Une installation de Hexo à Masson Angers, en Outaouais

Le producteur québécois de cannabis Hexo élimine 200 postes

MONTRÉAL — Deux semaines après avoir servi une mise en garde aux investisseurs sur ses résultats, le producteur gatinois de cannabis Hexo a décidé d’éliminer 200 postes, ce qui représente environ le cinquième de son effectif.

L’entreprise établie à Gatineau, dans le secteur Masson-Angers, a fait part de sa décision par voie de communiqué, jeudi, affirmant qu’elle devait agir de la sorte afin d’assurer sa « rentabilité » ainsi que « sa stabilité à long terme ».

Hexo a cité des ouvertures moins rapides que prévu des boutiques de cannabis, principalement au Québec et en Ontario, un retard dans l’approbation de la vente de produits dérivés du cannabis et des signes de pression sur les prix.

Le principal fournisseur de la Société québécoise du cannabis (SQDC) avait tenu le même discours, le 10 octobre, lorsqu’il avait prévenu que ses revenus nets du quatrième trimestre, qui doivent être dévoilés lundi prochain, seraient largement inférieurs aux attentes, en plus de retirer ses prévisions pour 2020.

« Ce fut ma journée la plus difficile chez Hexo, a indiqué le président-directeur général de l’entreprise, Sébastien St-Louis. Le départ de collègues estimés est très pénible, mais je sais que nous avons pris des décisions judicieuses pour assurer la viabilité à long terme de Hexo. »

Ce dernier n’était pas disponible pour accorder des entrevues.

Une porte-parole de Hexo, Isabelle Robillard, a indiqué que les licenciements, effectifs dès jeudi, concernent toutes les installations de la compagnie au Québec ainsi qu’en Ontario. Les coûts associés à cette restructuration n’ont pas été dévoilés.

De plus, chez les cadres, l’entreprise a également montré la porte au directeur de la fabrication, Arno Groll, ainsi qu’au directeur du marketing, Nick Davies. Ces fonctions seront assumées à l’interne, selon Mme Robillard.

Le producteur québécois de marijuana a vu ses activités croître rapidement au cours des dernières années. 

À la fin du mois d’avril, l’entreprise comptait 822 employés, soit cinq fois plus qu’au même moment en 2018.

Toutefois, les résultats ne sont pas au rendez-vous, puisque Hexo devrait générer des recettes nettes oscillant entre 14,5 millions $ et 16,5 millions $ pour la période de trois mois terminée le 31 juillet, soit environ 40 pour cent de moins que ce qui était prévu.

De plus, au début du mois, Hexo avait annoncé le départ de son chef de la direction financière, Michael Monahan, après seulement quatre mois en poste. La nouvelle avait soulevé des interrogations chez certains analystes, qui se demandaient si ce départ ne cachait pas autre chose.

L’entreprise gatinoise avait également annoncé, la semaine dernière, le lancement d’un produit « à prix abordable », afin de rivaliser avec le marché illicite.

Les licenciements surviennent une journée après l’annonce d’un placement privé de 70 millions $ obtenu auprès d’un groupe d’investisseurs dans lequel figure M. St-Louis.

À la Bourse de Toronto, l’action de Hexo a reculé de 5,7 %, ou 20 cents, pour clôturer à 3,31 $.

« Les gouvernements doivent faire mieux »

Le conseiller municipal du secteur Masson-Angers, Marc Carrière, se dit « préoccupé » par les compressions annoncées par le producteur de cannabis, mais soutient que ce type de « restructuration sérieuse » est monnaie courante dans les entreprises de grande taille.

Invité à réagir à la suppression de ces 200 postes chez HEXO Corp, M. Carrière a indiqué jeudi qu’il revenait aux autorités de s’assurer que les consommateurs canadiens soient encouragés à acheter leur cannabis sur le marché légal.

« L’objectif à la base était de contrer le marché noir. Autant le gouvernement provincial que le gouvernement fédéral ont du travail à faire pour augmenter le nombre d’endroits pour la vente des produits de cannabis. Il faut que les consommateurs achètent dans des endroits où on a l’étiquette de Santé Canada. C’est le marché qui ne réagit pas comme prévu et ça reste tout nouveau comme industrie », a commenté l’échevin, à propos de l’annonce d’Hexo.

M. Carrière a espoir que le plus important employeur privé de l’Est gatinois rebondira.

« Ce sont des emplois qui sont perdus, ce sont des retombées économiques moins grandes. Des pertes d’emploi, ça ralenti l’économie, mais pour moi, je ne suis pas très inquiet de cette restructuration. Chaque entreprise sérieuse doit revoir régulièrement ses prévisions et s’assurer qu’elles soient respectées », a indiqué le conseiller.