Cannara Biotech, présidée par Zohar Krivorot (à gauche), a jeté son dévolu sur Farnham. Le maire Patrick Melchior estime que le projet aura des retombées positives pour la municipalité.

Le pot créera 300 emplois à Farnham

La firme Cannara Biotech a choisi Farnham pour y installer son usine de production de cannabis médical. Le projet, qui totalisera à son terme des investissements de plus de 100 millions de dollars et qui créera 300 emplois, est ambitieux. Ses promoteurs allèguent qu’il s’agira de la plus grande usine du genre au Québec, rien de moins.

C’est dans l’ancienne usine de Beaulieu Canada que l’entreprise spécialisée dans la culture de cannabis médical s’installera. Cannara Biotech a récemment acquis l’immense bâtiment de 625 000 pieds carrés pour la somme de 12,5 millions de dollars. L’endroit permettra à l’entreprise d’y installer ses activités et de croître au fur et à mesure que la production augmentera. 

Très peu de sites répondaient aussi bien aux critères recherchés par l’entreprise, a fait savoir son président et directeur des opérations Zohar Krivorot. La compagnie s’est intéressée à des installations situées à Trois-Rivières, Magog, Belœil et Sorel, avant de jeter son dévolu sur l’usine de Farnham, qui offrait les meilleures perspectives, notamment en raison de sa superficie, de sa proximité avec l’autoroute 10 pour se rendre à Montréal et de la présence d’un poste hydroélectrique tout près. 

Une chose était sûre, Cannara Biotech souhaitait s’établir au Québec, notamment parce que la province constitue le deuxième plus grand marché au Canada pour la consommation de cannabis. De plus, seulement huit compagnies à l’heure actuelle détiennent un permis pour en produire alors qu’en Ontario, elles sont déjà plus d’une soixantaine. Les tarifs pour l’électricité étant par ailleurs moins élevés au Québec qu’en Ontario, cela représente également des économies considérables étant donné que l’électricité constitue l’une des principales dépenses dans la production de cannabis.

Notons que Cannara Biotech exploite déjà une usine en Ontario, où on prévoit cultiver de 5000 à 10 000 kilogrammes de cannabis cette année. 

Culture et recherche

Les travaux de rénovation des lieux devraient débuter d’ici quelques jours et durer six mois. Cannara Biotech compte d’ailleurs embaucher le plus d’entrepreneurs locaux possible, a-t-on fait savoir. 

Les chambres de culture, elles, devraient être installées au début du mois d’août dans le cadre de la première phase du projet, qui nécessitera un investissement de l’ordre de 20 millions de dollars, et permettre une production annuelle de plus de 10 000 kilogrammes de cannabis sur une superficie de 100 000 pieds carrés.

L’usine fonctionnera à plein régime, à raison de 24 heures par jour. La technologie sera mise à l’œuvre pour s’assurer que les plants ne manquent d’aucun nutriment, que l’humidité et la température sont adéquates.

L’utilisation de filtres et le recyclage de l’air ambiant de l’usine éviteront de rejeter dans l’atmosphère des odeurs susceptibles de déranger le voisinage, assure M. Krivorot, alors que les plus hauts standards pour respecter l’environnement et assurer la sécurité des installations seront observés.

Selon sa variété, un plant de cannabis met généralement de 57 à 65 jours pour croître, indique l’homme d’affaires. Cela permettra de faire cinq récoltes chaque année.

Cannara Biotech misera également sur la recherche ; une partie de ses installations sera réservée à cet effet. Un partenariat avec une université montréalaise est en voie d’être conclu, a indiqué le président de l’entreprise. 

C’est dans l’ancienne usine de Beaulieu Canada que l’entreprise spécialisée dans la culture de cannabis médical s’installera.

Croissance

La deuxième et la troisième phase du projet devraient s’échelonner de 2019 à 2021, au fur et à mesure que la législation permettra la production de produits à base de cannabis. À ce moment, on prévoit produire pas moins de 150 000 kilogrammes de cannabis annuellement dans l’usine, où on procédera également à l’extraction du cannabis. 

« Le vapotage est de plus en plus populaire », indique M. Krivorot, qui prédit que d’ici trois ou quatre ans, fumer le cannabis sera perçu comme « old school ».

À l’heure actuelle, le cannabis se vend de 6 à 10 $ le gramme alors qu’il en coûte 1 $ par gramme à produire. M. Krivorot entrevoit toutefois une baisse des prix avec la légalisation de la marijuana, qui ouvre toutes grandes les portes aux producteurs. Ce faisant, le gramme de cannabis pourrait éventuellement se vendre, en moyenne, à 4 $.

Cannara Biotech voit grand. En plus de viser le marché canadien, qui a une valeur estimée à sept milliards de dollars, elle a les États-Unis dans la mire. Le marché américain représente un potentiel de 50 milliards de dollars duquel l’entreprise compte bien obtenir une part. 

« Le Canada est bien placé pour devenir un des plus grands fournisseurs de cannabis au monde », a affirmé M. Krivorot.

Retombées

La première phrase de production de l’usine permettra la création de 70 emplois. À terme, on parlera de 300 postes, tant pour la culture de cannabis que dans les laboratoires, ainsi que pour la préparation, l’emballage et la livraison des envois. Les employés seront formés sur place par l’entreprise pendant 60 jours. 

« Ce sont de bons emplois de qualité, qui seront bien rémunérés, constate le maire de Farnham, Patrick Melchior. Pour nous, il s’agit de retombées intéressantes, car les travailleurs de Farnham vont améliorer leur qualité de vie et d’autres vont venir s’implanter ici, à Farnham. »

L’élu reconnaît que le conseil municipal a bien étudié la question avant de permettre à une compagnie souhaitant produire du cannabis d’installer ses pénates dans la municipalité. En ce sens, Farnham a d’ailleurs restreint cet usage à deux zones sur le territoire de la municipalité. 

« Pour moi, les intérêts de la population prévalent sur tout le reste. Zohar m’a prouvé qu’il avait la communauté à cœur et qu’il serait impliqué. Il a aussi démontré que les installations seraient sécuritaires. Le cannabis est en voie d’être légalisé, on ne peut pas retourner en arrière. Dans ce cas, aussi bien travailler en collaboration pour bien faire les choses », ajoute M. Melchior.