Citant une étude menée auprès de pilotes, la firme Barbara Butler signale «que la performance humaine complexe liée au fonctionnement de machinerie peut être réduite jusqu'à 24 heures après avoir fumé une dose modérée de marijuana dans un contexte social».

Un petit joint au travail?

«La légalisation du cannabis, on fait quoi avec ça, Mme Hébert?»
Des dirigeants de petites et moyennes entreprises, Martine Hébert en rencontre tous les jours. Elle est vice-présidente et porte-parole nationale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, un lobby qui représente près de 1100 PME d'un océan à l'autre. 
À Gatineau, le 12 septembre, elle présentera le mémoire de la FCEI à l'occasion de la consultation régionale sur l'encadrement du cannabis mise sur les rails par le gouvernement du Québec.
«Les entrepreneurs sont préoccupés par la légalisation de la marijuana qui doit entrer en vigueur le 1er juillet 2018 et ils me confient leur appréhension», expose Martine Hébert. «La légalisation du cannabis aura assurément un impact dans les milieux de travail.»
Des salariés pourront - légalement - griller un joint à l'extérieur durant leur pause.
D'autres pourront partager - légalement - un brownie à la marijuana avec leurs camarades de travail.
«Les patrons se demandent comment ils pourront contrôler la situation et prévenir tout risque d'accident. S'ils pourront, par exemple, soumettre leurs employés à des tests de dépistage. Dans notre mémoire, nous allons demander au gouvernement du Québec - qui sera responsable de l'encadrement dans l'application de la loi dans les milieux de travail - que de nouveaux pouvoirs soient clairement énoncés dans la législation permettant aux employeurs de pouvoir procéder à des tests de dépistage de façon aléatoire lorsqu'un employé montre des signes physiques évidents d'une consommation excessive de la marijuana», annonce Martine Hébert.
«Avant que la loi fédérale entre en vigueur, il est essentiel que les employeurs aient des moyens pour s'assurer qu'aucun employé ne met en danger la sécurité de ses collègues, du public ou encore la sienne du fait qu'il a récemment consommé de l'alcool ou une drogue», signale, pour sa part, le pdg de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Stéphane Forget, dans un avis publié le printemps dernier.
«Certaines lois devront être modifiées afin d'établir un meilleur équilibre entre la protection de la vie privée des travailleurs et la responsabilité de l'employeur.»
Incidence sur la productivité
La firme Barbara Butler, qui aide les entreprises à élaborer des programmes visant à sensibiliser les salariés à la dépendance aux drogues et à l'alcool, rappelle que la marijuana peut avoir une incidence sur le rendement au boulot.
«La consommation de marijuana contribue à une diminution de l'attention, entrave la capacité du consommateur de partager son attention entre deux tâches, a des effets nuisibles sur la mémoire à court terme, affecte la mémoire à long terme, réduit la capacité d'apprendre et augmente le temps nécessaire pour prendre des décisions», énumère la firme.
«La consommation de marijuana réduit grandement la fonction psychomotrice, comme le démontrent plusieurs expériences de simulation de conduite et de pilotage. La marijuana peut altérer la perception du temps et réduire la capacité de concentration, le temps de réaction et la coordination qui sont nécessaires pour conduire et faire fonctionner une machine.»
Citant une étude menée auprès de pilotes, Barbara Butler signale «que la performance humaine complexe liée au fonctionnement de machinerie peut être réduite jusqu'à 24 heures après avoir fumé une dose modérée de marijuana dans un contexte social». Durant ce laps de temps, le consommateur peut ne pas être conscient de l'influence de la drogue. 
«Il est clair que la consommation de marijuana aura un impact à court terme sur la productivité», prévient l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés dans un article publié en décembre dans la Revue RH.
«Il s'agira alors du début d'un long processus d'adaptation où le changement risque de bouleverser les valeurs de certains ou encore de changer les méthodes de travail. Les gestionnaires pourraient aussi faire face à un clivage générationnel entre les employés. En général, les plus âgés ne sont pas en faveur de la légalisation alors que les plus jeunes n'y voient pas d'inconvénients majeurs. Est-ce que tous auront la même ouverture d'esprit sur la légalisation d'un produit qui a longtemps été considéré comme une drogue illégale associée au crime organisé?»
Mettre les choses au clair
Pour Martine Hébert, les PME doivent adopter une politique reliée à la consommation de marijuana en milieu de travail. 
«Les attentes de l'entreprise doivent être claires et les employés doivent savoir à quoi s'en tenir.»
Entre autres, la politique devra énoncer les règles applicables en ce qui concerne la consommation et la possession de cannabis.
Elle devra préciser l'accès à des services d'aide.
Elle devra aussi détailler les procédures d'enquête en cas d'une violation possible de règles établies.
Enfin, elle devra énumérer les conséquences liées au non-respect de ces règles et les conditions que l'employé fautif doit respecter s'il veut conserver son emploi. 
Par ailleurs, comme le précise la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), les employeurs ne peuvent pas imposer des tests de dépistage de l'alcool à leurs salariés. «Ils ne seront pas plus autorisés à agir de manière préventive pour identifier les consommateurs de cannabis.»
Les employeurs réclament que les gouvernements leur accordent un «minimum» de moyens pour faire de la prévention dont le recours à des tests de dépistage.
Selon une étude de Statistique Canada publiée en 2012, 43 % des Canadiens de 15 ans et plus ont fait l'essai de la marijuana et 33,5 % en ont consommé plus d'une fois.