Michaël Potvin, pdg de Terralpha et jeune personnalité d'affaires 2016, avoue qu'une bonne partie de son stress vient de l'utilisation de son téléphone cellulaire.

Jamais sans mon cellulaire

Dans ses rêves les plus fous, Michaël Potvin se voit attablé avec les siens profitant d'une paisible fin de journée. Devant lui, une assiette, un verre et des ustensiles. Pas de téléphone. Volontairement, il l'a laissé dans le tiroir de son bureau.
Un esclave de la technologie mobile? L'entrepreneur de 33 ans s'en défend bien.
«Par contre, une bonne partie de mon stress vient de l'utilisation de mon téléphone cellulaire», mentionne le pdg de Terralpha, une entreprise spécialisée en architecture de paysage.
«Il sonne à tout bout de champ. Des appels. Des textos. Et moi, je réponds généralement en une fraction de seconde. Mes correspondants exigent une réponse immédiate même si, dans la plupart des cas, ça pourrait attendre quelques heures. C'est comme ça le matin, le midi et le soir. Pas moyen de décrocher. Ça devient carrément maladif.»
Il est envieux des générations d'entrepreneurs qui n'ont pas connu la technologie mobile et qui, malgré tout, ont «survécu». 
«À la fin de la journée de travail, l'entrepreneur mettait la clé sous la porte. Le lien avec le travail, bien souvent, s'éteignait jusqu'au lendemain matin. Il pouvait respirer.»
Sa relation «trouble» avec le cellulaire, Michaël Potvin l'a développée en démarrant son entreprise. Une sonnette de téléphone représentait un client potentiel. «Si je ne réponds pas tout de suite, ce client potentiel ira assurément chez un compétiteur qui, lui, s'exécutera sans perdre une seconde.»
Celui qui a été choisi, en 2016, la jeune personnalité d'affaires de la Jeune Chambre de commerce de Québec avoue faire des efforts pour corriger sa «maladie», mais reconnaît, en même temps, ne pas être le plus bel exemple à suivre.
Au moins, il n'amène plus son «cell» en vacances. «Par contre, je ne suis pas capable de m'en départir le soir et la fin de semaine.»
Également, il tente, le moins souvent possible, d'envoyer des messages à ses employés en dehors des heures normales de travail.
Aussi, par respect pour ses clients, il éteint son téléphone lorsqu'il est en tête-à-tête avec eux.
À l'occasion d'un atelier qu'elle animait récemment, Chantal Boutin a demandé aux participants - des dirigeants d'entreprise - d'éteindre leur téléphone cellulaire et de le glisser dans une enveloppe qui leur serait remise au terme de la conférence.
«Comme je m'y attendais, rares ont été ceux qui ont obéi à la consigne», note la consultante en ressources humaines chez Axxio.
«L'un après l'autre, ils m'ont dit qu'ils devaient être facilement joignables. Est-on rendu indispensable à ce point? Avons-nous tous des emplois qui nécessitent que l'on soit joignable tout le temps?»
Stress numérique
L'incapacité de décrocher - ce que l'on appelle aussi le stress numérique - est l'un des effets pervers de la technologie mobile. Elle remet en question la place du boulot dans la vie des citoyens et les façons d'interagir entre les individus.
«Celui qui planche, les yeux rivés sur son cellulaire, n'est pas tout à fait là», constate celle qui conseille les chefs d'entreprise. «S'il glisse l'appareil dans sa poche, c'est déjà mieux. Et s'il le place dans le tiroir de son bureau, son taux de productivité grimpe de 26 %.»
«Comptez le nombre de fois que vous discutez avec quelqu'un qui laisse son cellulaire devant lui. Qu'il soit ouvert ou fermé. Vous avez l'impression qu'il attend de parler à quelqu'un de beaucoup plus important que vous.»
Chantal Boutin déplore que le «pianotage» sur le cellulaire ait supplanté l'interaction humaine entre les individus.
À cet égard, elle encourage les entreprises à décréter, dans les milieux de travail, des zones dans lesquelles les cellulaires sont interdits.
Selon l'Association américaine de psychologie, 53 % des travailleurs consultent leur courrier professionnel durant la fin de semaine; 52 % le font avant et après les heures de travail; 44 % durant leurs vacances et 54 % durant leur congé de maladie. 
Selon Mme Boutin, il n'y a pas de remède miracle pour contrer le stress numérique. La solution ne passe pas par l'élaboration d'une politique fourre-tout difficilement applicable.
Il suffit, dans bien des cas, d'un peu de bonne volonté et d'une discipline de fer, notamment de la part des hauts dirigeants.
«Chez Axxio, par exemple, notre patron se déconnecte le soir et la fin de semaine. Son comportement a fait boule de neige. Par exemple, je permets à un collègue de m'écrire le soir ou la fin de semaine, mais je n'ai pas l'obligation de lui répondre sur-le-champ. Écrire à un collègue en vacances, ça ne se fait pas», explique Chantal Boutin.
Souffrez-vous du FoMo?
Le FoMo. Vous connaissez?
Et le syndrome des vibrations fantômes?
Des travailleurs restent connectés à leur téléphone pendant des heures de crainte de rater un événement, une nouvelle, une occasion d'avancement professionnel.
Cette forme d'anxiété sociale caractérisée par la peur maladive de manquer quelque chose s'appelle le Fear of Missing out. Le FoMo.
«Les victimes de cette dépendance ont le point commun de ressentir le besoin continuel de se connecter à Internet», note Spot Pink, une agence de communication digitale qui a mené, en 2016, une étude sur le FoMo et la fréquence d'utilisation des médias sociaux en France.
«Les personnes atteintes du FoMo n'arrivent pas à se concentrer et à profiter du moment présent, toujours frappées par l'anxiété de rater une information, une photo, un message ou une invitation.»
Quant au syndrome des vibrations fantômes, il se manifeste chez ceux qui ont l'habitude de porter leur téléphone dans leur poche. L'appareil est presque considéré comme une partie de leur corps. 
Or, il arrive que ces personnes pensent que leur «cell» dans la poche vibre alors que, dans la réalité, ce n'est pas le cas.
Selon Chantal Boutin, un «accro» du cellulaire peut consulter son téléphone plus de 100 fois par jour.