La réfection du chemin de fer Matapédia-Gaspé, amorcée cette année, devrait augmenter l’efficacité du transport de pales éoliennes et de ciment, deux éléments importants de l’économie gaspésienne.

L'économie gaspésienne après la cimenterie et les éoliennes

NEW RICHMOND – L’économie de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine continuera de progresser en fin de 2018 et en 2019, mais à un rythme moins soutenu qu’au cours des cinq dernières années, notamment marquées par la construction de la cimenterie de Port-Daniel et de deux grands parcs éoliens. C’est ce qu’indique une étude réalisée par Desjardins.

La construction de la cimenterie avait nécessité un investissement de 1,5 milliard $ entre 2014 et 2017 inclusivement, tandis que les parcs éoliens Mesgi’g Ugju’s’n, à Escuminac, et Roncevaux, sur les Plateaux de Matapédia, avaient respectivement nécessité des injections de 365 millions $ et de 172 millions $.

La croissance économique dans la péninsule et l’archipel avait même dépassé significativement celle du Québec en 2015 et 2016, en vertu de seuils de 8,2% et 6,5% respectivement, entre deux et quatre fois la moyenne nationale.

«Après ces taux de 8,2% et 6,5%, la croissance est passée à 4% en 2017 et elle sera autour de 3,1% cette année. Je m’attends à 2,7% en 2019. La contribution des grands projets des dernières années demeure, mais ce n’est pas aussi fort que pendant la construction», explique l’économiste Chantal Routhier, de Desjardins.

De 3,15 milliards $ qu’il était en 2015, le produit intérieur brut nominal de la région a grimpé graduellement pour atteindre 3,6 milliards $ cette année, et il devrait se situer à 3,7 milliards $ l’an prochain.

La valeur des investissements en construction a fléchi de 1,3 milliard $, le sommet de 2016, à 416 millions $ cette année. «Si on reste dans les mêmes eaux en 2019 — soit 400 millions $ — et si l’économie ne retombe pas à 100 millions $ ou à 200 millions $ de permis de construction, ce sera un signe de vigueur de l’économie», ajoute Chantal Routhier.

Le taux de chômage, qui a augmenté de 11,7% à 13,5% de 2017 à 2018, devrait fléchir à 13,3% au cours de la prochaine année.

«C’est une correction du marché de l’emploi qui survient généralement après une perte assez prononcée comme cette année (…) On a une économie qui se diversifie. Quand un secteur connaît une période plus difficile, les autres prennent le relais. C’est exactement ce que font la Gaspésie et les Îles depuis des années», précise Mme Routhier, en parlant de diversification.

Un nombre plus élevé de petits et moyens projets de construction succédera en 2019 et 2020 aux trois grands projets de la période 2014-2017.

La construction d’un parc éolien aux Îles-de-la-Madeleine, un investissement de 25 millions $, le centre multisport de 15,7 millions $, aussi dans l’archipel, la construction de l’usine de transformation de produits marins d’Unipêche MDM à Paspébiac, un investissement de 28 millions $, les 100 millions $, prévus pour la réfection du chemin de fer Matapédia-Gaspé et la réfection de l’aéroport Michel-Pouliot de Gaspé, pour 11,5 millions $, se réaliseront en tout ou en partie au cours de la prochaine année.

Les défis de la région se comparent à ceux du reste du Québec, avec un peu plus d’acuité parfois en raison de la situation démographique. Chantal Routhier note toutefois, en s’appuyant sur l’Institut de la statistique du Québec, que la baisse de population de 1,9% survenue entre 2011 et 2016 devrait fléchir à 0,4% entre 2016 et 2021.

L’un des principaux enjeux demeure l’indice de remplacement de la main d’œuvre.

«Il est de 44,2%, ce qui signifie que pour chaque tranche de 100 personnes quittant le marché du travail, on en trouve 44 prêtes pour les remplacer. Ça laisse 56 personnes à trouver et à former», dit-elle.

Le faible taux de vacance des logements, à 2%, constitue aussi tout un défi, alors qu’il était de 5,1% il y a quatre ans. «Je m’attends à 2% en 2019, mais on peut avoir des surprises», note Mme Routhier.