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Le télétravail là pour rester, selon une étude

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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La fin de la pandémie ne signifiera pas la fin du télétravail. Au contraire! Il là pour rester. Selon une étude réalisée par la Banque de développement du Canada, 74 % des dirigeants d’entreprises offriront à leurs employés la possibilité de travailler à distance. Et 55 % des travailleurs ont dit qu’ils préféreraient autant, et même plus que maintenant, continuer à bosser de la maison une fois qu’il sera sécuritaire de retourner au bureau.

«J’ai été un peu surpris de l’ouverture des propriétaires d’entreprises», a analysé Pierre Cléroux, vice-président, Recherche et économiste en chef à la BDC. «Avant le début de la pandémie, ils n’avaient pas beaucoup d’appétit pour le télétravail. C’était souvent mal perçu. Alors que là, il y a vraiment eu un changement. 

«Je pense que c’est pour deux raisons. D’abord, les entreprises ont beaucoup investi pour permettre à leurs employés de travailler de la maison. Il faut se souvenir qu’au début du premier confinement, en mars 2020, il y a des entreprises qui n’étaient pas équipées pour le télétravail et qui ont dû acheter des d’ordinateurs portatifs et s’équiper en termes de sécurité. Je pense aussi que la dernière année a convaincu tout le monde quant aux avantages du télétravail. Il y a 48 % des Québécois qui travaillent de la maison. Et je crois que bien des employeurs ont réalisé le bénéfice de ça.»

Selon l’étude Quel est l’avenir du télétravail? Points de vue des PME et des employés canadiens les chefs d’entreprises indiqué que le télétravail avait des avantages auprès de la mobilisation et la rétention des employés, un aspect important considérant la pénurie de main-d’œuvre que vit présentement le Québec et la difficulté pour les entreprises à recruter des travailleurs, de même qu’au niveau de la réduction des coûts d’exploitation et de la flexibilité des horaires de travail, mais aussi, un élément nouveau, la possibilité d’engager des travailleurs n’habitant pas dans la ville ou dans la région où est située leur entreprise.

De leur côté, les travailleurs ont vu aussi dans le télétravail des bénéfices au niveau de la flexibilité des horaires, mais également dans la réduction du temps de déplacement et de la conciliation travail-vie personnelle. L’étude a cependant révélé qu’ils semblaient très conscients des désavantages du travail à distance. 

«Les gens ont dit manquer l’interaction avec leurs collègues, un désavantage du télétravail qu’ont aussi relevé les employeurs. Ils ont parlé de la fatigue accrue due aux écrans et le fait de ne pas voir leurs consœurs et confrères de travail.

«Je dirais que pour la plupart des personnes, la situation idéale serait de travailler deux ou trois jours par semaine à la maison et deux jours au bureau. Les travailleurs souhaitent de la flexibilité. Je crois que quand les activités reprendront à la normale à la fin de la pandémie, le modèle adopté en sera un hybride. Je pense que l’on ne travaillera pas autant à la maison qu’on le fait aujourd’hui, mais on va le faire beaucoup plus qu’avant le début de la crise en mars 2020.»

Deux fois plus

Menée auprès de 700 petites entreprises ainsi que de 2000 travailleurs canadiens, l’étude Quel est l’avenir du télétravail? Points de vue des PME et des employés canadiens a été publiée mardi a été réalisée en février et mars 2021. M. Cléroux a indiqué que les chercheurs avaient considéré comme étant en télétravail les gens qui faisaient à distance plus de 50 % de leurs heures de travail hebdomadaires.

Dans son étude, la BDC a révélé qu’avant la pandémie, seulement 21 % des PME avaient au moins de la moitié de leurs employés en télétravail. Ce chiffre est maintenant le double, soit 42%. Une augmentation aussi marquée du côté les travailleurs de toutes les tailles d’entreprises. Ils étaient 56 % à travailler à distance au moins 50 % du temps en mars 2020. Quatre-vingts % le font plus souvent maintenant. Ceux qui ne le faisaient pas disaient que c’était principalement en raison de leur type d’emploi qui ne le permettait pas. En moyenne, les employés travaillaient 3,9 jours par semaine de la maison. Et 58 % des répondants à l’étude sont d’avis que leur employeur encourageait dorénavant le télétravail contre 12 % avant la pandémie.

«Jamais on n’aurait pensé que les entreprises se seraient adaptées aussi rapidement. Elles ont investi massivement en technologies pour pouvoir le faire. Le marché du travail ne sera pas le même après la pandémie. Il va y avoir une brisure. Le télétravail existait avant la crise. La technologie nous permettait de le faire, mais la pandémie a été le grand déclencheur. Elle a vraiment accéléré le phénomène. Et on va travailler différemment dans le futur.»

M. Cléroux a indiqué que le fait que les entreprises aient été capables de s’adapter rapidement à la situation provoquée par la crise avait été une excellente nouvelle. Il a ajouté que le télétravail allait améliorer la qualité de vie de beaucoup de gens en ayant une flexibilité qui n’existait pas avant.

Pierre Cléroux, vice-président, Recherche et économiste en chef à la BDC, a indiqué que la pandémie avait vraiment accéléré le phénomène du télétravail. Il est d’avis que quand les activités reprendront à la normale, le modèle adopté sera l'hybride. Il pense que l’on ne travaillera pas autant à la maison qu’on le fait aujourd’hui, mais que nous le ferons beaucoup plus qu’avant le début de la crise.

L’étude Quel est l’avenir du télétravail? Points de vue des PME et des employés canadiens révèle aussi que les dirigeants des PME ont vu des augmentations au niveau des heures travaillées (25 %), de l’efficacité (24 %), de l’amélioration de l’organisation du travail (20 %) et de l’amélioration de sa qualité (18 %). Ils ont aussi constaté une baisse d’absentéisme (19 %). Sondés sur les mêmes critères, les employés des entreprises de toutes tailles ont noté les mêmes hausses et la même baisse... mais avec des pourcentages plus élevés. Ils ont estimé qu’ils avaient eu des hausses au niveau de leur efficacité de 41 %, de l’augmentation des heures qu’ils avaient travaillées de 41 %, de l’amélioration de leur qualité de travail de 29 % et de l’amélioration de leur organisation du travail de 28 %. Ils ont aussi dit avoir noté une baisse de 36 % de leur taux d’absentéisme.

L’étude a aussi mis en lumière le fait que le télétravail sera un facteur déterminant pour postuler ou accepter un nouvel emploi pour 54 % des gens sondés et que la possibilité de faire du télétravail avait été un facteur important chez 48 % des gens qui avaient déménagé depuis le début de la pandémie.

Questionné sur ce que réservait le futur au monde du travail après la révolution des derniers mois, M. Cléroux a expliqué qu’un équilibre devrait être rebâti. «Quand le premier confinement est arrivé, tout le monde a dû s’ajuster. On l’a oublié parce que ça fait un an. Et je pense qu’il y aura un autre ajustement dans les entreprises quand on y retournera pour y travailler... selon un certain modèle hybride. 

«Je crois aussi que la technologie va prendre de plus en plus de place dans les espaces de travail et dans nos vies parce que non seulement on a appris que l’on pouvait travailler à distance, et ça va continuer, mais aussi parce que les entreprises investissent de plus en plus dans les technologies afin d’améliorer leur efficacité. Je pense que le futur en sera un où les employés utiliseront beaucoup plus de technologies que dans le passé.»