Une opération bien huilée de transfert d'entreprise permettra bientôt à Arleen Gagnon et Martin Dionne de prendre la direction de l'entreprise familiale Les Aliments La Paysanne.

Les aliments La Paysanne: la famille un jour, la famille toujours

Les yeux de Jean-Marie Dionne s'illuminent lorsqu'il se remémore le jour où son fils Martin et Arleen Gagnon, la directrice de la R et D et de l'assurance qualité, l'ont approché pour acheter l'entreprise.
«Ils sont venus nous voir, ma femme et moi, pour nous dire qu'ils avaient de l'intérêt pour acheter la compagnie. Nous ne nous y attendions pas du tout. Imaginez la surprise! Et notre bonheur!» raconte le fondateur et président des Aliments La Paysanne, une compagnie qui célèbre cette année son 30e anniversaire.
«Ouf! Nous n'aurions pas à devoir subir le départ de notre bébé», ajoute sa conjointe et collaboratrice de tous les instants, Ginette Houle. En 2009, Jean-Marie Dionne est décidé à vendre son entreprise de Lévis. «J'avais commencé à travailler très jeune et je trouvais que le moment était venu de commencer à penser à vendre», se rappelle l'homme qui a aujourd'hui 63 ans. Le hasard faisant bien les choses, Ginette Houle, de sept ans sa cadette, avait le goût de ralentir la cadence.
L'intérêt pour l'entreprise spécialisée dans la fabrication de produits alimentaires et plus important fournisseur de fondue parmesan au Québec était indéniable.
«Des acheteurs, ce n'est surtout pas ça qui manquait», affirme Jean-Marie Dionne. En effet, l'entreprise qui compte aujourd'hui une vingtaine d'employés n'a cessé de croître depuis sa fondation en 1980. À trois reprises, au fil des ans, elle a dû se relocaliser pour en arriver à répondre à la demande de ses clients.
C'est justement en discutant d'une offre d'achat reçue quelques jours plus tôt avec leur fils Martin et Arleen Gagnon que Jean-Marie Dionne et Ginette Houle ont appris qu'ils avaient devant eux les deux acheteurs les plus sérieux. Ginette Houle raconte qu'à la maison, il était rarement question des affaires de la compagnie. «C'était une consigne à laquelle je tenais beaucoup compte tenu que nous pouvions passer jusqu'à 80 heures par semaine à l'usine. Il devait y avoir une coupure à quelque part.»
C'est pour cette raison que les parents n'ont jamais mis de pression sur leur fils Martin pour qu'il assume la relève.
Comme Arleen Gagnon, détentrice d'un baccalauréat en sciences et technologie des aliments de l'Université Laval, Martin Dionne travaillait dans l'entreprise familiale depuis 10 ans au moment de la «grande révélation». Leur fils avait touché à tout. Il avait été contremaître de production, acheteur, etc. Il prenait graduellement de nouvelles responsabilités. Arleen Gagnon, elle, était responsable de la R et D et de l'assurance qualité et possédait une solide connaissance des tendances du marché et des besoins de la clientèle.
La transition
Depuis déjà quelques mois, le processus de transfert d'entreprise est en marche. Des avocats, des comptables, des fiscalistes sont à pied d'oeuvre pour mener l'opération à bon port. Un processus long, difficile, mais nécessaire, affirme le quatuor.
«C'est certain que ça aurait été plus simple de vendre à un étranger; il nous aurait payés et ça aurait été merci et bonsoir la visite», commente Ginette Houle en soulignant que l'environnement fiscal québécois n'encourageait pas le transfert d'entreprise d'une génération à une autre à moins de vouloir volontairement chercher à endetter à l'os ses enfants.
Jean-Marie Dionne signale à cet effet que les cas d'entreprises familiales vendues à des étrangers plutôt qu'à des membres de la famille ou encore à des employés intéressés à assurer la pérennité de l'entreprise ne se comptaient plus tellement ils sont nombreux.
Bientôt, Martin Dionne et Arleen Gagnon deviendront respectivement président et vice-présidente des Aliments La Paysanne.
«Je vais rester un bout de temps pour les aider», indique Jean-Marie Dionne qui continuera à gérer les immeubles appartenant à la compagnie. «Quand on va les sentir prêts, on va lâcher les cordeaux», ajoute Ginette Houle, qui n'est pas encore convaincue que son mari parviendra facilement à couper les liens avec l'entreprise.
«Moi, je vais être capable de faire la coupure. Mon mari, ce n'est pas certain. De toute façon, je finirai bien par réussir à le traîner par le collet jusqu'à la maison», pousse-t-elle dans un grand éclat de rire.