La directrice générale des activités mondiales de Creaform, Fanny Truchon

Le tourbillon Creaform

Fanny Truchon hésite une toute petite fraction de seconde avant de mentionner au Soleil que Creaform compte exactement 620 employés sur la planète. «Dans une heure, nous serons peut-être 621? Ou encore 622?»

En 2018, l’entreprise de Lévis spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de technologies de mesure 3D portables et automatisées a recruté une soixantaine de nouveaux travailleurs, dont une quarantaine au Québec.

Sur son site Internet, Creaform affiche près d’une quarantaine de postes à pourvoir à Lévis, à Montréal ainsi qu’en Corée, au Japon, en France, en Allemagne et à Singapour. Des postes de concepteur électrique, de développeur scientifique, de chargé de comptes ou d’ingénieur d’applications.

«En 2019, nous entendons accélérer le développement de nos affaires en Asie et accroître notre présence en Allemagne», signale Fanny Truchon qui, depuis le mois de mars dernier, occupe le poste de directrice générale des activités mondiales de Creaform. Elle a pris la relève de Martin Lamontagne, l’un des cofondateurs de l’entreprise, en 2002, avec Charles Mony et Gilles Bernigaud.

Encore une fois, Creaform se retrouve au cœur d’un tourbillon de croissance.

«Le taux de croissance de nos affaires devrait s’établir à près de 15 % en 2018», indique Mme Truchon en mentionnant que le chiffre d’affaires de la compagnie devrait dépasser 150 millions $ cette année. 

«En 2019, nous visons un taux de croissance supérieur à celui de cette année.»

Leadership décentralisé

L’expansion fulgurante de Creaform au cours des dernières années est la résultante d’une capacité de l’entreprise à commercialiser de nouveaux produits et à défricher de nouveaux marchés, particulièrement dans les secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale. Pas moins de 30 % des ventes de Creaform sont liées directement à l’industrie de l’automobile. Ses outils de mesure 3D portables, équipés d’un capteur laser, sont notamment utilisés pour passer au peigne fin la qualité de fabrication d’une pièce.

«Nous possédons une vitesse d’innovation hors du commun, soit pour améliorer les technologies existantes ou pour en trouver de nouvelles applications», explique celle qui a notamment oeuvré chez Louis Garneau Sports où elle était directrice des opérations manufacturières et chez Procter & Gamble avant de joindre les rangs de Creaform en 2013 à titre de vice-présidente des opérations et du service à la clientèle. «Nous pratiquons un leadership décentralisé. Nous laissons beaucoup d’autonomie et de capacité décisionnelle à nos employés. Ça leur permet de mener plusieurs chantiers de front et de créer à la vitesse grand V.»

Creaform n’arrête pas, non plus, d’ouvrir de nouvelles places d’affaires. Ce fut le cas en Espagne, en Italie et au Mexique au cours des derniers mois. En plus de ses centres technologiques en France, au Japon et en Chine, Creaform possède actuellement des bureaux aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Brésil, en Thaïlande, en Corée et à Singapour.

Au début du mois de décembre, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec a attribué son prix Rayonnement hors Québec 2018 à Creaform.

«Nous devons être présents auprès de nos clients. Nous devons avoir les deux pieds dans leurs usines. Et nous devons parler leur langue. Ça nous oblige à recruter des ressources dans les pays dans lesquels nous brassons des affaires.»

Le chiffre d’affaires a triplé

Au nouveau siège social de 20 millions $ de Creaform à Lévis, l’attention est portée, par les temps qui courent, à l’affrontement commercial entre la Chine et les États-Unis et ses possibles répercussions sur le marché des technologies de mesure 3D. Plusieurs des compétiteurs de Creaform sont des sociétés américaines. «Qui sait? Des opportunités d’affaires pourraient se présenter à un manufacturier canadien comme nous», signale Fanny Truchon en justifiant ainsi la volonté de Creaform d’accroître ses assises en Asie.

En octobre 2013, Creaform passait dans le giron d’Ametek, une société américaine spécialisée dans la fabrication d’instruments électroniques et d’appareils électromécaniques dont le chiffre d’affaires annuel fracasse les 4,3 milliards $US. Il s’agissait, à l’époque, d’une transaction de 120 millions $US.

«Dans mon cœur de Québécoise, j’aurai aimé que des gens d’ici achètent Craform. C’est évident. Toutefois, nous devons reconnaître que la transaction a été bénéfique pour Creaform. Nous avons accès à des capitaux qui nous permettent de continuer de grandir et le modèle d’affaires d’Ametek nous permet de conserver notre ADN. Nous bénéficions du meilleur des deux mondes», résume Mme Truchon.

Au moment de la transaction, le chiffre d’affaires de Creaform était de 52 millions $. Il a triplé en cinq ans sous la propriété d’Ametek.