Lisa Fecteau n'est plus la présidente de l'entreprise fondée par son père Réginald en 1976. Elle en est la propriétaire.La hiérarchie au sein de la compagnie spécialisée dans la fabrication de fils pour les manufacturiers de tissus de haute performance, c'est de l'histoire ancienne.

L'usine sans patron

Le Soleil terminait l'entrevue avec Rick Martignetti de Régitex sur l'utilisation du chanvre industriel dans la fabrication d'uniformes militaires.
«Quel est votre poste, M. Martignetti, au sein de l'entreprise de Saint-Joseph-de-Beauce?»
«Je n'ai pas de poste. Personne, chez Régitex, n'a de poste.»
«Pardon?»
La hiérarchie au sein de la compagnie spécialisée dans la fabrication de fils pour les manufacturiers de tissus de haute performance, c'est de l'histoire ancienne.
Lisa Fecteau n'est plus la présidente de l'entreprise fondée par son père Réginald en 1976. Elle en est la propriétaire.
Le comité de direction, lui, a été aboli.
«Il doit bien y avoir quelqu'un quelque part qui donne les orientations, qui fixe les objectifs?» pose Le Soleil à Lisa Fecteau.
«Oui. Les 115 employés», répond du tac au tac la propriétaire qui met les pieds dans «son» entreprise à peine un avant-midi par mois.
«Vous allez sans doute trouver ça curieux, mais je suis plus au courant que jamais de ce qui se passe dans l'usine. Les gens m'écrivent. Moi, de mon côté, je me sens plus créative, plus inspirée. Mon rôle, en fait, consiste à garder ce nouveau mode de gestion sur les rails.»
Pleins pouvoirs aux employés
La direction de l'entreprise, c'est l'apanage d'une dizaine d'équipes d'employés autonomes et détenant les pleins pouvoirs. Une équipe s'occupe de la production. Une autre des investissements. Une autre des ressources humaines.
«Chaque équipe a son rôle. Chaque individu au sein de chaque équipe a son rôle», explique Lisa Fecteau.
«Les équipes se rencontrent selon les besoins de l'entreprise. Si un problème est soulevé, une solution devra être trouvée avant une date fixée par l'équipe. Si la solution passe par l'intervention d'une autre équipe, un employé se charge de faire le lien avec cette dernière. L'information circule et elle est accessible à tous. Chacun sait ce qui se passe partout dans l'entreprise.»
Première et seule femme à avoir occupé le poste de président du Groupement des chefs d'entreprise du Québec (2010-2012), Lisa Fecteau avoue avoir cheminé comme entrepreneure durant son mandat au cours duquel elle a pu côtoyer des sommités comme Patrick Lencioni et Frédéric Laloux qui préconisent la mise au rancart des modèles de gestion traditionnels et leur remplacement par des structures non hiérarchiques au pouvoir décentralisé.
«Le patron n'est pas toujours la meilleure personne pour prendre la bonne décision. Il ne peut pas être le centre de l'univers dans son organisation. Moi, j'ai dû apprendre que je pouvais faire confiance à mes employés.»
«J'ai décidé que j'allais donner une tribune à mes employés afin qu'ils s'épanouissent et qu'ils explorent pleinement leur potentiel dans leur milieu de travail. J'ai compris qu'ils avaient le goût de contribuer à quelque chose de plus grand qu'eux.»
Partage des profits
«Nous venons d'installer de nouveaux équipements. Une affaire de plusieurs millions de dollars. Un projet mené de A à Z par les employés. En cours de route, il y a eu un problème majeur qui risquait de paralyser l'usine pendant plusieurs mois. Les employés m'ont évidemment avisée. Ils ont réussi à trouver une solution en moins d'une semaine. Moi, je ne suis pas intervenue. L'avoir fait, j'aurais voulu tout régler moi-même et, du même coup, j'aurais sapé tous les efforts que nous faisons pour implanter la nouvelle culture d'entreprise basée sur la responsabilisation des travailleurs.»
Lisa Fecteau l'avoue, le virage du fileur, amorcé en 2012, fait face à la résistance de certains employés.
«Il faut y aller un petit pas à la fois. On ne fait pas disparaître d'un claquement des doigts les façons de faire qui ont été dictées historiquement par les modèles d'organisation hautement hiérarchisés. C'est pourquoi nous retrouvons sur le plancher de l'usine un coach pour aider les employés à prendre pleinement conscience de leur pouvoir et de leur capacité à faire avancer Régitex.»
Pour être cohérente, Lisa Fecteau partage maintenant les profits réalisés annuellement - s'ils sont au rendez-vous - par Régitex avec ses 115 travailleurs.
«Personne ne m'en fait la demande. J'ai tout simplement pris les devants. Pour moi, la richesse, c'est de partager les profits avec les employés.»
D'abord, deux minutes de silence
Une réunion d'équipe chez Régitex commence toujours de la même façon.
Par deux minutes de silence.
Une façon, pour les participants, de se concentrer.
Puis, un équipier prend le temps de remercier un collègue pour un coup de pouce particulièrement bien apprécié.
Enfin, un travailleur est invité à exprimer ses états d'âme. «S'il mentionne qu'il est débordé, c'est certain que l'équipe va l'aider à s'en sortir», explique la propriétaire de Régitex, Lisa Fecteau.
La réunion peut maintenant commencer.
Par ailleurs, son modèle d'affaires, Lisa Fecteau le fait connaître un peu partout au Québec.
«Le système hiérarchisé qui caractérise le mode de gestion de nos entreprises ne peut plus tenir la route. Il faut faire confiance à nos employés.»
La recette Régitex, en plus, représente un avantage distinctif pour l'entreprise de Saint-Joseph-­de-Beauce qui est la recherche de nouveaux employés. Près d'une dizaine de postes sont à pourvoir.