Un sentiment de peur mêlé aux interdictions de voyager ont conduit à une baisse de la demande et à l’annulation de plus de 185 000 vols.
Un sentiment de peur mêlé aux interdictions de voyager ont conduit à une baisse de la demande et à l’annulation de plus de 185 000 vols.

Le S.O.S. des compagnies aériennes

PARIS — En 2008, les banques étaient en première ligne face à la grande crise économique. En 2020, face à une pandémie qui cloue les avions au sol, ce sont les compagnies aériennes du monde entier qui crient à l’aide et qui, pour certaines, ne survivront pas au choc.

Un sentiment de peur mêlé aux interdictions de voyager ont conduit à une baisse de la demande et à l’annulation de plus de 185 000 vols.

«Pour le secteur aérien, c’est pire que le 11-Septembre. Il est quasiment à l’arrêt», a déclaré mardi le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. À l’époque, le transport aérien avait été momentanément arrêté après ces attentats terroristes.

«D’ici fin mai 2020, la plupart des compagnies aériennes dans le monde feront faillite», a mis en garde mardi la société d’analyse des marchés CAPA.

Face à ces sombres perspectives, les compagnies se tournent vers les autorités, espérant être renflouées, comme nombre de banques lors de la crise financière de 2008.

Le transport aérien américain a demandé des aides d’urgences pouvant aller jusqu’à 50 milliards de dollars au gouvernement fédéral, lequel préparerait un plan de relance massif de 850 milliards de dollars.

Les compagnies britanniques auraient demandé au gouvernement plus de 9 milliards de dollars d’aides.

L’IATA, qui représente le secteur au niveau international, a également appelé les autorités à débloquer toutes les aides possibles pour permettre aux compagnies de faire face «à une crise croissante de liquidités».

«Plus de 75 % des compagnies disposent de moins de trois mois de liquidités pour couvrir leurs coûts fixes», a expliqué mardi son directeur financier Brian Pierce.

«Si la crise se poursuivait avec cette intensité, nous verrons certainement une consolidation» du secteur, a commenté Alexandre de Juniac, directeur général de l’association qui regroupe 290 compagnies aériennes.

De son côté, le gouvernement italien est prêt à nationaliser la compagnie aérienne Alitalia.

Secteur «égoïste»?

Selon des médias, Rome a prévu une enveloppe globale de 600 millions d’euros pour l’ensemble du secteur aérien national, dans lequel Alitalia représente la part du lion.

De telles aides financières n’iront pas sans susciter la controverse notamment chez ceux qui, en 2008, avaient déjà critiqué les vastes plans de sauvetage des banques.

Elles ne feront pas non plus l’unanimité auprès des défenseurs de l’environnement qui accusent le transport aérien, très polluant, de contribuer au changement climatique.

Par ailleurs, un grand nombre de pays étant menacés de récession, les gouvernements vont être contraints de trancher sur les secteurs à aider en priorité.

«Les compagnies aériennes figurent peut-être en tête de liste, mais presque toute l’industrie mondiale est confrontée à des pressions», a souligné Stephen Innes, un responsable de la stratégie des marchés chez AxiCorp.

Reste que le transport aérien est un acteur économique de poids et même vital pour des secteurs comme le tourisme, ou pour les ventes des géants de l’industrie comme Boeing, Airbus ou Rolls-Royce, qui pèsent très lourd dans les échanges commerciaux mondiaux.

L’avionneur Boeing a demandé de l’aide à la Maison-Blanche et au Congrès pour faire face à la pandémie de COVID-19, tandis que son concurrent européen Airbus a suspendu quatre jours sa production en France et en Espagne.

L’aide au transport aérien «n’est pas une vision égoïste» de la situation, a estimé M. de Juniac ajoutant que «la connectivité est cruciale pour assurer un redémarrage» de l’économie.

En attendant, les compagnies aériennes font la course à la réduction des coûts : suppression d’emplois, arrêts de certaines liaisons, renégociations des contrats des fournisseurs et utilisation d’avions plus petits et moins chers font partie des mesures prises.

Les aéroports européens devraient enregistrer 2 milliards de pertes de chiffre d’affaires au cours du premier trimestre, selon leur organisation ACI Europe qui demande des mesures de soutien à l’Union européenne. Cette crise pourrait entraîner, sur le long terme, «une hausse des tarifs, car les compagnies vont tenter de rattraper leurs pertes», prévient Shukor Yusof, analyste de la société de conseil aéronautique Endau Analytics.

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SUSPENSION DE VOLS CHEZ WESTJET

La crise de la COVID-19 a incité le transporteur aérien canadien WestJet à annoncer lundi la suspension pour une période de 30 jours de toutes les opérations commerciales de ses vols internationaux et transfrontaliers à compter de dimanche prochain, le 22 mars, à 23h59. La compagnie basée à Calgary précise que son dernier vol prévu à l’horaire aura lieu dimanche soir. Pour les 30 jours qui suivront, les billets des vols internationaux et transfrontaliers ne sont déjà plus en vente. Et à compter de mercredi qui vient, à 23h59, les ventes de billets seront suspendues pour ces vols à l’horaire jusqu’au 22 mars à 23h59. Les voyageurs qui détiennent des billets pour des vols internationaux ou transfrontaliers prévus après l’entrée en vigueur de la suspension sont invités à se rendre sur le site Web de la compagnie. 

Dans un communiqué publié en anglais seulement sur son site, le président et chef de la direction de WestJet, Ed Sims, ajoute qu’à compter de lundi, en collaboration avec le gouvernement du Canada, la compagnie mettra en disponibilité des vols destinés à ramener au pays les Canadiens coincés à l’étranger. Une réduction des tarifs sur les sièges disponibles est présentement effectuée par le transporteur. WestJet ajoute que le trafic de ses vols intérieurs sera réduit d’environ 50 % pour une période de 30 jours.  La Presse canadienne