Chaque année, Ghislain Demers invite son équipe à son chalet en bordure d'un lac et fait griller des filets mignons. Tout ça, le vendredi, jour normal de travail! Le taux de participation affiche toujours 100 %...

Au chalet du boss

«Pour moi, mes employés sont importants.»
L'affirmation classique de tout bon employeur.
«Ça ne doit pas être juste des mots. Ça doit se traduire par des gestes concrets. Moi, je suis un patron exigeant. Je suis aussi très reconnaissant. C'est mon style de gestion. Et je suis proche de ma gang
Au point même de les inviter à son chalet en bordure d'un lac et de leur faire griller des filets mignons!
«Ça ne me dérange pas qu'ils entrent dans mon intimité. Au boulot ou au chalet, c'est le même Ghislain.»
Faites connaissance avec Ghislain Demers.
Il est l'un des quatre actionnaires d'Umano Médical, une entreprise de L'Islet qui se spécialise dans la fabrication de lits pour les hôpitaux. 
Il en est aussi le vice-président de la recherche et développement et des ventes.
Depuis une dizaine d'années, il convie les membres de son équipe à son chalet sur le bord d'un lac en Beauce.
Pas un samedi ou un dimanche, mais bien un vendredi, un jour normal de travail. 
Un jour normal de travail qui, dans les faits, n'a rien de normal! 
Ils sont habituellement une trentaine à se pointer chez Ghislain Demers. 
«Chacun est libre de venir ou pas», précise l'hôte. Le taux de participation affiche toujours 100 %.
«Ils arrivent au chalet vers 8h et repartent à minuit. Je les accueille avec un petit déjeuner. Le midi, rien de compliqué, je prépare les hot dogs, les hamburgers et le blé d'Inde. Pour le souper, je fais griller les filets mignons.
«J'avoue que c'est toujours un brin stressant de recevoir une trentaine de personnes chez moi. Je prie toujours très fort pour que la pluie ne se mette pas de la partie!»
Renforcement d'équipe
Ghislain Demers n'invite pas ses employés chez lui seulement pour leur faire une démonstration de ses talents de cuistot.
Il s'agit plutôt d'un exercice de renforcement d'équipe. De team building, dit-on communément dans l'univers de la gestion des ressources humaines.
Umano Médical est une entreprise qui a le vent dans les voiles.
L'an dernier, son chiffre d'affaires se situait à 12 millions $. Cette année, il grimpera à 24 millions $. L'objectif est de le faire passer quelque part entre 34 et 39 millions $ l'an prochain.
«Nous mettons les bouchées doubles. Nous développons les meilleurs produits sur le marché. Pas question d'imiter ceux de nos compétiteurs. C'est exigeant. Ça demande beaucoup à nos équipes, qui doivent constamment sortir de leur zone de confort.»
Pour maintenir la barre haute, l'engagement inconditionnel des 120 employés est essentiel.
La journée au chalet vise essentiellement à cimenter l'esprit d'équipe et à se payer du bon temps.
«Le matin, nous prenons une heure ou deux pour faire le point sur le chemin parcouru au cours de la dernière année. J'expose le plan d'action pour les mois qui viennent et nous échangeons ensemble sur les stratégies qui nous permettraient d'améliorer la performance de l'équipe. C'est relax. Rien à avoir avec les réunions au bureau. C'est curieux. On dirait que les langues se délient lorsque les collègues troquent l'habit et le tailleur pour le t-shirt, le bermuda et les gougounes!» constate Ghislain Demers.
L'après-midi, la parlotte cède le pas à l'action.
L'an dernier, le patron avait divisé ses ouailles en quatre groupes. Leur mission était de construire un bateau.
«Dans ma gang, les gens se connaissent, évidemment, mais ne travaillent pas nécessairement l'un à côté de l'autre au jour le jour. J'ai des vendeurs et des spécialistes de la R et D. Ils apprennent à réaliser un projet ensemble et à compter sur les talents des uns et des autres. Du même coup, ça soude l'esprit d'équipe et le sentiment d'appartenance.»
Selon Ghislain Demers, il est difficile de mesurer, chiffres à l'appui, l'impact de l'exercice annuel de renforcement d'équipe.
Par contre, il sait que, dans la vie de tous les jours d'Umano Médical, cette journée au chalet en Beauce au cours de laquelle le boss grille les filets mignons fait la différence.
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Aux petits oignons
La pénurie de main-d'oeuvre est un fardeau pour les entreprises, notamment celles qui connaissent une forte poussée de croissance et qui sont établies en région.
C'est le cas d'Umano Médical, qui a réussi l'«exploit» de recruter, ces derniers mois, plus d'une trentaine de travailleurs et de les amener à L'Islet, une municipalité située à un peu plus d'une heure de route de Québec. 
L'entreprise qui, par ailleurs, offre un service de navette à partir de Québec et de Lévis, est toujours à la recherche d'employés d'usine, d'ingénieurs et de spécialistes du marketing.
Pour Ghislain Demers, il est primordial, dans le contexte actuel, que les compagnies traitent leurs salariés aux petits oignons.
«C'est essentiel de pouvoir garder ses travailleurs. C'est le nerf de la guerre. Il faut les motiver et s'assurer de leur engagement inébranlable dans l'atteinte des objectifs de l'entreprise.»
Umano Médical revient de loin. 
Propriété à l'époque de Stryker puis de Flextronics, la compagnie avait fermé ses portes au printemps 2012. Quatre de ses ex-dirigeants, Christian Cariou, Robert Dion, Denis Bourgault et Ghislain Demers, l'ont relancée dans les mois suivants.