Les préjugés contre les travailleurs âgés sont tenaces. Pourtant, ils peuvent apporter beaucoup à une organisation : ils ont de l'expérience, ils deviennent autonomes rapidement, ils ont généralement besoin de peu de supervision et ils permettent une transmission des connaissances aux plus jeunes.

Finies les excuses pour écarter les vieux!

Karine Roussy a entendu toutes les excuses des employeurs pour ne pas recruter des travailleurs retraités.
«Leurs attentes salariales seront trop élevées».
«Vais-je investir temps et argent pour former quelqu'un qui, dans le fond, n'en a plus pour très longtemps sur le marché du travail?»
«Leurs connaissances des nouvelles technologies ne doivent pas être à jour».
«Avec tout leur bagage de connaissances et leurs années d'expérience, ils ne doivent pas être faciles à superviser.»
«Je recherche quelqu'un en bonne santé, car le travail offert exige de la force et de l'endurance.»
«J'aime mieux recruter un jeune travailleur à temps plein que d'offrir deux postes à temps partiel à des employés plus âgés.»
Heureusement, selon la directrice générale de GIT Services-conseils en emploi, les hésitations des employeurs tendent à se résorber.
Le combat des retraités qui veulent reprendre une place sur le marché du travail n'est toutefois pas gagné. Loin de là. 
Certains préjugés contre les «vieux» sont tenaces.
«Nous ne cessons de répéter aux personnes qui participent à nos ateliers de conciliation retraite et travail de prendre les devants et d'aller rassurer les employeurs», indique Mme Roussy, présentement à la tête d'un organisme qui, depuis bientôt 30 ans, accompagne les chercheurs d'emploi dans leurs démarches d'intégration sur le marché du travail. La moitié de la clientèle de GIT est âgée de 50 ans et plus. Parmi elle, des chômeurs et des retraités désireux de reprendre le chemin du travail à temps plein ou à temps partiel.
Directeur de l'École d'entrepreneuriat de Québec, Carol Gilbert croit que les employeurs devront, un jour ou l'autre, jeter aux oubliettes leurs préjugés à l'égard des travailleurs âgés. 
Et c'est le mode de vie adopté par la jeune génération de salariés qui va les forcer à le faire. 
«La famille et le temps pour soi, voilà deux caractéristiques propres aux gars et aux filles qui accèdent aujourd'hui au marché du travail. Ils insistent auprès de leur employeur pour la mise en place de mesures d'aménagement du temps de travail. En leur accordant du temps libre, les entreprises libèrent, du même coup, des heures de travail pour les plus vieux. Malheureusement, elles ne sont pas encore très ouvertes à ça», expose M. Gilbert.
«C'est un défi de gestion supplémentaire. C'est l'ajout de personnel sur la liste de paie. Je comprends que ce n'est pas évident pour un employeur de recourir à un ou deux retraités pour compenser le temps libre accordé à un plus jeune, mais il devra, un jour ou l'autre, franchir ce pas s'il veut s'adapter à la nouvelle réalité du monde du travail.»
Recruter et retenir les «vieux»
Il ne se passe pas une semaine sans que le recrutement et la rétention des travailleurs plus âgés retiennent l'attention d'observateurs avertis.
Plus tôt cette semaine, c'était à la Banque de développement du Canada (BDC) d'apporter son grain de sel.
«En raison du vieillissement de la population, la croissance du bassin de main-d'oeuvre a diminué au cours des dernières années et elle ralentira davantage d'ici 2020», constate la BDC en s'inspirant des projections démographiques de Statistique Canada.
«En conséquence, recruter du personnel qualifié - une tâche déjà ardue pour plusieurs entreprises - pourrait devenir un sérieux défi. Embaucher des travailleurs âgés ou retenir plus longtemps ceux qui y travaillent déjà permettrait d'atténuer ce problème.»
Surtout que les avantages sont nombreux : les «vieux» ont de l'expérience, ils deviennent autonomes rapidement, ils ont généralement besoin de peu de supervision et ils permettent une transmission des connaissances à la génération montante.
Toutefois, il est primordial que les entreprises sortent des sentiers battus pour encourager leurs «vétérans» à ne pas lever les voiles trop rapidement, notamment en leur proposant des conditions de travail plus souples (travail à temps partiel, horaire comprimé, télétravail, congés non rémunérés) et des défis professionnels stimulants comme faire du mentorat.
Au Canada, le taux d'activité des 55 à 64 ans est passé de 51,3 % en 2001 à 65,8 % en 2016.
Celui des 65 ans et plus a doublé, passant de 6,1 % à 13,7 %.
«Pendant ce temps, le taux d'activité des 15 à 54 ans est demeuré relativement stable. Autour de 80 %. Bien qu'il ne faille pas s'attendre à ce que le taux d'activité des 55 ans ou plus atteigne un pourcentage aussi élevé, il pourrait encore augmenter considérablement», souligne la BDC en précisant que dans plusieurs pays de l'OCDE, le taux d'activité des 55 à 64 ans atteint 70 % et celui des personnes âgées de 65 et plus dépasse 20 %.
Citant une étude de Statistique Canada, la BDC mentionne que le départ à la retraite volontaire entre 1998 et 2009 a été reporté de 2,4 ans.
«Cette tendance s'explique par de nombreux facteurs : l'espérance de vie a augmenté, les gens vivent plus longtemps en bonne santé, le niveau de scolarité des aînés est plus élevé et les avancées technologiques font que le travail est moins exigeant physiquement. Les contraintes financières jouent également un rôle, notamment le fait que les régimes de retraite à prestations déterminées sont plus rares et les taux d'intérêt sont au plus bas - ce qui rend les revenus de retraite plus incertains - sans oublier qu'un certain pourcentage de travailleurs âgés n'ont pas réussi à épargner suffisamment en vue de la retraite.»
Une fois la lune de miel passée...
Comme de nombreux baby-boomers, vous avez oeuvré toute votre carrière pour le même employeur.
Du jour au lendemain, vous vous retrouvez sans emploi.
Ou encore votre «lune de miel» de nouveau retraité a perdu de son cachet et le goût du travail remonte en vous.
Que faire?
Pas évident de s'y retrouver dans le grouillant marché du travail. Ne serait-ce que de mettre à jour votre CV vieux de 30 ou 40 ans!
Des organismes comme GIT Services-conseils en emploi (www.git.qc.ca) ou Libre-Emploi (www.libreemploi.qc.ca) accompagnent les chercheurs d'emploi.
Il y a trois ans, Anne-Marie D. Philippe lançait AmphiOr Les Ressources du Savoir (www.amphior.com), un centre de référencement en ligne qui fait le pont entre les retraités et les entreprises.
Récemment, la femme d'affaires de Saguenay, Julie Dufresne, mettait en ligne une application Web (www.emploiretraite.ca) à partir due laquelle les 50 ans et plus peuvent publier leur CV. Et, évidemment, aux employeurs de les consulter.