CAA-Québec a décidé d’ouvrir deux points de dépôt, dont un à Québec, pour ramasser les sièges d’auto. Un résidant de Victoriaville vient ensuite les chercher pour les recycler.

Le recyclage de sièges d’auto fait du chemin

Le siège d’auto de votre enfant ne convient plus ou il est périmé? Ne le jetez pas! Une initiative citoyenne de recyclage qui fait des petits dans la province vient de recevoir un coup de pouce de CAA-Québec. Une bonne nouvelle pour les consommateurs, qui peuvent ainsi donner plus facilement une deuxième vie à ces bancs.

François Fillion, président de l’organisme sans but lucratif CRÉER (Centre de recherche et d’éducation à l’environnement régional), a fait du recyclage des sièges d’auto pour enfants une véritable vocation. Outré de voir qu’ils finissaient tous au dépotoir, le résidant de Victoriaville a décidé il y a quelques années de les récupérer. Il en a depuis amassé environ 10 000.

L’homme dans la cinquantaine a commencé à les défaire pour séparer la base de plastique des tissus et du métal. Environ 15 minutes de travail pour chaque siège. Il les accumulait dans sa grange. Son initiative s’est ébruitée. Au fil du temps, des citoyens de partout à travers la province y ont mis leur grain de sel. Des ressourceries qui les acceptent, des gens qui en accumulent à la maison, une page Facebook lancée spontanément pour répertorier les lieux qui les ramassent. M. Fillion part avec sa voiture et sa remorque pour aller les chercher quand il y en a suffisamment. Des bénévoles lui donnent aussi un coup de main pour le démantèlement.

M. Fillion a fait des alliances avec des partenaires. L’écocentre de Gaudreau Environnement à Victoriaville accepte maintenant les sièges des citoyens. M. Fillion va les reprendre et les défait, avant de lui revendre le plastique issu de cette collecte et des siennes.

Gaudreau Environnement revend ensuite le plastique à Produits Re-Plast, qui en fait des copeaux pour ensuite le réutiliser. «Quand on le récupère, on le retransforme et on lui redonne une nouvelle vie. On fait souvent du mobilier urbain [bancs, tables], on fait des planchers de patio, des produits industriels. […] Dans le coin de Québec vous en avez beaucoup de nos produits parce qu’on vend depuis de nombreuses années dans les parcs», explique Marc Francoeur, le directeur de l’usine.

Il n’y a pas si longtemps, tous ces sièges étaient enfouis, rappelle M. Francoeur. Un banc de parc pour asseoir trois personnes est fabriqué à partir du plastique d’environ 14 à 18 sièges.

L’entreprise Re-Plast réutilise le plastique des sièges d’auto pour faire des bancs comme celui-ci. Il faut environ l’équivalent de 14 à 18 sièges pour en fabriquer un.

Les sangles sont quant à elles récupérées par P’tit Paw, à Saint-Hubert, qui fabrique des accessoires pour animaux comme des laisses ou des harnais.

Les tissus sont eux aussi recyclés dans certaines municipalités.

L’alliance avec CAA-Québec devrait permettre à M. Fillion d’avoir un plus gros volume de sièges. L’organisation offre de les déposer dans deux points de service pour l’instant, un à Québec et l’autre dans la métropole.

«On a décidé de leur donner un coup de main pour récupérer les sièges d’auto. On a des points de service, on a des établissements qu’on peut utiliser pour ça», explique le conseiller en communication Pierre-Olivier Fortin. «On ne fait pas d’argent avec la récupération des sièges d’auto», dit-il. Il précise que c’est un geste à la fois pour l’environnement et pour la sécurité routière. Quelque 50 sièges ont été récupérés jusqu’ici.

Pas d’écofrais pour l’instant

Malgré le prix reçu pour les matières recyclées, l’opération est loin d’être rentable, même sans compter le temps investi par M. Fillion et les bénévoles. «Ça prend un peu de folie. Parce que je paye de l’argent de ma poche pour faire ça.»

M. Fillion demande une contribution volontaire aux gens, pour l’aider à défrayer les coûts, principalement l’essence pour ses déplacements. Dans le cas de l’entente avec CAA-Québec, c’est pour l’instant totalement gratuit. Mais M. Fillion aimerait bien qu’il y ait une taxe ou un écofrais pour ces produits.

«On veut que ça devienne un projet de société et que les gouvernements embarquent», fait valoir M. Fillion. Il continue d’ici là sa «mission».

Un écofrais sur les sièges, comme c’est le cas pour les produits électroniques par exemple, est toutefois exclu à court terme. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques indique qu’il a publié en 2015 une liste de produits qui pourraient être assujettis à la responsabilité élargie des producteurs (REP), qui force un producteur à absorber le coût de la récupération d’un bien. Il peut toutefois transférer ce coût au consommateur.

Les sièges d’auto ont été catégorisés parmi les meubles et jugés moins prioritaires. Cette liste sert de guide au gouvernement. «À ce stade-ci, le gouvernement n’a pas fait part de son intention de désigner les meubles à la REP», nous a confirmé le Ministère par courriel.

«Il serait logique qu’on pense en amont à la question de la récupération et du recyclage des sièges comme on le fait dans d’autres domaines. Mais en même temps, je ne pense pas que ça serait bien vu d’imposer une nouvelle taxe là-dessus. Il y a déjà suffisamment de taxes imposées aux automobilistes», commente le porte-parole de CAA-Québec.

