Les entreprises de la région ont moins d'attrait pour la Bourse

Depuis 2006, le nombre d'entreprises enregistrées à la Bourse de Toronto et dont le siège social est basé dans la Capitale-Nationale ou dans la Chaudière-Appalaches, a chuté de plus de 50 %. Aujourd'hui, il est de plus en plus difficile pour un investisseur de déplier les billets verts pour encourager un fleuron de sa région.
Jeudi, le Groupe Canam (TSX :CAM) a annoncé mettre fin à son expérience sur le parquet boursier torontois. Afin de redevenir une entreprise privée, et ce, après 33 ans, la famille Dutil a choisi de s'associer avec le fonds d'investissement American Industrial Partners (AIP). Ce dernier deviendra propriétaire à 60 % de la compagnie. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le Fonds de solidarité FTQ sont également de l'aventure.
Selon l'Indice boursier régional (IBR) Québec Chaudière-Appalaches, en 2006, les gens d'affaires pouvaient investir dans 46 entreprises sur le territoire. Au bilan boursier régional 2013, on dénombrait 27 sociétés publiques. Aujourd'hui, sans Canam - le vote des actionnaires aura lieu au mois de juin -, on retrouve 21 titres de la région.
Pour le grand patron du groupe beauceron, Marc Dutil, qui participait vendredi à ce qui devrait être la dernière assemblée générale annuelle de l'entreprise, cette situation n'a rien de surprenant. Les outils financiers à la disposition des sociétés sont en 2017 beaucoup plus nombreux que dans les années 80.
«Il y a maintenant du capital de disponible. Tu ne vas pas en Bourse pour avoir ton visage dans le journal. Tu vas en Bourse pour avoir accès à du financement qui aide ton entreprise à grandir», indique au Soleil le président et chef de la direction du Groupe Canam. «Aujourd'hui, avec les fonds privés, la Caisse de dépôt, Desjardins avec son programme d'investissement dans les organisations, le Fonds de solidarité FTQ et différents véhicules en Ontario, il y a de l'argent de disponible», poursuit M. Dutil, quelques minutes après son allocution devant les actionnaires.
D'ailleurs, 52 investisseurs - qui se partagent près de 65,5 % des actions - étaient présents pour l'événement. Ceux avec qui Le Soleil a discuté ont semblé satisfaits de l'offre de 12,30 $ par action déposée par les sociétés impliquées dans la transaction. Durant l'assemblée, seulement une question sur ce sujet a été posée au conseil d'administration.
L'argent intelligent
Pour expliquer la baisse de popularité de la Bourse, M. Dutil est également d'avis qu'il est plus intéressant pour une compagnie de s'associer avec une organisation, ou un fonds, que de faire le saut sur le marché boursier. Le fait d'être privé permet aussi de mieux camoufler certaines stratégies d'affaires.
«Si je vais à la Bourse, celui qui me prête de l'argent, il est intéressé au rendement, il m'encadre, mais il n'apporte pas nécessairement d'expertise dans mon métier. Si, par exemple, je suis dans l'alimentaire et que je vais voir un groupe qui se spécialise dans ce domaine et qui a procédé à plusieurs investissements dans d'autres compagnies, il va pouvoir m'aider à grandir grâce à ses connaissances. C'est ce que j'appelle de l'argent intelligent», explique M. Dutil. 
Ce dernier ajoute que la réglementation envers les sociétés publiques est aujourd'hui très complexe, comparativement à 1984, lorsque l'entreprise a commencé à ouvrir ses livres.
Connaître les gens
Pour certains actionnaires, la transaction de Canam avec un fonds américain est vue d'un bon oeil, surtout qu'en l'espace de 12 heures, l'action a presque doublé. Du lot, on retrouve Jean Guay, qui détient des participations dans la compagnie depuis 1984. Au départ, il avait investi 2500 $.
«J'ai choisi la famille Dutil, car l'entreprise répondait à mes valeurs et je connaissais également les gens», explique-t-il. «Je n'ai jamais regretté mon choix, et ce, même s'il y a eu des hauts et des bas. Au final, je suis content. L'offre est satisfaisante. Ce sont des gens qui se sont beaucoup impliqués dans la région», poursuit-il.
M. Guay, qui a enseigné comme professeur à Marc Dutil, concède qu'il est plus difficile aujourd'hui pour une personne d'investir financièrement dans une compagnie de sa région. Il déplore d'ailleurs quelque peu cette situation.
«Lorsque tu as la chance de connaître des gens dans une entreprise, tu sais si l'employeur respecte les humains et tu vois le vrai visage de la compagnie. Tu vas comme dans sa cuisine. Avec la technologie disponible aujourd'hui, tu connais les compagnies, mais tu n'es pas capable d'avoir leur vrai profil», estime-t-il. 
Pour la firme Pratte gestion de portefeuilles, il est effectivement plus difficile actuellement de dénicher des sociétés pour un investisseur qui souhaite détenir un portefeuille régional.
«Comme investisseur, tout d'abord, le positionnement géographique ne devrait pas être une barrière à ta stratégie d'investissement», conseille Philippe Pratte, président, chef des investissements et gestionnaire chez Pratte gestion de portefeuilles. «Maintenant, certaines personnes désirent des produits régionaux. C'est certain qu'avec Canam en moins sur le marché, le choix vient encore de diminuer. [...] On le voit, il y a de moins en moins de sociétés publiques basées au Québec. Et l'offre est très limitée au niveau des secteurs d'affaires, ce qui augmente les risques», conclut-il.
Entreprises cotées en Bourse
Nombre de sociétés de la région de Québec et de la Chaudière-Appalaches enregistrées à la Bourse de Toronto en avril de chaque année.
• 2006: 46
• 2007: 45
• 2008: 43
• 2009: 38
• 2010: 35
• 2011: 31
• 2012: 29
• 2013: 27
• 2014: 26
• 2015: 27
• 2016: 25
• 2017: 21
Source: Indice boursier régional Québec Chaudière-Appalaches