Derrière la maison généralice des Soeurs de la Charité et ses champs en culture, la ville entière se profile.

Les coopératives agricoles à l'avant-scène pour nourrir la planète

Qu'elles soient petites ou gigantesques, les coopératives occupent une place stratégique dans l'alimentation planétaire, alors qu'elles fournissent la moitié de la production agricole. Ancrées dans une vision de long terme, elles sont un outil privilégié pour répondre aux besoins futurs d'une population qui s'élèvera à neuf milliards d'habitants en 2050.
Le Sommet international des coopératives en cours à Québec a offert mercredi une tribune de choix au secteur de l'agroalimentaire et à son immense potentiel.
Au Guatemala, la coopérative Fedecovera est devenue en une vingtaine d'années le plus gros producteur mondial de cardamome et a enregistré une croissance de 9000 % depuis ses débuts, témoignait ainsi son directeur général, Leonardo Delgado.
En Inde, la création en 1946 de ce qui est devenu la plus grosse coopérative laitière d'Asie a permis d'assurer la survie de millions de paysans, qui se partagent 80 % des profits de l'entreprise et consacrent le reste à son développement technologique et à des projets sociaux dans les villages où elle est présente.
Car, faut-il le rappeler, la distribution équitable de la ressource est l'une des valeurs fondamentales du coopératisme, mentionnait le chercheur Vrajlal Sapovadia. N'empêche, pour Yves Pelle, de PricewaterhouseCoopers, en France, les coopératives agricoles sont à la croisée des chemins. Tout en conservant les principes qui les caractérisent, elles doivent selon lui emprunter au modèle économique privé et intégrer la gestion du risque à leur fonctionnement.
Défis
La forte compétitivité mondiale, la libéralisation des marchés, la difficulté d'accéder aux capitaux sont autant de défis justifiant selon lui une plus grande concentration et une internationalisation de leurs pratiques. Elles doivent aussi regrouper leurs moyens en matière de recherche et développement pour faire face aux géants multinationaux, dit-il.
Les propos de M. Pelle ont eu l'heur de faire réagir un participant de la salle, l'ancien président de la CSN Gérald Larose, surpris de cette invitation à suivre la «logique infernale» du modèle capitaliste. Les coopératives agricoles sont porteuses d'une finalité sociale, en l'occurrence nourrir les populations, et c'est cette finalité qui doit orienter le débat sur leur avenir, croit-il.
Animateur du panel, le chef de la direction de la Coop fédérée, Claude Lafleur, a pour sa part fait remarquer qu'au Québec, l'idée de souveraineté alimentaire était passée en quelques décennies de «projet national», c'est-à-dire porté par l'État, à «projet d'entreprises». Selon lui, les coopératives sont importantes, car elles permettent de véhiculer d'autres valeurs.
Terres
Finalement, une participante a souligné qu'il existe 120 fonds dans le monde ayant pour unique but d'acquérir des terres agricoles, et qu'il est temps que les coopératives et les agriculteurs s'unissent pour éviter que le capitalisme ne détruise la capacité de nous nourrir. Des propos qui lui ont valu des applaudissements de la salle.