Où est passée la famille?

La semaine dernière, c'était la Semaine québécoise des familles. Peut-être ne l'avez-vous pas remarqué? Avec les heures supplémentaires au travail, les activités des enfants et l'accompagnement d'un parent malade chez le médecin, ça peut se comprendre volontiers.
Vous êtes pardonné!
Le ministre de la Famille, Sébastien Proulx, a profité de la semaine thématique pour confirmer que le gouvernement allait se doter d'un plan d'action en matière de conciliation travail-famille-études.
Des travaux interministériels seront menés pour convenir d'une «position concertée sur la finalité, les principes directeurs, les orientations et les axes d'intervention» du plan d'action qui sera présenté au printemps 2018. 
Le ministre Proulx prendra aussi le pouls de la population.
«Plus que jamais, les Québécois doivent conjuguer de nombreuses responsabilités. C'est en mobilisant tous les acteurs concernés que nous pourrons faire naître un véritable engagement collectif pour assurer un meilleur équilibre entre toutes les sphères de la vie des familles d'aujourd'hui.»
Que pourrait faire l'État pour permettre aux travailleurs de respirer un brin?
La Coalition pour la conciliation famille-travail-études a déjà sa liste d'épicerie. L'alliance regroupe des syndicats et des organisations féministes, communautaires et populaires. Elle parle au nom de près de deux millions de personnes.
L'assise des revendications de la coalition repose sur le principe que l'organisation du travail doit s'adapter aux besoins des travailleurs et non pas l'inverse.
Par conséquent, une démarche de conciliation doit faire la promotion d'horaires de travail plus flexibles et mieux adaptés aux besoins des travailleurs. Elle doit proposer des mesures de réduction du temps de travail, la semaine comprimée de quatre jours sans perte de salaire et d'avantages sociaux, l'utilisation de banque d'heures accumulées et des congés payés pour des obligations familiales.
Aussi, la façon de répartir les vacances doit tenir compte des réalités familiales de tout en chacun. 
Finalement, le salarié doit avoir aussi la possibilité de choisir de travailler à la maison.
La coalition suggère également des chambardements à la Loi sur les normes du travail pour que les salariés puissent avoir un plus grand contrôle sur leur temps de travail. 
Elle juge certaines de ses recommandations comme «primordiales» telles que le droit de connaître son horaire à l'avance, le droit de refuser de faire des heures supplémentaires, le droit de disposer de «vraies» périodes de pause et de repas, l'augmentation du nombre de congés annuels ou des vacances annuelles et l'amélioration du congé parental et du congé pour naissance et adoption.
Pas de coercition
«C'est comme si vous demandiez à quelqu'un s'il aime la tarte aux pommes. Il vous répondra par l'affirmative. Alors, si vous me demandez s'il serait souhaitable de favoriser davantage la conciliation entre le travail et la vie personnelle, j'opine du bonnet.»
Martine Hébert est vice-présidente principale et porte-parole nationale à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI).
«De la place pour l'amélioration, il y en aura toujours. Doit-on passer par l'imposition de lois et de règlements pour y arriver? Nous croyons que non.»
Lorsqu'elle prend connaissance des revendications de la Coalition pour la conciliation famille-travail-études, elle s'interroge sur la capacité de payer de ses 24 000 membres qui sont des propriétaires de PME. «Ces mesures-là, elles coûtent des sous. Il ne faut pas imposer de nouvelles obligations aux PME sinon elles n'auront pas le choix de réduire les heures de travail de leurs salariés ou de ralentir le rythme des nouvelles embauches.»
«N'oublions pas que les trois quarts des PME comptent moins de dix employés. Comment vont-elles s'y prendre pour assurer la poursuite de leurs activités si trois de ses travailleurs réclament un horaire flexible?» questionne Martine Hébert qui encourage le gouvernement à éviter le piège des mesures trop coercitives.
«Une approche d'accompagnement doit être privilégiée. Pourquoi le gouvernement ne fournirait-il pas aux PME de l'information sur les meilleures pratiques en matière de conciliation travail et vie personnelle? Pourquoi ne leur donnerait-il pas l'accès à des services de spécialistes de gestion des ressources humaines?»
Les patrons n'ont pas à être convaincus
«Les patrons ne vivent pas sur une autre planète. Ils savent qu'ils doivent offrir des mesures de conciliation travail et vie personnelle. Près de 90 % d'entre eux le font déjà.»
En 2015, la FCEI a voulu savoir si ses membres étaient à l'écoute des besoins de leurs employés qui souhaitent trouver un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle.
Martine Hébert signale que 63 % des PME québécoises proposent la flexibilité dans le choix des vacances, 50 % des congés non rémunérés pour obligation personnelle, 43 % la flexibilité dans les horaires de travail et 30 % la possibilité de bénéficier d'un horaire réduit.
«Une forte majorité des répondants - 82 % - nous ont dit que l'instauration de mesures de conciliation avait été bénéfique pour leur entreprise», mentionne Martine Hébert. «Ils y ont décelé une amélioration de la relation avec les employés, un meilleur taux de rétention des talents, une baisse de l'absentéisme et une hausse de la productivité.»