Isabelle Michaud, conseillère senior en développement organisationnel chez CAA-Québec (à l'avant-plan), participant au programme de santé et mieux-être de l'entreprise.

CAA-Québec s'est pris en main

Un coup de sonde réalisé auprès des employés a fait réfléchir la direction de CAA-Québec.
Il n'en faisait plus aucun doute. Il fallait se secouer les puces pour améliorer les interventions en promotion de la santé au travail.
Comme toutes les entreprises au Canada, l'organisation à but non lucratif offrant des services dans les domaines de l'automobile, du voyage, de l'habitation et de l'assurance à plus d'un million de Québécois voyait grimper les coûts des absences pour invalidité liées aux problèmes de santé psychologique. 
Ce constat, CAA-Québec l'a fait en 2010. L'organisation participait alors à un concours visant à récompenser les meilleurs employeurs. Pas nécessairement pour chercher à se couvrir de gloire, mais plutôt pour dresser un bilan, pour prendre le pouls du moral des troupes et pour se comparer à d'autres entreprises. 
Dans ce type de compétition, les salariés sont généralement consultés afin qu'ils évaluent la performance de leur patron sur la façon dont ils gèrent leurs ressources humaines.
«Les résultats ont révélé que l'on pouvait définitivement en faire plus», indique Isabelle Michaud, conseillère senior en développement organisationnel.
À l'automne 2010, le comité Virage Santé voyait le jour et ciblait des interventions sur plusieurs fronts : santé psychologique, activité physique, alimentation, lutte au tabagisme et ergonomie. 
L'objectif étant d'aider les employés à être en meilleure santé - notamment en les sensibilisant à l'adoption de saines habitudes de vie et à un meilleur contrôle du stress - et d'avoir un impact sur la gestion de l'assurance-collective à long terme.
«La première étape a été de bien définir les rôles de tout un chacun - les gestionnaires et les employés - en matière de prévention et de gestion de l'invalidité», explique Mme Michaud.
La prévention, ce n'est pas seulement l'apanage de l'entreprise. 
«L'employé, aussi, a sa part de responsabilité. S'il traverse une passe difficile pouvant affecter sa prestation de travail, il doit en informer son gestionnaire. Et le rôle de ce dernier est crucial. Il doit être à l'affût des signes précurseurs. Son travail n'est pas d'établir un diagnostic. Seulement d'être à l'écoute», précise Isabelle Michaud.
Si une intervention est nécessaire, la conseillère en prévention et gestion de l'invalidité entre alors en scène. «Elle poursuit le travail avec l'employé pour évaluer la possibilité de recourir à des mesures d'accommodement qui permettront d'éviter son retrait du travail.»
La conseillère senior en développement organisationnel mentionne que tous les gestionnaires ont eu de la formation pour apprendre à écouter leurs employés, à dépister ceux qui manifestent les premiers symptômes d'un trouble de santé psychologique et à préparer les collègues au retour d'un employé qui a dû s'absenter du boulot pour des raisons de santé. 
Un programme qui fait mouche
Le programme de santé et mieux-être de CAA-Québec est maintenant bien rodé. Et il fait mouche comme en témoigne le prix remporté, il y a une dizaine de jours, à l'occasion du Gala RH organisé par l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.
Les membres du jury ont écarquillé les yeux à la lecture des résultats obtenus. D'abord, le pourcentage des réclamations en santé psychologique pour les dossiers d'invalidité de longue durée a chuté de 11 % entre 2014 et 2015.
Ensuite, au cours de la même période, CAA-Québec a enregistré une baisse de 25 % de la durée moyenne des invalidités de longue durée.
Isabelle Michaud ajoute une autre statistique qui démontre, selon elle, que l'organisation a réussi à implanter une nouvelle culture. 
«Entre 2013 et 2016, le nombre d'inscriptions aux diverses activités a progressé de 43 %.»
Une panoplie d'activités sont organisées pour permettre aux employés de CAA-Québec de prendre soin d'eux.
Des conférences sur la gestion du stress et sur la nutrition. Des ateliers sur les techniques de relaxation. Des cours de conditionnement physique et de yoga. De la marche sportive. Des cliniques pour dépister le cholestérol ou pour mesurer le tour de taille. La publication de recettes permettant d'assurer une saine alimentation.
Les employés étaient aussi appelés à relever des défis personnels. 
Pour l'organisation, la difficulté est d'en arriver à joindre tous les salariés, car les 1150 employés sont répartis dans 30 lieux de travail situés dans 12 villes différentes.
C'est pourquoi l'entreprise utilise à profusion l'intranet pour diffuser de l'information. Un outil informatique permet aux employés de visionner des contenus à partir du bureau, de la maison ou leur appareil mobile.
Les causes et les solutions
Entre 16 et 20 milliards $ par année. Selon des sources officielles, tels seraient les coûts liés aux problèmes de santé mentale pour les entreprises canadiennes.
Les problèmes les plus répandus sont les troubles anxieux et la dépression, indique le gouvernement du Québec sur son site Internet, Entreprises Québec. «On estime que d'ici 2020, la dépression se classera au deuxième rang des principales causes d'incapacité à l'échelle mondiale, juste derrière les maladies cardiaques.»
Dans l'environnement de travail, les sources des problèmes de santé mentale sont la surcharge de travail, la faible reconnaissance, les mauvaises relations de travail, le manque de participation aux décisions et l'insuffisance de communication entre la direction et les employés. 
Des solutions existent comme la tenue régulière de réunions d'équipe, la formation du personnel, la mise en place d'un système d'appréciation de la contribution des employés et une politique de prévention du harcèlement.