La recherche est en partie financée par l'entreprise de technologie Delvinia établie à Toronto.

Les entreprises en forte croissance affirment obtenir peu d'aide d'Ottawa

OTTAWA — Les investissements du gouvernement fédéral pour soutenir les entreprises du secteur des technologies qui sont en forte croissance ont peu d'impact sur les jeunes entreprises qui ont déjà dépassé la phase de démarrage, indique un nouveau sondage mené auprès des dirigeants d'entreprises de ce secteur au Canada.

Ces observations font partie des premiers résultats d'un projet de recherche triennal qui a pour objectif de définir ce que sont des entreprises de taille moyenne à fort potentiel de croissance, aussi appelées gazelles, de préciser ce qui les empêche de devenir de grandes entreprises au Canada et de veiller à ce qu'elles soient au centre des discussions politiques.

«Les gazelles ne voient pas leurs intérêts reflétés dans le programme d'innovation fédéral», souligne un document résumant les opinions des dirigeants de 48 de ces entreprises recueillies lors d'entrevues l'été dernier. La recherche est une collaboration entre le secteur industriel et l'Université de Toronto.

La recherche est en partie financée par l'entreprise de technologie Delvinia établie à Toronto. Le fondateur et chef de la direction de l'entreprise, Adam Froman, a déclaré avoir eu recours à de nombreux programmes fédéraux différents au cours des 20 dernières années et avoir constaté des lacunes pour les gazelles.

Le problème est, a-t-il dit, que sans appui continu, les entreprises canadiennes sont rachetées par des organisations étrangères, qui engloutissent du même coup une propriété intellectuelle précieuse qu'Ottawa a contribué à développer.

Ottawa, a déclaré M. Froman, reste déterminé à aider les entreprises dont les revenus annuels sont inférieurs à 10 millions $, alors qu'il devrait continuer à soutenir les «entreprises les plus à risque», soit celles rapportant entre 10 et 100 millions $ par an.

«Si on peut réellement aider plus d'entreprises à atteindre des chiffres d'affaires de 50 à 100 millions $ et les garder au Canada, cela aura un impact important sur la prospérité économique future du pays», a-t-il ajouté.

Depuis leur arrivée au pouvoir en 2015, les libéraux fédéraux ont misé gros dans l'espoir d'aider les secteurs en croissance rapide. Ottawa veut que le Canada crée des entreprises d'envergure mondiale capables de générer une croissance à long terme et de créer de nombreux emplois.

Parmi les mesures proposées, Ottawa a investi 950 millions $ de fonds publics dans cinq «supergrappes» technologiques, créé un programme de 100 millions $ visant à faire du gouvernement fédéral un meilleur client des produits novateurs des entreprises canadiennes et apporté des modifications conçues pour attirer les talents étrangers de haut niveau à s'installer au Canada.

Toutefois, malgré les efforts d'Ottawa, les dirigeants interrogés entre juin et septembre ont indiqué que les politiques fédérales visaient principalement à aider les petites entreprises en démarrage.

Une porte-parole du ministre du Développement économique, Navdeep Bains, a soutenu jeudi qu'aider les entreprises à se développer, à croître et à s'exporter était une priorité absolue.

«Notre gouvernement a pris des mesures concrètes pour faciliter l'accès au capital, aux nouveaux marchés et aux talents (pour les gazelles)», a commenté Dani Keenan dans un communiqué.

«Nous allons continuer de collaborer étroitement avec les entreprises pour créer les conditions propices à leur réussite et à la création de bons emplois pour les Canadiens», a-t-elle ajouté.

Dans un rapport publié en septembre, un groupe consultatif composé de dirigeants de l'industrie mis sur pied par le ministère de M. Bains a conclu que le Canada avait une forte culture entrepreneuriale et une forte capacité de création d'entreprises, mais qu'il ne réussissait pas à les amener au niveau supérieur.

«Le problème, c'est que les programmes gouvernementaux ont tendance à cibler les entrepreneurs et les PME», indique le rapport de stratégie économique sur l'industrie numérique. Il suggère de recadrer les programmes pour soutenir davantage les entreprises performantes à forte croissance pour les propulser à l'échelle internationale.