En décembre, le ministre des Finances Carlos Leitão déposait, à l'Assemblée nationale, des documents de consultation qui alimenteront la discussion à la Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois.

Le Régime de rentes du Québec sous la loupe

Son tour est arrivé. Tous les six ans depuis 1998, le Régime de rentes du Québec (RRQ) est scruté à la loupe à l'Assemblée nationale.
À compter de mardi, la commission parlementaire des finances publiques entreprend des consultations particulières et des auditions publiques sur la bonification du Régime de rentes du Québec.
Jusqu'au 20 janvier, des syndicats, des associations patronales, des retraités et des sommités  en la matière - notamment Alban D'Amours, le président du Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois - se feront entendre.
«Même si le RRQ se porte bien, il importe de l'adapter à la réalité socioéconomique et démographique changeante du Québec en raison de son importance dans notre système de sécurité financière à la retraite», indiquait, en décembre, le ministre des Finances, Carlos Leitão, à l'occasion du dépôt, à l'Assemblée nationale, des documents de consultation qui alimenteront la discussion.
La plus récente évaluation actuarielle - celle du 31 décembre 2015 - montrait qu'en 2013, 2014 et 2015, les entrées de fonds avaient été plus élevées que prévu, ce qui avait eu un effet positif sur le RRQ.  À la suite d'une légère augmentation de 0,15 % au début de 2017, le taux de cotisation s'établit maintenant à 10,8 %.
«Pour laisser aux prochaines générations de cotisants et de retraités un régime performant, plus équitable et qui répond mieux à leurs besoins, nous devons poursuivre la consolidation du RRQ», ajoutait le ministre.
Trois scénarios à l'étude
Le gouvernement soumet à la consultation trois scénarios de bonification du RRQ dont les implications économiques pourraient être différentes.
Il y a le scénario du statu quo. Dans ce cas, les cotisations totales au RRQ s'établiraient à 13,9 milliards $.
Un deuxième scénario reflète, pour sa part, l'entente intervenue, en juin dernier, entre Ottawa et les provinces canadiennes, à l'exception du Québec, au sujet de la réforme du Régime de rentes du Canada. Dans ce cas, les cotisations totales au RRQ s'élèveraient alors  à 17,2 milliards $.
À l'occasion de la rencontre des ministres des Finances, l'été dernier, Carlos Leitão avait soumis une autre proposition à ses homologues. Ce scénario - le troisième - établit à 1,7 milliard $ les cotisations totales additionnelles.
En plus de ces trois scénarios de bonification, le gouvernement québécois suggère une kyrielle de «mesures structurantes» pour renforcer la pérennité du RRQ dont le relèvement de l'âge minimal d'admissibilité à la rente de retraite anticipée. Il s'agit d'une façon de garder plus longtemps au travail les salariés de 60 ans ou plus. 
«Depuis 1997, environ 60 % des femmes et plus de 50 % des hommes demandent leur rente de retraite du RRQ dès 60 ans, et ce, même si cela a pour effet de réduire d'environ le tiers la rente qui leur est versée», souligne l'un des documents de la consultation préparé par Retraite Québec.
Pour le gouvernement, trois grands principes sous-tendent la consultation : préserver l'équité intergénérationnelle, tenir compte de la compétitivité des entreprises et de la capacité de payer des travailleurs et établir un consensus assurant un taux de cotisation stable au régime.
«En raison de différents phénomènes socioéconomiques actuels, les personnes qui travaillent disposent de moins de revenus pour l'épargne retraite», fait-on valoir.
«D'ailleurs, plusieurs personnes gagnant des revenus de travail inférieurs à 50 000 $ n'épargnent pas suffisamment en vue de leur retraite. En effet, près de 60 % d'entre elles n'ont cotisé à aucune forme d'épargne retraite privée en 2013, comme un régime complémentaire de retraite [RCR] ou un régime enregistré d'épargne retraite [REER].»
Un régime sous pression
En 1965, l'espérance de vie était en moyenne de 71 ans. En 2013, elle était de 82 ans.
«Entre 1965 et 2013, la période de versement a augmenté de l'équivalent de 10 années, passant de 11 à 21 ans, ce qui représente une hausse de 83 %», évalue le gouvernement du Québec. 
«La durée de versement des prestations de retraite dépasse maintenant une vingtaine d'années, ce qui exerce des pressions financières grandissantes sur le système de retraite», fait-on valoir en signalant que l'espérance de vie devrait continuer d'augmenter au cours des prochaines années.
Autre phénomène, le Québec vieillit.
«Lors de la mise en place du Régime de rentes [RRQ] en 1966, on dénombrait 8,2 personnes âgées de 20 à 64 ans pour chaque personne âgée de 65 ans et plus. En 2015, on n'en compte plus que 3,5 personnes. On prévoit que ce chiffre baissera à 2 seulement à compter de 2030», précise-t-on dans la documentation de consultation de Retraite Québec.
En ce qui a trait à la population âgée de 20 à 64 ans, elle devrait diminuer de 3,6 % dans la Belle Province. Dans le reste du Canada, elle augmentera de 5,1 %.
Autre trait distinctif des Québécois, ils se retirent plus hâtivement du marché du travail. L'âge moyen de la retraite au Québec est de 62 ans. Il est de 63 ans au Canada.
À titre comparatif, le taux d'activité des hommes de 65 à 69 ans au Québec, en 2014, était de 25 %. En deçà de la situation au Canada (32,4 %) et aux États-Unis (36,1 %).
Âge «normal»
Au Québec, l'âge «normal» de la retraite est fixé à 65 ans. Ailleurs dans le monde, des pays ont entrepris des réformes pour la repousser afin de tenir compte de la croissance de l'espérance de vie.
«À ce jour, une grande majorité des pays membres de l'OCDE - soit 28 sur 34 - ont haussé l'âge normal de la retraite ou ont décidé de le faire d'ici 2050. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont augmenté cet âge à 67 ans, et même à 68 ou 69 ans dans certains cas.»
Selon le document gouvernemental, «c'est seulement une minorité de pays qui a choisi de maintenir le statu quo, soit le Chili [60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes], la Finlande, le Luxembourg et le Mexique [65 ans pour les hommes et les femmes dans les trois cas]. Il est donc possible d'affirmer que l'âge de 67 ans représente, de plus en plus, l'âge normal de la retraite.»
Le gouvernement du Québec n'a pas choisi d'emprunter cette voie.