L’une des images utilisées par la coopérative Exceldor dans sa campagne visant à fidéliser ses employés et à recruter de nouveaux talents.

Une campagne marketing RH

Exceldor fait le pari que ses meilleurs recruteurs de talents sont ses 2250 travailleurs.

Bientôt, leurs visages apparaîtront en format géant sur des panneaux publicitaires situés stratégiquement en bordure des grands axes routiers.

Une centaine d’employés sont également mis en vedette dans des vidéos diffusées sur la nouvelle section Carrières du site web d’Exceldor (carrieres.exceldor.ca/).

Ils parlent tous de la fierté d’évoluer au sein de la coopérative formée par 254 producteurs propriétaires et spécialisée dans la transformation et la commercialisation de volaille.

«Les employés nous disent qu’ils apprécient que nous les utilisions pour représenter l’entreprise dans notre nouvelle campagne de visibilité», signale le directeur des ressources humaines d’Exceldor, Nicolas Bilodeau.

En quête constante de personnel pour son siège social à Lévis et pour ses usines situées à Saint-Anselme, à Saint-Damase, à Saint-Bruno-de-Montarville, à Saint-Agapit et à Hanover en Ontario, l’entreprise de transformation alimentaire a décidé d’accroître sa notoriété publique en se plaçant sous les feux de la rampe à titre d’employeur de choix. 

«Nous sommes connus pour nos produits vendus sous les noms des marques de commerce Exceldor et Butterball. Très peu, par contre, comme employeur», explique Nicolas Bilodeau. «Nous disons aux chercheurs d’emplois : écoutez nos travailleurs. Regardez ce qu’ils font. Et si vous voulez vous joindre à nous, Exceldor va vous accueillir les bras ouverts.»

Ça s’appelle une campagne marketing RH. 

RH pour ressources humaines. 

Une campagne dans laquelle s’entremêlent les stratégies de dotation de personnel, de marketing et de communication pour établir une marque employeur distinctive.

Affronter le plein emploi

Coopérative en pleine croissance — son chiffre d’affaires affiche près de 700 millions $ — Exceldor manque cruellement de main-d’œuvre afin de pourvoir des emplois qualifiés et non qualifiés. 

Il en faut des ressources pour couvrir trois quarts de travail (jour, soir et nuit) et transformer 1,5 million de poulets et de dindons par semaine!

La situation est particulièrement préoccupante en milieu rural où la population est vieillissante. Comme à Saint-Anselme, lieu de son usine principale. Pas moins de 700 personnes y gagnent leur croûte. Comble de malheur pour la coopérative fondée en 1945, c’est le plein-emploi dans cette partie du territoire de la région de la Chaudière-Appalaches. 

«Trouvez-moi 40 personnes et je les embauche sans délai», illustre le directeur des ressources humaines. 

«Pour pourvoir tous les postes disponibles, nous recrutons à l’international. À Saint-Anselme, 25 % de nos effectifs sont composés de travailleurs étrangers provenant d’une trentaine de pays différents. À Saint-Bruno-de-Montarville, en Montérégie, ce pourcentage grimpe à 75 %.»

Une pierre deux coups

En mettant les travailleurs dans le coup et en les considérant comme des ambassadeurs, Exceldor veut aussi faire en sorte qu’ils demeureront fidèles à l’organisation le plus longtemps possible.

Avec un taux de chômage historiquement bas — 4 % dans la région de Québec —, les travailleurs ont l’embarras du choix. «Ils ont le gros bout du bâton. Ce n’est plus nous qui choisissons les candidats. C’est eux qui nous choisissent», témoigne Nicolas Bilodeau.

Avouons-le, le boulot dans un abattoir n’est pas fait pour tout le monde. 

Éviscérer un poulet, ça peut en repousser plus d’un. 

Il faut voir sur les photos et les vidéos diffusées par l’entreprise dans le cadre de sa campagne marketing RH les travailleurs emmitouflés s’affairant dans des zones réfrigérées.

«Notre taux de roulement est élevé», reconnaît Nicolas Bilodeau. «Les gens viennent voir s’ils vont aimer travailler chez nous. Certains ne font que passer. D’autres restent parmi nous 30, 40 ou 50 ans.»

Huit salariés sur dix chez Exceldor travaillent en usine. 

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D’ABORD, CONSULTER SON MONDE

En adoptant une campagne marketing RH, Exceldor a voulu se doter d’une stratégie à long terme pour appuyer ses manœuvres courantes en matière de recrutement et de rétention de la main-d’œuvre.

«Nous venons de lancer les premières mesures», indique le directeur des ressources humaines, Nicolas Bilodeau.

Parmi elles, l’affichage extérieur des images présentant les employés au boulot près des lieux de travail et dans les usines et les bureaux ainsi que la mise en oeuvre d’actions entourant l’«expérience-employé» et touchant plus particulièrement les pratiques managériales et le quotidien des salariés.

Pour accoucher de cette campagne marketing RH élaborée en collaboration avec l’agence sept24, Exceldor a consulté ses employés à deux reprises.

Il s’agit là, de l’avis de Didier Dubois et Émilie Pelletier, d’un exercice incontournable. 

«On ne connaît pas encore l’ampleur des ramifications du marketing RH, mais ce que l’on sait aujourd’hui, c’est qu’on ne peut pas le résumer à de simples actions de promotion des emplois ou de l’organisation comme employeur», écrivaient, en 2015, les deux spécialistes dans une publication de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. «Le marketing RH est directement lié à l’expérience vécue par les employés dans leur quotidien professionnel. Il a donc un impact sur la culture organisationnelle, sur les pratiques de gestion et de ressources humaines, sur les conditions d’exercice et, plus largement, sur les grandes orientations de l’entreprise.»

«Par exemple, bâtir une campagne de recrutement de masse pour un type de poste sans tenir compte de mises à pied effectuées dans d’autres secteurs de l’organisation pourrait avoir des conséquences très négatives sur l’image de l’organisation.»