Une ferme d'élevage de saumon de Oak Haven, au Nouveau-Brunswick

Le pou du poisson, la terreur du saumon d'élevage

Un parasite assoiffé de sang menace les fermes salmonicoles du monde entier.
Le pou du poisson, un petit crustacé, s'attache aux saumons et les vide de leur sang, provoquant leur mort ou les rendant impropres à la consommation.
Le prix du saumon en gros a maintenant explosé, bondissant parfois de 50 pour cent l'an dernier, ce qui se traduit par une hausse du coût pour les consommateurs.
Le pou du poisson a infesté des fermes salmonicoles du Canada, des États-Unis, de l'Écosse, de la Norvège et du Chili, qui comptent parmi les principaux fournisseurs mondiaux de ce poisson riche en protéines et bon pour le coeur. Les scientifiques et les éleveurs étudient de nouvelles méthodes pour combattre cet envahisseur qui, l'an dernier, a coûté 1 milliard $ US à l'aquaculture mondiale, selon le magazine Fish Farmer.
Le pou du poisson est un petit crustacé qui s'attache aux saumons et les vide de leur sang, provoquant leur mort ou les rendant impropres à la consommation.
Mais le combat est loin d'être gagné dans ces pays où la pisciculture est si importante.
«Nous devons aller plus vite que l'évolution du pou», a dit Jake Elliott, le vice-président de Cooke Aquaculture à Blacks Harbour, au Nouveau-Brunswick.
Les experts préviennent que la victoire passera par une combinaison de technologies anciennes et nouvelles, allant des pesticides à la résistance génétique. Parmi les solutions novatrices utilisées ou mises à l'essai, mentionnons des bains d'eau tiède pour nettoyer les saumons des parasites ou encore des lasers sous-marins qui détruisent les poux.
Les pisciculteurs du monde entier considèrent que le pou du poisson est la pire menace à leur industrie et préviennent que ce problème persistant rend le poisson plus dispendieux à acheter à l'épicerie. La valeur du saumon d'élevage s'élevait à près de 12 milliards $ US en 2015, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
Le seul espoir est de réussir à freiner la propagation du parasite, qui est présent dans la nature, mais qui est aussi très heureux dans les enclos étroits de la pisciculture, a expliqué Shawn Robinson, un scientifique de Pêches et Océans Canada.
«Nous ne disposons pas actuellement de suffisamment d'outils pour permettre aux pisciculteurs de combattre efficacement le problème», prévient-il.
Le pou peut atteindre la taille d'un pois et pondre des milliers d'oeufs pendant sa vie. Le pou ne représente aucune menace pour la santé humaine, mais le risque d'en retrouver un dans votre assiette est minime puisque les poissons sont inspectés avant d'atteindre le marché.
Le saumon de l'Atlantique a tenu tête au pou dans la nature pendant des siècles, et les pisciculteurs ont réussi à contrôler le problème pendant des années. Les éleveurs canadiens ont identifié le pou du poisson comme étant problématique en 1994, a dit Jonathan Carr, le responsable de la recherche pour la Fédération du saumon de l'Atlantique.
Puis, vers 2009, le pou a semblé acquérir une résistante au pesticide qu'on utilisait pour le détruire, et il se répand à travers le monde depuis ce moment.
L'offre mondiale de saumon a plongé de près de 10 pour cent l'an dernier; la Norvège, qui occupe le premier rang mondial, a notamment été frappée de plein fouet.
Les éleveurs norvégiens envisagent maintenant d'utiliser de gigantesques enclos fermés qui ressemblent à des oeufs, au lieu des enclos de mailles habituels. Leurs collègues écossais utilisent un appareil, le Thermolicer, qui réchauffe l'eau et fait tomber le pou. En Europe et en Amérique du Nord, on essaie d'envoyer des «poissons-nettoyeurs» nager avec les saumons et gober les poux.
Lutte avec des drones sous-marins
Les chercheurs ont également constaté que les moules mangent les larves des poux, et on étudie donc la possibilité d'élever le saumon en compagnie du mollusque. À l'autre extrémité du spectre technologique, des drones sous-marins tuent les poux avec des lasers. Cette technologie norvégienne est maintenant aussi utilisée en Écosse.
Cooke Aquaculture a mis de côté une population de saumons dans l'espoir de les reproduire en favorisant l'émergence de caractéristiques désirables, comme la résistance au pou du poisson.
Un ingénieur de Cooke, Joel Halse, est récemment monté à bord d'un navire de 4 millions $ capable d'envoyer 300 saumons à la minute prendre un bain à remous d'eau tiède pour arracher les poux.
M. Halse, qui compare l'opération à un «parc de glissades d'eau» pour les poissons, estime que l'industrie piscicole n'a d'autres choix que de se tourner vers de telles innovations.
«Le coût engendré à l'industrie par le pou du poisson est énorme, a-t-il dit. Et ce serait un avantage énorme de disposer des bons outils pour contrôler la population (du parasite).»