Les détaillants ont les moyens de baisser le prix de l'essence

S'ils sont un brin raisonnables, les détaillants ne devraient pas augmenter le prix de l'essence à la veille des vacances de la construction. À Québec, ils ont un coussin suffisamment confortable pour leur permettre de baisser de 2 ¢ le litre d'essence ordinaire vendu à la pompe. Le feront-ils? Croisons-nous les doigts.
<p>Variations des prix à la pompe à Québec lors des congés fériés</p>
En fin d'après-midi, jeudi, le prix moyen pour un litre d'essence ordinaire dans la région de Québec affichait 1,39 $. Il n'avait pratiquement pas bougé depuis le début de la semaine. Costco, pour sa part, le vendait 4 ¢ de moins à Sainte-Foy. Le CAA-Québec estimait, pour sa part, que le prix réaliste du litre d'essence ordinaire s'établissait à 1,37 $.
Selon la Régie de l'énergie, le prix moyen de l'essence ordinaire à la pompe se vendait 1,40 $ le litre en mai et à 1,41 $ en juin.
Dans la métropole, Essence Montréal rapportait, jeudi, que certaines stations-service avaient augmenté leur prix à 1,46 $ le litre, soit une majoration de 0,12 $ d'un seul coup. Si cette pratique se poursuit, il y a de fortes chances que la majorité des stations montréalaises auront augmenté leurs prix ce matin, avisait le site Web de surveillance des prix de l'essence.
L'an dernier, le vendredi précédent le début des vacances de la construction, les automobilistes de la région de Québec avaient goûté à la médecine des pétrolières. Au moment de lever les voiles, ils apprenaient que le litre d'essence venait de faire un bond de 5 ¢, passant de 1,39 $ à 1,44 $. Un rajustement justifié, estimait alors le CAA-Québec, compte tenu des faibles marges au détail prélevées par les essenceries dans les jours précédents et de la hausse des indicateurs pétroliers.
«Par contre, au cours des deux semaines des vacances de la construction, les détaillants avaient maintenu des marges trop élevées», rappelle la vice-présidente aux communications et aux affaires publiques du CAA-Québec, Sophie Gagnon.
D'ailleurs, tout au long de 2013, les détaillants ont continué à être trop gourmands. De sorte qu'ils ont pu bénéficier d'une hausse moyenne de 14 % de la marge au détail prélevée sur chaque litre d'essence vendu. En d'autres mots, l'industrie pétrolière a engrangé encore plus de profits.
Et elle en accumule toujours plus en vendant le litre d'essence ordinaire 2 ¢ de plus que le prix réaliste à Québec, fait remarquer Mme Gagnon.
En baissant de 2 ¢ le litre d'ordinaire, les marchands d'essence conserveraient une marge au détail «correcte et réaliste», affirme-t-elle. «Ça ne serait pas déraisonnable pour eux d'autant plus que les coûts d'acquisition de l'essence sont en baisse depuis quelques jours et que le prix du pétrole brut n'a pas trop bougé.»
Déboulonner un mythe
Contrairement à la croyance populaire, les prix de l'essence n'augmentent pas automatiquement à l'approche d'un congé quelconque.
À Québec, au cours des cinq dernières années, le prix de l'essence n'a augmenté qu'une seule fois - c'était en 2013 - à la veille des vacances de la construction, selon un relevé effectué par le CAA-Québec. «Par contre, il est vrai d'affirmer que les prix sont généralement toujours plus élevés durant la saison des grands déplacements, soit entre mai et septembre. C'est le cas au Québec. C'est le cas aussi un partout», fait remarquer Sophie Gagnon.
Une évaluation «impartiale» publiée en mai dernier par la firme MJ Ervin & Associates tend à déboulonner le mythe voulant que les prix de l'essence grimpent en flèche à l'approche des longues fins de semaine.
Les spécialistes du marché du pétrole ont examiné des données exhaustives pour déterminer si les hausses du prix de l'essence sont plus fréquentes pendant les semaines qui précèdent les longues fins de semaine qu'avant les fins de semaine ordinaires. Ils ont passé au crible les prix une semaine avant et une semaine après un congé dans plusieurs villes canadiennes, dont Québec.
Après avoir déterminé s'il y avait eu une augmentation, une baisse ou une stagnation du prix d'une semaine à l'autre et calculé l'amplitude moyenne de ces variations, les experts ont conclu que les prix à la pompe n'avaient pas davantage tendance à augmenter pendant une semaine qui précède une longue fin de semaine et que les variations étaient comparables à celles observées pendant les semaines sans congé.
«En réalité, la hausse moyenne du prix pendant les semaines qui précèdent une longue fin de semaine a été légèrement inférieure à celle des semaines sans congé, la baisse du prix étant même légèrement plus importante avant un congé», rapporte MJ Ervin & Associates. «Globalement, les variations du prix à la pompe suivent des tendances générales qui ne sont pas influencées par les fins de semaine prolongées comme les fluctuations des prix du pétrole brut par exemple.»
Enfin, selon la firme, «les prix ont plutôt tendance à augmenter au printemps et au début de l'été, puis à baisser à la fin de la saison estivale et à l'automne selon les tendances saisonnières globales de la demande de carburant».