Accusé d'avoir encouragé des pratiques managériales douteuses et brutales, sur fond de sexisme et de harcèlement au travail, lTravis Kalanick a annoncé son départ mercredi.

Le sulfureux fondateur d'Uber poussé vers la sortie 

L'emblématique patron et fondateur d'Uber, Travis Kalanick, a finalement subi les conséquences de sa personnalité fougueuse et de ses méthodes de gestion musclées, mais son départ définitif laisse un creux béant pour le groupe.
Accusé d'avoir encouragé des pratiques managériales douteuses et brutales, sur fond de sexisme et de harcèlement au travail, le dirigeant de 40 ans a annoncé son départ mercredi alors qu'il venait déjà de se mettre en retrait la semaine précédente.
Ce départ n'était alors censé qu'être provisoire et lié à des raisons personnelles, dont le récent décès accidentel de sa mère.
Mais, en ajoutant avoir besoin de temps «pour réfléchir et travailler sur (lui) même» pour «devenir le patron dont cette entreprise a besoin et que (les salariés) méritent», M. Kalanick avait avoué en creux qu'il n'était pas exactement un dirigeant exemplaire.
En mars déjà, il avait dû se livrer à d'humiliantes excuses, après une avalanche de révélations embarrassantes.
«Je dois changer fondamentalement en tant que dirigeant, et grandir. C'est la première fois que je l'admets, j'ai besoin d'aide», disait le patron du service de location de voitures avec chauffeur (VLC).
Son tempérament impétueux venait d'être étalé une nouvelle fois sur la place publique, au travers d'une vidéo où on le voyait se quereller avec un chauffeur de l'entreprise se plaignant de ne pas être assez payé.
Il avait aussi été pris en flagrant délit de sexisme en plaisantant sur ses conquêtes et en surnommant son entreprise «Boob-er» (boob  sein en anglais).
En février, les révélations d'une ingénieure se disant victime de harcèlement sexuel avaient largement alimenté l'image d'une société aux pratiques managériales contestables. Le groupe est ainsi accusé d'avoir volé des technologies sur les voitures autonomes, d'utiliser un logiciel secret pour permettre à ses chauffeurs d'éviter les autorités.
Mais, pendant de longs mois, M. Kalanick a semblé bénéficié de son statut emblématique à la tête du groupe qu'il a fondé en 2009 puis a accompagné son succès fulgurant.
«Il n'y a personne pour le remplacer», selon l'analyste Jack Gold (J. Gold Associates).
Son ami Emil Michael, qui faisait office de numéro deux, a dû démissionner la semaine dernière, accusé d'être largement responsable de la culture d'entreprise agressive et sexiste régnant au sein de l'entreprise.
Entrepreneur en série
Travis Kalanick, né en 1976 à Los Angeles où il a grandi et fréquenté la célèbre université UCLA, a toujours multiplié les coups d'éclat.
Dans la lignée d'autres créateurs d'entreprises technologiques, il faisait de la programmation informatique dès l'école et a abandonné ses études après avoir créé une startup.
Cette première entreprise, Scour, est un précurseur et plus tard concurrent de Napster, permettant de rechercher et d'échanger musique et vidéos en ligne. Fondée en 1997, elle survit seulement trois ans: les industries américaines du cinéma et de la musique l'acculent à la faillite en lui réclamant 250 milliards de dollars.
Travis Kalanick cofonde ensuite, en 2001, Red Swoosh, toujours centrée sur le partage de fichiers en ligne. Il rencontre des difficultés financières, mais vend finalement l'entreprise en 2007, devenant ainsi millionnaire à 30 ans.
L'idée d'Uber serait ensuite née un soir de l'hiver 2008 à Paris: Travis Kalanick et l'autre fondateur de la startup, Garett Camp, ne trouvent pas de taxi et imaginent d'appuyer sur un bouton sur leur téléphone pour trouver un chauffeur.
UberCab naît l'année suivante à San Francisco, où le service démarre courant 2010.
Sept ans plus tard, l'entreprise a raccourci son nom, mais s'est étendue à plus de 500 villes à travers le monde. Uber a dû abandonner le marché chinois en 2016, mais affiche une valorisation de quelque 70 milliards de dollars. Et la fortune de son patron est estimée par Forbes à 6,3 milliards de dollars.
Travis Kalanick justifie son style de direction en expliquant s'être endurci après les difficultés de ses premières entreprises. Mais il ne s'est pas fait que des amis.
Uber s'est mis à dos les taxis qui voient en lui leur mort programmée, les régulateurs de nombreux pays qui cherchent à lui faire barrage, et même ses propres chauffeurs qui réclament de meilleures rémunérations ou un statut plus protecteur.