour sa part le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, Alain Kirouac. «Apprendre, dans le sondage, que les entreprises vont continuer à investir et à chercher à exporter leurs produits et services est un indicateur important de la vigueur de l'économie régionale.»
«L'économie de Québec n'est pas une bulle économique qui s'apprête à éclater», a fait valoir l'économiste principal de Québec International, Louis Gagnon. Il la compare plutôt à un coureur qui, après un sprint, prend le temps de s'abreuver et de s'alimenter avant de repartir au rythme, cette fois, d'un marathonien.