Jean-Sébastien Fallu, professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal

Légalisation du cannabis: un casse-tête pour les consommateurs

Professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal, Jean-Sébastien Fallu ne croit pas que la légalisation du cannabis entraînera une croissance de la consommation. Il est toutefois d’avis que la nouvelle industrie sera un véritable casse-tête pour les consommateurs.

Q Tout d’abord, pourquoi légalise-t-on le cannabis à des fins récréatives?

R On ne légalise pas le cannabis parce que c’est bon pour la santé, mais parce que la prohibition a des conséquences atroces sur notre société. C’est un échec et là, nous tentons autre chose. La légalisation peut avoir plusieurs avantages. Il y a les revenus, mais on espère aussi avoir moins de criminalisation et on peut maintenant contrôler la qualité. Cela peut entraîner une consommation plus responsable. Par contre, cela peut faire en sorte de déstigmatiser les usagers. Par la suite, ces gens n’en parleront peut-être plus à leur médecin ou à leur famille. C’est un effet pervers.

Q Est-ce que cette nouvelle industrie devrait entraîner une augmentation du nombre de consommateurs?

R On ne s’attend pas à une hausse. Les gens avaient déjà accès à un marché. [...] Au Colorado, nous n’avons pas vraiment noté de nouveaux consommateurs, sauf un peu chez les jeunes adultes. Nous avons toutefois vu une augmentation de la fréquence chez ceux qui consommaient déjà.

Q Que pensez-vous de la position du nouveau gouvernement caquiste qui souhaite faire passer l’âge minimal pour consommer du cannabis récréatif à 21 ans?

R C’est absurde. Je ne comprends pas. Oui, il y a des risques pour la santé mentale, mais c’est aussi le cas pour l’alcool. [...] La science ne permet pas de trancher un âge de sécurité. L’idée est d’attendre le plus longtemps possible, idéalement 75 ans. Si on veut recommander le cannabis à 21 ans, il faut aussi le faire pour l’alcool. Il n’y a aucun endroit où il y a un âge différent entre l’alcool et le cannabis. [...] Si on interdit à ces jeunes l’accès à un produit de qualité, cela signifie qu’on les laisse dans un milieu interlope. Ils vont consommer quand même.  

Q Que pensez-vous du fait que chaque ville ait adopté sa propre réglementation?

R C’est chaotique. Le consommateur ne saura pas s’il peut consommer lorsqu’il se déplace. L’Ancienne-Lorette souhaite interdire les muffins au pot dans les parcs. C’est absurde. Comment va-t-on appliquer cette règle? Le policier va amener le muffin dans un laboratoire où il va le goûter? C’est malheureux, car les experts avaient recommandé au gouvernement du Québec d’avoir une certaine uniformité à travers la province. Là, c’est très compliqué.