Marcel Bérubé a été attristé d’apprendre la mort du père d’IKEA, Ingvar Kamprad, qu’il a rencontré à quelques reprises lorsqu’il était gestionnaire au sein de l’entreprise.

Le père d'IKEA: «comme si on accueillait le pape»

«C’était comme si on accueillait le pape.»

Le pape, c’était Ingvar Kamprad, le fondateur de la chaîne IKEA, en visite à Montréal dans le milieu des années 80. «C’était un visionnaire, un monsieur simple, sympathique, qui avait un entregent extraordinaire, qui était facile d’approche. Quand on faisait la tournée des magasins à l’époque, tu lui touchais, tu avais l’impression de toucher au pape», se rappelle Marcel Bérubé, qui avait orchestré sa venue.

L’ex-gestionnaire au sein de l’entreprise a appris avec tristesse la mort samedi de l’homme d’affaires. Il parle avec passion de cette première rencontre et des autres qui suivront avec celui qui a marqué sa vie et sa carrière.

Aujourd’hui président de Groupe Perspective, une firme de recrutement de personnel, M. Bérubé est celui qui avait tenté, au début des années 90, de sauver le IKEA de Québec. En vain.

«Mon premier lunch avec lui au restaurant à Montréal, je m’en souviendrai toujours. Il ne parlait pas français. […] Sur le menu, il ne regardait pas la description, mais le prix. Il prenait la chose la moins dispendieuse sur le menu», relate-t-il en rigolant. Le riche entrepreneur s’habillait aussi dans des marchés aux puces.

Gratteux?

Un milliardaire gratteux? Non, réfute M. Bérubé. «Sa culture, c’est sa simplicité. C’était un homme qui était excessivement proche des gens.» Il raconte par exemple qu’en 1996, quand il a fallu fermer le magasin de Québec, il lui avait bien dit de prendre soin de lui et des employés qui perdaient leur gagne-pain.

«J’ai adoré cet homme-là», lance M. Bérubé, qui a quitté définitivement l’entreprise en 1996. Et il semble que le fondateur d’IKEA le lui rendait bien. M. Bérubé se rappelle que, lors d’un congrès avec des dirigeants du groupe, il lui avait rendu un hommage aussi incroyable qu’inattendu. «Il m’avait dit : “Tu sais Marcel, je t’aime bien parce que tu es quelqu’un qui me ressemble quand j’étais jeune. Un passionné, un créatif, tu es talentueux”. Quand tu te fais dire ça par un des plus entrepreneurs dans l’âme, tu retiens ça toute ta vie. Et il l’avait dit devant les 250 personnes. C’est assez spectaculaire», relate-t-il avec émotion. Un commentaire qui avait toutefois été un couteau à double tranchant, attisant la jalousie chez certains collègues, dit-il.

Le décès d’Ingvar Kamprad aura fait ressurgir certains aspects moins glorieux de la vie du père d’IKEA, dont les liens du jeune Kamprad avec un groupuscule nazi suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il avait admis dans une lettre à ses collaborateurs «la plus grande erreur de sa vie», qu’il met sur le dos des accointances national-socialistes de sa famille paternelle, d’origine allemande.

Plus de bien... 

«J’étais attristé de voir toutes les choses négatives qui ont été dites sur lui pendant le week-end. Des gens qui ont des critiques faciles, mais qui ne le connaissaient même pas», fait valoir M. Bérubé. Il n’a jamais eu l’impression que l’homme d’affaires était antisémite, bien au contraire. Tous étaient traités sur un pied d’égalité, selon M. Bérubé. Et cette même chance pour tous se transposait aussi dans les décisions de l’entreprise, note-t-il. Lorsqu’IKEA s’implantait dans un pays défavorisé, elle baissait ses prix pour permettre aux gens de s’acheter des biens de base. «Il a fait du bien à plein de monde à travers la planète», conclut-il.

Le groupe IKEA compte 403 magasins sur tous les continents, emploie 190 000 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de 38 milliards d’euros (58 milliards $).

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TROP GRAND, LE MAGASIN?

Presque 22 ans après la fermeture du IKEA de Place Lebourgneuf, Marcel Bérubé pense-t-il que le nouveau magasin de la bannière sera populaire? «Oui, d’après moi c’est un magasin qui devrait bien fonctionner», avance-t-il, parce qu’il vient combler un manque. «J’ai juste peur de la grosseur. C’est gigantesque. Quand on parle d’un marché qui n’a pas encore atteint un million de clients...», laisse-t-il planer. Le magasin-entrepôt, situé au coin de la rue Mendel et de l’avenue Blaise-Pascal, comptera 340 000 pi ca. L’ouverture est prévue pour l’été 2018. Toutefois, même à l’ère du numérique, M. Bérubé croit encore aux lieux de magasinage physiques, où le client peut toucher et voir la marchandise.

Le président de Groupe Perspective estime que la population a beaucoup évolué et que la perception de l’entreprise et de ses produits a changé. «C’était une époque où IKEA grandissait de façon exponentielle dans le monde et il y avait un problème de quincaillerie, de qualité. Ça, ç’a été un coup dur. La perception des gens était qu’IKEA était du bas de gamme, du meuble d’étudiants et que la qualité n’était pas là.»