Le secteur automobile canadien étonné des menaces de tarifs des États-Unis

Les observateurs canadiens de l’industrie automobile réagissent avec stupéfaction et incrédulité aux informations voulant que le président américain Donald Trump ait ordonné une enquête qui pourrait entraîner l’imposition de tarifs pouvant atteindre 25% sur les importations du secteur automobile aux États-Unis.

Selon David Adams, président de Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada, qui représente les constructeurs automobiles japonais Honda et Toyota, ces nouvelles sont «déconcertantes» parce que ces tarifs rendraient les voitures plus dispendieuses aux États-Unis, ce qui nuirait aux consommateurs américains que M. Trump dit vouloir protéger.

M. Adams estime que les dommages causés au Canada par les tarifs varieraient en fonction de leur importance et de leur portée.

Selon l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, le secteur canadien de l’automobile soutient environ 500 000 emplois directs et indirects. Environ 95% des véhicules construits au Canada sont exportés aux États-Unis.

La professeure agrégée Sui Sui, de la Ted Rogers School of Management de l’Université Ryerson, croit que les tarifs pourraient être dévastateurs pour le Canada. Elle doute cependant que les États-Unis les acceptent parce que l’industrie nord-américaine est si entrecroisée qu’une telle mesure nuirait aussi aux Américains.

Le premier ministre canadien partage cet avis. De passage à La Malbaie en vue du sommet du G7, jeudi, il a tenu à souligner que la compétitivité de l’industrie automobile américaine se verrait elle aussi minée par de tels tarifs puisque certaines pièces traversent la frontière à plusieurs reprises avant l’assemblage.

«On va continuer d’être très très fermes dans notre défense des intérêts des travailleurs canadiens, tout en soulignant que s’attaquer au Canada, ça va finir par faire mal aux États-Unis aussi», a-t-il résumé.

Une question de sécurité nationale?

La Maison-Blanche a déclaré mercredi dans un communiqué que M. Trump avait demandé au secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, de déterminer si les importations d’automobiles, y compris de camions et de pièces automobiles, menaçaient la sécurité nationale américaine.

Le président Donald Trump a pour sa part indiqué dans sa déclaration que «les industries de base telles que les automobiles et les pièces automobiles sont essentielles à notre force en tant que nation».

Justin Trudeau a dit ne pas prendre ces démarches à la légère, mais il doute tout de même de la pertinence de tarifs dans une perspective de sécurité nationale.

«Ça commence à être de moins en moins justifié de façon logique, dans une certaine rigueur intellectuelle», a-t-il soutenu.

Les négociations sur un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique sont dans une impasse en raison de différends entourant les règles de production automobile. L’ouverture de l’enquête commerciale pourrait être perçue comme une tentative pour gagner de l’influence dans les pourparlers avec les deux voisins des États-Unis.

Justin Trudeau semble lui aussi croire que l’annonce de mercredi n’est pas étrangère à la renégociation de l’ALENA. Il a dit ne pas se laisser ébranler.

«Ce n’est pas vrai que je vais accepter un mauvais deal pour le Canada juste pour avoir un deal avec les États-Unis», a-t-il fait valoir jeudi.

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a indiqué que les efforts pour renégocier l’ALENA pourraient se prolonger jusqu’à l’an prochain.