«L’idée ça serait de trouver une façon où ça serait prévu, planifié, et où tout le monde pourrait y trouver son compte», dit M. Fortin.

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  • Pour joindre François Fillion : 819 758-4004
  • CAA-Québec: 8000, rue Armand-Viau, suite 500
    (La Ressourcerie de Lac St-Charles n’en ramasse plus compte tenu du point de dépôt de CAA-Québec.)
  • Ressourcerie de Lévis: 24, rue Charles-A-Cadieux
François Fillion a fait du recyclage de sièges d’auto une véritable vocation.

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DES BANCS VRAIMENT DÉSUETS?

Comme consommateur, difficile de croire qu’un siège d’auto fait de plastique — un matériel qui prend jusqu’à 1000 ans à se dégrader dans la nature — n’est plus bon et doit être changé après seulement quelques années. Mais les experts persistent à dire qu’il faut respecter les dates de péremption des fabricants : il en va de la sécurité de nos petits.

«On se demande, ce n’est pas une pinte de lait, pourquoi il y a une date d’expiration?» fait valoir Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication pour CAA-Québec. Selon l’info disponible sur le site de Transports Canada, les sièges ont une durée de vie de 6 à 10 ans selon les fabricants. Ce sont ces derniers qui fixent cette date.

«C’est important de la respecter parce que le siège d’auto, il endure beaucoup de températures très chaudes, très froides, ça plombe au soleil...» dit-il. Sans compter les dégâts des enfants qui peuvent aussi finir par endommager les sangles, tissus et rembourrages. «Pour ce qui est des plastiques, ça va les fragiliser, les rendre friables. Les sangles aussi, ça va devenir usé, et le siège d’auto va devenir moins sécuritaire, donc c’est important de respecter les dates.»

Érick Abraham, ingénieur et associé de recherche à l’École Polytechnique de Montréal, confirme que le plastique se dégrade avec les années. «Avant, il y avait beaucoup plus de structures métalliques dans les sièges. Maintenant, c’est beaucoup plus des structures en plastique», qui sont sensibles au soleil et à la température. Certains additifs sont aussi utilisés pour rendre les plastiques plus flexibles. Il a pu constater les dommages sur des vieux bancs, dont un qui date d’environ 20 ans. «Je pourrais prendre un couteau et faire de la poudre de plastique avec juste en grattant un peu», illustre-t-il.

Lors d’une collision, une voiture neuve va en général mieux réagir qu’une plus vieille. Même chose pour les sièges d’enfant, dit-il.

Évidemment, c’est comme le yogourt, illustre M. Abraham. Les sièges ne deviennent pas désuets immédiatement après la date d’expiration. Mais combien de temps les bancs seraient-ils encore bons? Difficile de savoir. «Je ne peux pas dire si on se fait arnaquer de ce côté-là.»

Suivre la technologie

Outre les matériaux, la technologie évolue très rapidement, ajoute Pierre-Olivier Fortin de CAA-Québec. Les sièges récents sont donc plus sécuritaires que les anciens. «On fait encore beaucoup, beaucoup de gains en matière de sécurité avec les nouvelles technologies utilisées pour ces sièges-là aujourd’hui. Si tu le gardes 10 ans, tu ne profites pas des récentes évolutions qui sont très, très, très significatives dans ce domaine-là.» Il donne par exemple des sièges avec coussins gonflables qui commencent à être mis en marché. Les ancrages des voitures évoluent aussi.

«C’est la sécurité des bébés et des enfants dont il est question, donc on ne veut pas quelque chose qui est à peu près, ou qui est [seulement] correctement sécuritaire», martèle-t-il.

Même son de cloche auprès de Santé Canada. La sécurité des enfants est trop importante pour courir des risques avec des bancs trop vieux ou usagés, indique Maryse Durette.

M. Abraham suggère de toujours vérifier la date avant l’achat d’un siège, surtout s’il est en rabais. Il conseille aussi de l’essayer dans votre véhicule lorsque c’est possible.

Finalement, CAA-Québec rappelle que l’organisation et la Société de l’assurance automobile du Québec offrent des services de vérification des sièges. Un sur deux serait d’ailleurs mal installé. «Tu as beau avoir le siège le plus sécuritaire au monde, si tu ne l’installes pas comme il faut, tu ne profites pas de cette auréole de sécurité», conclut M. Fortin.  Anne Drolet

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REVENTE ILLÉGALE POUR LES VIEUX SIÈGES

Attention si vous avez dans l’idée de vendre votre vieux siège d’auto sur un site de petites annonces. S’il a été fabriqué avant 2012, il est interdit de le vendre et même de le donner. En effet, de nouvelles exigences ne les rendent plus réglementaires. Transports Canada indique toutefois qu’il n’est pas «nécessaire de remplacer un siège d’auto pour enfants afin de se conformer à ces nouvelles exigences» si vous avez déjà un siège et qu’il n’est pas expiré. «Ne vendez pas un siège d’auto dont la durée de vie recommandée par le fabricant est dépassée ou qui se trouvait dans une voiture lors d’une collision», précise aussi Transports Canada. Tous les sièges d’auto doivent être vendus avec les renseignements suivants : date de fabrication, mode d’emploi, guide d’installation et avertissements.  Plusieurs organisations recommandent de ne pas acheter de sièges usagés.