Le salaire des patrons bondit même chez Desjardins

En dollars constants de 2015, la rémunération directe du chef de la direction du Mouvement Desjardins a bondi de 147 % de 2001 à 2015, passant de 1 079 626 $ à 2 664 598 $. Le salaire moyen des employés, lui, a augmenté de 46 %, passant de 40 638 $ à 59 386 $.
Tel est l'un des constats faits par l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) qui a publié, lundi, un rapport de recherche portant sur la rémunération des hauts dirigeants dans le secteur coopératif québécois.
N'empêche que la rémunération des hauts dirigeants de Desjardins est «plus modérée» que celle dans les grandes banques canadiennes, font remarquer les auteurs, Gabriel Arsenault et Robert Laplante. 
«Le chef de la direction d'une banque canadienne gagne entre deux et trois fois ce que gagne son homologue chez Desjardins», précisent-ils. 
En 2015, avec une rémunération globale estimée à 3,9 millions $, la présidente et chef de la direction de l'époque, Monique Leroux, empochait «seulement» 54 fois la rémunération moyenne d'un employé de Desjardins. 
«En outre, les cinq dirigeants les mieux rémunérés chez Desjardins gagnaient en moyenne 28 fois la rémunération moyenne d'un employé. À titre comparatif, à la Banque Royale du Canada, ces ratios sont respectivement de 163 et 104.»
L'IREC fait remarquer que le salaire du plus haut dirigeant de Desjardins est toujours scruté à la loupe. Plus que celui des banquiers.
«En 2015, le président de la Banque Nationale a touché 6,6 millions $ et même si la chose a été médiatisée, elle n'a guère fait de vagues», exposent les chercheurs. «Pourtant, la même année, Desjardins publiait le salaire de sa direction - bien moindre, à 3,9 millions $ - et la chose a créé un certain remous, en particulier dans le milieu coopé-ratif lui-même. Plusieurs se sont demandé : une rémunération aussi élevée est-elle "juste"? Une coopérative peut-elle verser des salaires aussi élevés tout en "gardant son âme"? Le milieu coopératif doit-il nécessairement imiter le secteur privé?»
Le rendement
Par ailleurs, le rapport fait valoir que la rémunération au rendement prenait une «importante croissance» chez Desjardins. En 1996, la prime au rendement du chef de la direction représentait 10 % de son salaire de base. «Depuis 2009, la prime représente environ 110 % du salaire de base.»
La conciliation entre les notions de rendement et les obligations d'une coopérative qui doit offrir des services à ses membres place souvent Desjardins dans une situation délicate.
«Le cas de la fermeture de caisses, et ce, dans un contexte de croissance des actifs, illustre bien les conséquences de la relative insensibilité de Desjardins», fait valoir l'IREC.
«Dans une entreprise capitaliste où les clients ne sont pas propriétaires et où la gouvernance n'est pas démocratique, ce genre d'hétérogénéité ne pose aucun problème: l'entreprise agit de telle sorte à maximiser les surplus, tout simplement, et n'hésitera pas à délaisser les régions s'il n'y a pas d'argent à y faire. Dans une coopérative de consommation, en revanche, les membres-clients pourraient démocratiquement en décider autrement. Mais dans ce dossier, Desjardins a semblé se comporter de façon à maximiser ses excédents et à atteindre ses objectifs économiques d'entreprises, en suivant l'argent plutôt que les personnes.»
Si l'attention de l'IREC a été portée sur Desjardins, c'est tout simplement parce que les autres grandes coopératives, comme la Coop fédérée, ne sont pas légalement tenues de rendre compte de la rémunération de leurs dirigeants, notamment pour protéger leur vie privée ou pour éviter les dangers d'un effet haussier. Deux arguments «plutôt faibles», déplorent les deux chercheurs.
Pour consulter le rapport de recherche, cliquez ici.