Le chantier Davie a livré le ravitailleurs Asterix, mais depuis l'entreprise doit effectuer des mises à pied à cause de l'absence de contrat.

Les bureaucrates nuisent à Davie

Il est grand temps que les élus à Ottawa prennent une décision concernant l’avenir du chantier Davie et qu’ils cassent le nœud de la bureaucratie fédérale qui cherche à faire mourir le chantier depuis le début des années 2000.

C’est ce qu’ont déclaré d’une même voix le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, et le porte-parole de Chantier Davie Canada, Frédérik Boisvert, lors d’une conférence de presse jeudi matin qui avait tout l’air d’une charge contre le modèle décisionnel noyauté par des fonctionnaires très peu favorables au chantier maritime lévisien.

Alors que les chantiers Seaspan et Irving ont obtenu tous les contrats de la marine, ils n’arrivent pas à livrer les commandes à temps depuis 2012, allongeant les délais d’année en année. MM. Lehouillier et Boisvert sont convaincus que les lobbyistes et les fonctionnaires font tout pour nuire au chantier lévisien. 

«Ce sont les élus qui doivent décider et non les bureaucrates», insiste le maire Lehouillier, «car il faut réparer l’injustice commise en 2011».

Rappelant que le ravitailleur Asterix a été livré à la marine canadienne en 24 mois, la perte d’expertise développée dans la construction modulaire serait néfaste, sans compter la perte d’employés spécialisés qui ne reviendront pas dans trois mois. «L’avenir de Davie, c’est maintenant qu’il se joue», a martelé M. Boisvert.

En même temps, les deux hommes ont rejeté du revers de la main les informations publiées dans La Presse jeudi matin à l’effet que des discussions se tenaient pour offrir des contrats au chantier lévisien pour éviter la saignée du côté des emplois.

«S’il y avait des projets pour Davie, nous serions les premiers à le savoir», estime M. Boisvert. Quant au projet de 2 milliards $ pour l’entretien et la construction de nouveaux navires «si l’habit est taillé sur mesure pour nous, les tracasseries bureaucratiques font en sorte que nous ne serons jamais retenus». Il cite notamment l’obligation que les alentours du chantier soient libres de glace en tout temps, ce qui est impossible compte tenu des problèmes de la Garde côtière avec ses brise-glace.

Si jamais le chantier Davie fermait, «la politique maritime du Québec prendrait l’eau», affirme le maire Lehouillier. Il n’y aurait plus d’expertise maritime pour la réparation et la construction dans la section Saint-Laurent Grands-Lac. 

«Toute l’économie québécoise serait affectée», avance-t-il, «et il faudrait 20 ans au moins pour reconstruire un chantier maritime de même envergure.»

Le maire, à la tête d’une coalition d’appui au chantier composée de gens d’affaires et d’élus de tous les partis provinciaux, affirme que le groupe continue de grandir et qu’il manifestera ses doléances encore plus fortement et sur toutes les tribunes, «car la relance de Davie, c’est maintenant une question nationale qu’il faut défendre».

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NOUVELLE SAIGNÉE AU CHANTIER

La ronde des mises à pied a repris de plus belle jeudi au chantier Davie. En après-midi, des travailleurs commençaient à recevoir leur avis de licenciement. Au total, 281 travailleurs retournent à la maison cette semaine.

Dans une conférence de presse en matinée à Lévis, le représentant de Chantier Davie Canada, Frédérik Boisvert, rappelait que 800 travailleurs sur 1200 perdraient leur emploi d’ici Noël. «Le temps des Fêtes sera très triste pour beaucoup de gens.»

Ces pertes d’emploi ont des incidences néfastes chez les 815 fournisseurs. Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, et M. Boisvert parlaient de 350 pertes d’emploi un peu partout dans les PME du Québec faisant affaire avec le chantier lévisien.

Parmi les 205 entreprises consultées au début du mois, 71 % d’entre elles affirment que la diminution des commandes se traduira certainement par des mises à pied. Et 76 % considèrent que le gouvernement fédéral n’a pas fait ce qu’il faut pour assurer l’avenir du chantier.

Même à Ottawa, un comité du Sénat critique vertement le ministère de la Défense nationale pour ses explications imprécises sur l’avenir du chantier naval Davie. Le comité sénatorial des finances se dit peu rassuré par les réponses floues que lui ont données les hauts fonctionnaires et voulait connaître les raisons qui avaient poussé le gouvernement à écarter la commande d’un deuxième navire de ravitaillement au chantier maritime Davie. Avec La Presse Canadienne