L'arrivée à Port-Daniel-Gascons d'une cimenterie semble incompréhensible pour l'auteur, selon qui le marché est déjà saturé et que le projet menacerait des emplois dans d'autres régions du Québec, tout en contribuant fortement aux émissions de gaz à effet de serre.

Les cimentiers veulent l'équité avec Ciment McInnis à Port Daniel

L'Association canadienne du ciment entend se servir de l'imminente campagne électorale au Québec pour exprimer son opposition à l'appui financier conféré par l'État québécois à Ciment McInnis pour la construction d'une cimenterie à Port-Daniel, en Gaspésie.
Cette association (ACC), qui compte quatre producteurs de ciment au Québec, avait pressé le gouvernement du Québec de ne pas investir dans ce projet d'un milliard de dollars, pour des raisons d'équité, puisque ses membres ne sont pas soutenus par l'État.
Voyant, près de trois semaines après l'annonce de l'entente de principe de 450 millions $ entre Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec et Ciment McInnis, que les pressions n'ont pas fonctionné, l'ACC entend maintenant intervenir davantage sur le terrain.
«Ils vont trouver les cimentiers sur leur chemin pendant la campagne électorale. Nous allons demander à messieurs les maires de Saint-Constant, de Joliette, de Saint-Basile et de Grenville-sur-la-Rouge [les municipalités où sont exploitées des cimenteries] de s'exprimer sur les impacts de l'arrivée d'un concurrent, soutenu fortement par le gouvernement, dans un contexte de surcapacité», précise Michel Binette, vice-président de l'Association canadienne du ciment.
L'ACC demande à l'État de dévoiler les analyses ayant mené à l'octroi d'un prêt de 250 millions $ et d'une injection de 100 millions $ dans le capital-actions du projet par Investissement Québec, et à la participation de 100 millions $ dans l'actionnariat par la Caisse de dépôt et placement.
À la mi-novembre, l'ACC a rencontré la ministre Élaine Zakaïb, déléguée à la Politique industrielle, et elle leur a demandé de faire réaliser une étude sur les conditions de marché en Amérique du Nord, déposée à la mi-janvier au gouvernement, qui devait s'en servir pour monter sa propre analyse.
Quand on demande à M. Binette si l'ACC a vu l'analyse de l'État, il répond qu'«on ne l'a pas vue. C'est l'une des raisons pour lesquelles on fait une campagne, pour exiger que le gouvernement nous montre sur quoi il s'est basé pour prendre cette décision. On espère qu'ils en ont [des documents]». L'étude faite pour le compte de l'ACC révèle qu'il y a non seulement surcapacité de production au Québec, où les quatre cimenteries ont produit deux millions de tonnes en 2013, alors que leur capacité atteint 3,7 millions de tonnes, mais qu'il y a aussi surcapacité de 600 000 tonnes dans le nord-est des États-Unis, l'un des marchés visés par Ciment McInnis, qui aura une capacité de 2,2 millions de tonnes par an.
«Ciment McInnis dit privilégier le marché des exportations aux États-Unis. C'est déjà un marché que nos membres occupent. Ils ont exporté 700 000 tonnes aux États-Unis l'an passé [...]. On prévoit un retour à l'équilibre en 2021 en tenant compte des fermetures possibles et des nouvelles cimenteries qui vont se construire. Ça [l'arrivée de Ciment McInnis] va juste ralentir ou retarder ce retour à l'équilibre», déplore M. Binette.