Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, croit que l’entreprise est sur la bonne voie.

Le pdg de Bombardier tourne la page sur une période turbulente

MIRABEL — Après presque trois années marquées notamment par des restructurations, un important litige commercial ainsi qu’une controverse sur les salaires, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, s’apprête à tourner la page sur la période la plus turbulente de sa carrière professionnelle.

Nommé aux commandes de l’avionneur en février 2015 alors qu’un important redressement était nécessaire, l’ingénieur de formation estime qu’à mi-chemin de son plan de cinq ans, la multinationale peut enfin regarder en avant.

«C’est vraiment là que l’on va tourner le coin, a expliqué M. Bellemare dans le cadre d’une entrevue de fin d’année accordée à La Presse canadienne. Les trois dernières années ont été vraiment chargées. Est-ce qu’il y a encore du travail à faire? Oui. Mais je crois que nous sommes sur la bonne voie.»

Néanmoins, d’importants défis se dressent devant le constructeur d’avions et de trains pour 2018.

Dès le début du mois de février, une importante décision de la Commission internationale du commerce des États-Unis (USITC) déterminera si la C Series a bel et bien causé un préjudice aux ventes de Boeing (NYSE : BA) et si les droits compensatoires et antidumping totalisant 292,21 % s’appliqueront.

Parallèlement, Bombardier devra également conclure son partenariat avec Airbus dans la C Series au moment où un vent de changement souffle sur la direction du géant européen.

De plus, Boeing convoite l’avionneur brésilien Embraer et sa famille d’appareils E-Jets E2, ce qui permettrait au géant américain de concurrencer la C Series et ainsi potentiellement freiner la progression de cette famille d’avions.

Mais l’ex-haut dirigeant chez United Technologies et Pratt & Whitney préfère se concentrer sur les éléments qui, à son avis, permettront à Bombardier de dégager des flux de trésorerie neutres puisque les investissements seront moins exigeants.

«Nous allons compléter le développement [de l’avion d’affaires] Global 7000, souligne l’homme d’affaires de 56 ans. Ce sont des investissements qui se mesurent en milliards de dollars. Cela va atténuer la pression.»

En plus de la conclusion prévue du partenariat avec Airbus, Bombardier prévoit livrer environ 40 appareils C Series cette année alors que dans sa division du matériel roulant, d’importantes livraisons devraient aussi culminer.

Ainsi, les revenus de la multinationale devraient osciller entre 17 milliards $US et 17,5 milliards $US en 2018, ce qui est légèrement en deçà des attentes des analystes, qui anticipaient en moyenne 18,4 milliards $US.

Trop risqué

Sans aucun doute, l’événement marquant de 2017 pour Bombardier demeure le partenariat avec Airbus annoncé en octobre permettant à l’avionneur européen de prendre le contrôle de la C Series sans verser un sou en échange de son expertise en vente et en entretien.

Une fois de plus, M. Bellemare a réitéré que la transaction n’a pas été provoquée par la plainte déposée par Boeing, ajoutant qu’il était à la recherche d’un troisième partenaire dans le programme de cette famille d’avions — dont les dépassements de coûts sont estimés à au moins 2 milliards $US — depuis la «première journée» où il est entré en fonction.

«C’est un programme qui était trop gros pour Bombardier seul, explique-t-il. Cela n’est pas un aveu d’échec, au contraire. Ces programmes exigent des investissements importants et le niveau de risque est élevé. C’est mieux de travailler avec des partenaires.»

Selon M. Bellemare, cette approche s’inspire de celles des motoristes, qui, en raison de risques élevés, concluent souvent des «alliances stratégiques» lorsque vient le temps de développer de nouveaux produits.

Bombardier et Airbus sont venus près de conclure une entente en 2015, a-t-il rappelé, mais les négociations avaient achoppé parce que la situation de l’avionneur québécois était jugée «trop précaire» à l’époque.

Controverse

Brièvement, le dirigeant de la multinationale est revenu sur la controverse déclenchée à la fin mars lors qu’il avait été révélé que la rémunération totale de la haute direction avait totalisé 32,6 millions $US en 2016 — en hausse de 50 % sur un an.

Convenant qu’il n’avait jamais été critiqué de la sorte au cours de sa carrière, M. Bellemare a une fois de plus affirmé que l’entreprise devait avoir des «mécanismes de rémunération» capables d’attirer les «meilleurs cadres à travers le monde».

«C’est certain que cela n’a pas été une situation agréable, a-t-il affirmé. Ce n’est peut-être pas toujours compris ici, mais la réalité, c’est que Bombardier est une entreprise globale. Nous devons être capables d’attirer des dirigeants de ce niveau.»

En raison du tollé provoqué dans l’opinion publique, l’entreprise avait fait un pas de recul en reportant d’un an, soit en 2020, les augmentations prévues. De plus, Pierre Beaudoin a abandonné son titre «exécutif» — soit la partie liée à la gestion quotidienne — à la tête du conseil d’administration.

Néanmoins, en raison de l’investissement de 1,3 milliard $ effectué par l’État québécois dans le programme de la C Series, M. Bellemare dit comprendre qu’il puisse y avoir des réactions émotives lorsque Bombardier fait les manchettes.

«Tout le monde se sent un peu propriétaire de la C Series, convient-il. L’investissement du gouvernement du Québec en 2015 a fait grimper le niveau d’attention qui était déjà très élevé.»

C’est également l’attachement des gens à Bombardier qui, d’après M. Bellemare, a provoqué un ralliement derrière l’entreprise à la suite du dépôt de la plainte de Boeing auprès du département américain du Commerce.