Des usines québécoises comme LM Wind Power à sont bien positionnées pour obtenir des contrats, qu’il s’agisse de contrats sur le marché intérieur ou des contrats d’exportations.
Des usines québécoises comme LM Wind Power à sont bien positionnées pour obtenir des contrats, qu’il s’agisse de contrats sur le marché intérieur ou des contrats d’exportations.

Le secteur éolien optimiste

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CARLETON — Le secteur éolien québécois reste plutôt optimiste face à l’avenir en attendant que la pandémie passe, puisque plusieurs indices laissent croire que l’éventuelle relance économique intégrera une plus grande quantité d’énergie verte, comme les énergies éoliennes et solaires.

C’est ce qu’observe Frédéric Côté, directeur général de Nergica, un centre de recherche appliquée en matière d’énergies renouvelables, basé à Gaspé. Dès la mi-mars, tous les secteurs énergétiques ont été considérés «services essentiels» par l’État québécois, dont l’énergie éolienne, et la production a été maintenue. Il jette d’abord un regard sur les trois derniers mois.

«Évidemment, on sait ce qui se passe dans la demande d’électricité; la mise sur pause de l’économie a des impacts à plusieurs égards. La demande a diminué, mais l’été pourrait mener à des hausses de demande, avec les canicules dans certains secteurs nord-américains. C’est à suivre. Le signal d’Hydro-Québec, c’est que la situation demeure à l’intérieur des paramètres de gestion normale», aborde M. Côté.

Industrie compétitive

Des signaux encourageants pour l’énergie éolienne émanaient déjà du contexte prépandémie.

«Ça va bien aux États-Unis, et en Amérique du Nord en général. En matière d’énergie installée, le secteur éolien l’emporte haut la main et le secteur solaire va très bien aussi. M. Trump [Donald, le président américain] voulait sauver le charbon, mais les faits ont la tête dure. Ça ne fonctionne pas. Les investissements dans l’installation de parcs éoliens et solaires dominent.

Éliminer le charbon à l’échelle nord-américaine est une éventualité», analyse Frédéric Côté.

La filière éolienne québécoise d’installation de parcs et de fabrication de composantes existe depuis une vingtaine d’années, mais c’est surtout depuis 2004-2005 qu’elle a pris son élan, avec le premier appel d’offres important d’Hydro-Québec, de 1000 mégawatts, et l’émergence d’une industrie pour équiper ces parcs éoliens.

Frédéric Côté (à droite) croit que les énergies renouvelables auront la cote au cours des prochaines années.

Le premier ministre François Legault a régulièrement critiqué le déploiement éolien tel que fait au Québec et la situation des surplus d’électricité, alors que bien des sociétés voient ces surplus comme une richesse et des occasions d’affaires.

Sans se prononcer sur ses attentes vis-à-vis de ce qui se passera au Québec à moyen terme en matière d’installations éoliennes, M. Côté souligne que «la question est de savoir s’il y a de la place dans le portefeuille énergétique du Québec pour de l’énergie compétitive. La réponse est oui. L’énergie éolienne est devenue compétitive depuis des années. Le solaire? Il le deviendra éventuellement, pas dans dix ans, dans moins de cinq ans».

Contrats à venir

Deuxièmement, il faut voir les besoins. 

«Est-ce qu’on assistera à un appel d’offres de 1000 mégawatts, ou à une stratégie à 4000 mégawatts? On ne voit pas ça présentement. Par contre, quand on regarde ce sur quoi le gouvernement travaille, l’électrification des transports, la politique énergétique nous menant vers 2030, on va devoir produire plus d’énergie renouvelable au Québec».

Frédéric Côté rappelle aussi «qu’il sera intéressant de voir comment Hydro-Québec va gérer ses contrats. Signera-t-il des ententes à long terme avec un tarif fixe, ou des ententes au jour le jour? Les tarifs d’électricité changent à la minute sur le marché nord-américain».

Le premier contrat à renégocier en puissance éolienne installée à partir de 2004 touchera le parc de Baie-des-Sables, près de Matane, inauguré à la fin de 2006. Et si Hydro-Québec décide de ne pas renouveler les ententes de 20 ans caractérisant les parcs éoliens de propriété privée? Frédéric Côté n’est pas trop inquiet.

«Qu’est-ce qu’on fait? Je pense qu’on se dirige vers un rééquipement des parcs actuels. Les éoliennes sont en mesure de produire encore, oui, avec des remplacements de composantes dans certains cas et c’est normal», note-t-il.

Il rappelle que depuis l’été 2016, l’usine de pales de Gaspé, LM Wind Power, fonctionne à plein régime, mis à part quelques semaines au début de la pandémie, en rééquipement de parcs éoliens dans le sud des États-Unis. L’usine emploie 485 personnes et toute sa production est exportée.

La pandémie et la récession

Frédéric Côté est conscient que «la pandémie crée une séquence : une crise sociosanitaire, qui mène à une crise économique et une crise des finances publiques». S’il n’est pas inquiet pour le respect des contrats actuels des contrats de vente d’électricité venant de parcs éoliens, «une électricité pas subventionnée, venant d’appels d’offres spécifiques», il croit aussi que le secteur éolien peut poser des avantages pour se sortir de la récession.

«En 2008, la récession a frappé moins fort au Québec notamment parce qu’il y avait à ce moment un programme d’infrastructures éoliennes; la construction de parcs a soutenu l’économie du Québec», dit-il.

Les usines québécoises de fabrications de composantes exportent déjà beaucoup, d'autant plus qu'il ne se construit plus de parcs éoliens au Québec. LM Wind Power, de Gaspé, exporte depuis l'été 2016 toute sa production de pales au sud des États-Unis par rail.

Les 4000 mégawatts installés au Québec pendant une douzaine d’années ont généré des investissements privés de près de 10 milliards $.

Sera-t-il difficile de mobiliser des capitaux dans l’après-pandémie pour des projets éoliens? «Tout ce qui est énergie est intensif en capital. Ces investissements sont marqués par un cash flow [fonds de roulement] étalé sur plusieurs années. Ça devrait fonctionner.»

La réflexion de plusieurs penseurs sur la société de demain va dans le sens d’un virage vers les énergies vertes, pour atténuer une crise qui pourrait être bien pire, celle des changements climatiques. Frédéric Côté croit que le secteur québécois des énergies renouvelables se prépare à répondre à l’appel.

«Les [paramètres] fondamentaux sont là. On devrait assister à une relance verte. La filière est compétitive en production d’électricité. On s’intéresse au solaire au Québec, sinon Hydro-Québec n’aménagera pas un parc expérimental solaire et les entreprises québécoises [de fabrication de composantes] sont déjà là […] La tendance lourde va dans le sens de machines de plus en plus grosses, une façon de réduire les coûts unitaires. LM Wind Power à Gaspé est bien placée, avec le port et le rail», conclut-il.

La filière éolienne emploie 5000 personnes au Québec. La majorité de ces personnes vivent à l’extérieur de la «zone désignée», la Gaspésie et l’est du Bas-Saint-Laurent, où ont été construits les premiers parcs éoliens et les premières usines de grandes composantes, comme les pales et les tours.