Lyse Lavoie, 70 ans, toujours active et heureuse au travail et dans la vie.

La retraite peut attendre

«Ma retraite, ça va faire trois fois que j'essaie de la prendre!»
À la fin du printemps, Lyse Lavoie devrait quitter son poste de directrice générale du Centre de crise de Québec.
L'emploi du conditionnel est important ici.
À deux occasions depuis 2010, elle a repoussé l'échéance de la retraite.
Le fera-t-elle une autre fois?
«Je me suis toujours dit que j'allais arrêter à un moment donné. Ce moment donné, de toute évidence, n'est pas encore arrivé», répond la femme qui aura 71 ans le 31 mai prochain.
Et qui sait, une proposition qu'elle ne pourrait difficilement refuser pourrait se pointer d'ici la fin du printemps.
«Il y a toujours des opportunités qui se présentent. Chaque fois, je me dis : Pourquoi pas? Travailler jusqu'à 75 ans? Pourquoi pas?», lance Lyse Lavoie.
«Si je quitte le Centre de crise de Québec au printemps, je vais assurément aller aider des artisans à vendre leurs beaux produits dans la cour de la Cathédrale Holy Trinity dans le Vieux-Québec. J'entrevois déjà des journées de travail de onze heures, sept jours par semaine, pendant les mois de juin, juillet, août et septembre.»
En 2010, elle avait pourtant décidé de tourner la page pour s'occuper de son père malade. 
Mme Lavoie était alors coordonnatrice clinique à l'organisme PECH (Programme d'encadrement clinique et d'hébergement) qui vient notamment en aide aux personnes qui font l'objet de plaintes à la police alors qu'elles sont en état de détresse psychologique ou intoxiquées.
«J'ai toujours travaillé en santé mentale - d'abord au Centre de prévention du suicide pendant 20 ans puis à PECH pendant 10 ans - et j'en avais assez. Je voulais arrêter.»
Pendant quatre mois, elle a veillé sur son père. 
Un jour, elle répond à l'appel de l'Hôtel-Dieu de Québec qui veut implanter un programme novateur pour venir en aide aux personnes atteintes de cancer. Lyse Lavoie sort de sa courte retraite et contribue, pendant plus de deux ans, à mettre sur pied le Programme Cancer Transitions.
Puis, arrive sa deuxième retraite.
Une autre «courte» retraite au cours de laquelle, à titre de bénévole, elle agit comme dame de compagnie auprès d'une connaissance. Elle l'a accompagnée jusqu'au dernier moment de sa vie.
Tout au long de son parcours, Lyse Lavoie s'est impliquée au sein des conseils d'administration de plusieurs organismes du monde communautaire, dont celui du Centre de crise de Québec.
Contre toute attente, le poste de directeur général de l'organisme de première ligne qui offre, 24 heures par jour et sept jours par semaine, des services spécialisés en intervention de crise se libère.
Les administrateurs se tournent aussitôt vers la nouvelle retraitée. Elle connaît le tabac et peut rapidement prendre les guides du Centre de crise de Québec.
«Je ne peux pas. Je pars en voyage pour un mois en Autriche», plaide-t-elle.
L'Autriche attendra. 
La retraite définitive aussi.
«Ça fait maintenant un an que j'ai pris la relève.»
Normalement, le poste de directeur général du Centre de crise de Québec sera pourvu au cours des prochaines semaines.
Normalement, Lyse Lavoie prendra sa retraite à ce moment-là.
Normalement, elle ira vendre des produits artisanaux au marché situé dans la cour de la Cathédrale Holy Trinity.
Et, à un moment donné, il y aura un périple en Autriche.
Et après? La retraite?
«Je ne sais pas. J'ai des projets.»
De l'énergie à revendre
Son travail de directrice générale, Lyse Lavoie ne le fait pas à temps partiel. La durée de sa semaine de travail dépasse souvent 40 heures.
«Le Centre de crise, c'est un budget de plus de 3 millions $, une équipe de 80 professionnels, trois maisons d'hébergement et des interventions en tout temps pour les gens en crise.»
En 2015-2016, l'organisme a apporté de l'aide à 5000 personnes.
«Je suis une femme chanceuse. J'aime ce que je fais. J'ai une santé de fer et de l'énergie à revendre», raconte Lyse Lavoie. «J'ai toujours fatigué le monde autour de moi parce que j'allais trop vite!»
Des moments des stress et de fatigue, elle en vit comme n'importe quel autre travailleur. Pour se détendre, rien de mieux que le Scrabble en ligne!
Et elle dort comme une bûche. «Dès que ma tête se pose sur l'oreiller, je suis déjà rendue dans un autre monde.»
Occuper un nouvel emploi à 60 ans ou à 70 ans comporte un avantage. «Vous n'avez pas le sentiment d'avoir à prouver des choses. Moi, je sais que je suis bonne dans ce que je fais. Ça enlève un poids sur les épaules.»
13 fonctionnaires de 75 ans et plus
Par ailleurs, dans la fonction publique québécoise, le Secrétariat du Conseil du trésor a recensé, parmi les 50 000 personnes qui s'activent dans les ministères, 100 personnes âgées entre 70 et 74 ans et 13 de 75 ans et plus.
«Moi, dans mon temps...»
Lyse Lavoie n'est surtout pas du genre à casser les oreilles de ses jeunes collaborateurs avec les «Moi, dans mon temps, ça se passait comme ça!»
Pour elle, le passé, c'est une chose. Le présent, c'en est une autre.
«Il faut savoir écouter les jeunes générations. Elles ont des besoins différents de la mienne. Des valeurs différentes aussi. Prétendre que je n'ai plus rien à apprendre parce que j'ai 50, 60 ou 70 ans n'est pas l'attitude à adopter. En même temps, il y a un tas de choses intéressantes qu'un travailleur expérimenté peut apporter à une organisation.»
Elle dit souhaiter que les employeurs fassent preuve d'une plus grande ouverture à l'égard des travailleurs âgés.
Le contact quotidien avec les jeunes a permis à Lyse Lavoie de demeurer à la page, d'évoluer et de ne pas rester campé sur des vieilles idées.
«Oui à 70 ans - et bientôt 71 ans - on peut encore être très heureuse au travail et dans la vie.»