Margo Setlakwe Blouin, présidente de la Maison A. Setlakwe de Thetford Mines

Les affaires au féminin

PREMIER DE TROIS / Dans les pays en voie de développement, Desjardins donne l’accès aux femmes à des ressources financières. À Thetford Mines, une jeune femme de 29 ans, Margo Setlakwe Blouin, devient la présidente d’une entreprise centenaire. À Québec, des associations convient les femmes à réseauter, à échanger. Trois variations sur un même thème. Les femmes et les affaires.

D’AZIZ À MARGO

D’abord, il y a eu Aziz. Puis se sont succédés Calil, Raymond et Andrew. Maintenant, faites connaissance avec Margo.

Il y a une dizaine de jours , Margo Setlakwe Blouin devenait la présidente de la Maison A. Setlakwe de Thetford Mines, un commerçant de vêtements pour tous les membres de la famille.

Elle est devenue la première femme à la tête de cette entreprise familiale fondée en 1904.

C’est à Disraeli qu’Aziz avait ouvert son premier magasin. Il avait quitté son pays natal, l’Arménie, où les Turcs menaient un véritable génocide contre les Arméniens chrétiens. Les cinq frères d’Aziz avaient été tués.

Le nom de famille d’Aziz était Safarian. Lui et ses frères se faisaient appeler Setlakwe, ce qui signifiait les six frères.

«Je suis chanceuse. Il y a 20 ou 30 ans, il n’était pas coutume de confier un poste de cette importance à une femme. Ce n’était pas parce que les femmes ne possédaient pas les compétences ou les connaissances nécessaires. Bien au contraire. C’était tout simplement comme ça à cette époque-là. Heureusement, les temps ont changé. Les mentalités aussi», confie au Soleil la jeune femme de 29 ans en insistant sur l’ouverture d’esprit démontrée par sa famille. «C’est mon grand-père Raymond (NDLR : le copropriétaire de l’entreprise familiale avec son frère Richard Setlakwe) qui m’a nommée présidente.»

Margo Setlakwe Blouin l’avoue. La pression est forte sur ses épaules. Et ce n’est pas parce qu’elle est une femme.

«Tenir les guides d’une entreprise de 114 ans qui a toujours appartenu à ma famille, ça apporte une bonne dose de pression. Que ça soit à une femme ou à un homme. Tu ne veux pas être celle ou celui qui va mettre la clé sous la porte. Ici, à Thetford Mines, notre commerce est une institution.»

La Maison A. Setlakwe, c’est trois magasins qui ont pignon sur rue à Thetford Mines, à Disraeli et à Sainte-Marie.

Le détaillant est aussi propriétaire de huit boutiques Silhouette Lingerie.

L’entreprise fait travailler 150 personnes.

De BRP à l’entreprise familiale

Curieusement, Margo Setlakwe Blouin n’ambitionnait nullement joindre les rangs de l’entreprise familiale.

«J’en entendais beaucoup parler à la maison. Ma mère, Ann Setlakwe, y travaillait. Je m’intéressais évidemment à ce qui se passait sans toutefois me dire que c’est là, un jour, que j’allais y gagner ma vie.»

À la fin de ses études, celle qui détient un baccalauréat en administration des affaires avec une majeure en marketing, a pris le chemin de la grande entreprise. Elle s’est retrouvée chez Bombardier Produits récréatifs à Valcourt. Elle occupait le poste de coordonnatrice marketing pour la division de l’Amérique du Nord de la marque Sea-Doo.

«Mon passage chez Bombardier m’a permis de me rendre compte qu’il me serait plus facile de faire avancer mes idées dans une plus petite entreprise.»

En novembre 2012, elle décidait d’accepter le poste de directrice des ventes et du marketing de la Maison A. Setlakwe. Margo et son conjoint ont alors quitté Sherbrooke pour établir leurs pénates à Thetford Mines.

L’accession de la jeune femme à la présidence de l’entreprise familiale s’est faite plus rapidement que prévu à la suite du décès prématuré d’Andrew. Setlakwe. Président de la Maison A. Setlakwe, ce dernier est décédé en 2016 à l’âge de 51 ans à la suite d’un long combat contre le cancer.

Les reins solides

Dès son arrivée au sein de l’entreprise familiale, la jeune femme s’est affairée à refaire l’image de la Maison A. Setlakwe, à moderniser les façons de faire et à entreprendre un nécessaire virage numérique en créant une boutique de vente en ligne pour Silhouette Lingerie.

Et fidèle à la tradition familiale, elle s’implique dans différentes causes pour l’avancement économique et social de la région de Thetford Mines.

Se retrouver, aujourd’hui, à la tête d’un commerce de détail n’est pas une sinécure compte tenu des bouleversements qui secouent cette industrie.

«Le fait que nous soyons en affaires depuis si longtemps est un avantage pour nous», affirme Margo Setlakwe Blouin.

«Nous avons  les reins solides. Nous sommes bien implantés dans nos marchés et nos relations avec nos partenaires et nos fournisseurs ont résisté à l’usure du temps. C’est évident qu’il faut se retrousser les manches pour augmenter nos ventes. À cet égard, notre boutique en ligne est un atout, car elle nous a permis d’augmenter les ventes dans nos magasins. Ce qui nous distingue par-dessus tout, c’est le service à la clientèle. C’est un devoir, pour nous, d’être constamment à son écoute.»

Par ailleurs, la nouvelle présidente se fait discrète lorsqu’on lui demande si, un jour, elle accèdera à l’actionnariat de l’entreprise. «Ce sujet-là, nous en discutons en famille.»