Rémi Côté est un adepte de ski para-alpin.

Le parcours de la «légende» Rémi Côté

Sans le vouloir, Rémi Côté est devenu une «légende» dans le Bas-Saint-Laurent.

Son opiniâtreté à se relever d’un terrible accident de motocross survenu en 2007 — qui l’a laissé paraplégique à l’âge de 22 ans — n’est pas passée inaperçue. En 2015, en effet, il recevait la Médaille du lieutenant-gouverneur pour souligner «son engagement bénévole et sa détermination à contribuer au développement de sa communauté.»

Pourtant, avec un baccalauréat en communication — volet relations humaines — en poche et une expérience de travail à titre de coordonnateur de projet et d’intervenant psychosocial à l’Office municipal d’habitation de Rimouski, la «légende» ne parvenait pas à décrocher un boulot.

Pendant des mois, il a postulé des centaines d’emplois dans des entreprises ayant pignon sur rue entre Québec et Gaspé.

Son boulot, il l’a finalement trouvé à l’automne 2015.

Le jeune homme de 32 ans est responsable des ressources humaines pour les trois sociétés sœurs XMetal, Cotech et XMetal Targets appartenant aux frères Étienne et Alexandre Côté. Des entreprises qui font travailler près d’une centaine de personnes.

«C’est un boulot qui me plaît énormément. Je m’occupe de santé et sécurité, de l’évaluation du personnel, des politiques internes, de la formation de la main-d’œuvre et, évidemment, de recrutement. Et je dois vous dire que de faire du recrutement de travailleurs qualifiés pour trois entreprises en expansion situées en région, ce n’est pas une mince affaire. Il faut être pas mal imaginatif», explique celui qui se déplace fréquemment vers Québec et Montréal pour trouver des perles rares. 

Cotech, de Saint-Éloi, manufacture des produits aratoires et des grattes à neige.  XMetal, de L’Isle-Verte, fabrique des composantes métalliques pour Cotech et des multinationales de la trempe de SNC-Lavalin, Bombardier et Alstom. XMetal Targets, aussi de L’Isle-Verte, produit de cibles en acier et des munitions pour les forces armées et les forces de l’ordre.

Même s’ils sont tous les trois des fils du Bas-Saint-Laurent, il n’existe aucun lien de parenté entre Rémi et les frères Côté. «Par contre, je connaissais un peu Alexandre», précise Rémi Côté.

«Un jour, j’avais envoyé un message en ligne sur Internet pour souligner le fait qu’aucun employeur ne m’avait encore convoqué à une entrevue. Alexandre m’avait alors contacté pour me dire qu’il ne se sentirait pas à l’aise s’il ne m’accordait pas au moins quelques minutes pour une entrevue. Le lendemain, j’étais assis devant lui et son frère.

«Dans nos échanges, jamais ils ne m’ont parlé des subventions qu’ils pourraient éventuellement empocher en embauchant une personne présentant des limitations physiques comme moi. Ils m’ont évalué  d’abord et avant tout à partir de mes compétences et de mon potentiel», explique Rémi Côté qui est aussi étudiant à la maîtrise en gestion des personnes en milieu de travail à l’Université du Québec à Rimouski.

Il raconte que le premier mandat qui lui été confié par ses nouveaux patrons a été de faire installer une rampe pour lui rendre accessibles les installations de l’entreprise. «Ils ont payé les travaux de leur poche! En guise d’appréciation, j’ai moi-même fait une demande au gouvernement pour obtenir un contrat d’intégration au travail, une mesure qui permet à un employeur de toucher le remboursement de certains frais nécessaires pour l’intégration ou le maintien en emploi des personnes handicapées.»

Dans ses fonctions, Rémi Côté rencontre des personnes handicapées, comme lui, qui veulent joindre le marché du travail. À leur égard, il applique le même raisonnement que son employeur a fait valoir lors de son embauche. 

«Si la personne est compétente, je n’aurai aucune difficulté à lui proposer un poste. On s’arrangera pour faciliter son intégration, pour lui offrir l’encadrement nécessaire et pour faire les adaptations requises en milieu de travail.»

L’accident  

L’accident de Rémi Côté est survenu le 7 octobre 2007.

Il pratiquait le motocross, chez un ami, après avoir passé la journée à «faire du bois de chauffage» avec des membres de sa famille près de L’Isle-Verte. 

À l’époque, il gagnait sa vie dans la construction dans la région de Montréal. Il était également officier dans la réserve de l’armée canadienne et veillait particulièrement à la formation des cadets.

Un jeune homme fort actif et sportif, qui ambitionnait de faire un retour sur les bancs d’école pour réaliser des études universitaires.

«Je roulais à faible vitesse et j’ai fait une mauvaise chute à un mauvais endroit», se souvient Rémi Côté. 

Il était incapable de bouger ses membres inférieurs et a dû attendre plusieurs minutes avant que son ami puisse rejoindre les ambulanciers.

Il a été transporté à l’hôpital de Rivière-du-Loup, puis transféré dans un établissement de Québec. Il a passé trois jours aux soins intensifs et subi plusieurs interventions chirurgicales.

La réadaptation 

Pour sa période de réadaptation, Rémi Côté a choisi de retourner dans la région de Montréal.

«Je ne voulais pas être un poids pour mes proches», explique le natif de Saint-Paul-de-la-Croix, une municipalité située dans la MRC de Rivière-du-Loup.

Pour apprendre à vivre avec son nouvel handicap, Rémi Côté a pris alors les bouchées doubles. Physiothérapie. Ergothérapie. 

«Il fallait que j’apprenne des choses aussi banales que de transférer mon corps du lit à un fauteuil roulant. Mon objectif était de me débrouiller tout seul rapidement afin d’être en mesure de retourner chez mes parents pour passer la période des Fêtes. Disons que j’avais parcouru pas mal de chemin en moins de trois mois à la suite de mon accident.»

De retour à Montréal, il a éprouvé des difficultés à obtenir les services essentiels à la poursuite de sa réadaptation. «Je n’étais pas une victime d’un accident de la route ni d’un accident de travail. Par conséquent, tu dois patienter et attendre ton tour.»

La recherche d’un appartement accessible et adapté n’a pas été une sinécure. Idem pour l’obtention du permis de conduire. «C’est bien, le transport adapté, mais le service a ses limites. Il tombe un peu de neige et voilà que vous constatez que le transport adapté est annulé.»

Rémi Côté a alors décidé de rentrer au bercail. 

Rapidement, il a réussi à obtenir tous les services dont il avait besoin. Il a même pu bénéficier de l’aide financière des gens de son milieu qui ont passé le chapeau pour l’aider à acquérir un véhicule adapté et à payer une partie de ses études à l’UQAR. 

«La grande ville n’était pas la solution pour la suite de ma vie.»

Les études et le ski para-alpin

Alors inscrit au programme de baccalauréat en communication, il a profité des pauses estivales pour parcourir le Canada pour apprendre l’anglais et enseigner le français. Il a posé ses valises à Toronto, à Winnipeg et à Vancouver, entre autres.

Il a aussi redécouvert sa passion pour les sports. Il a notamment représenté le Québec aux Jeux du Canada en 2015 dans la discipline du ski para-alpin.

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Rémi Côté pose en compagnie de deux collègues, Mouchnine Aziz, opérateur de machines-outils à commande numérique, et Robert Guimond, contremaître d’usine.

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Une fois son baccalauréat terminé, il est parti à la conquête d’un emploi.

«Même si tout le monde était impressionné par mon histoire, personne ne m’offrait un boulot.»

C’est alors qu’il a décidé de créer son propre emploi en ébauchant un programme d’insertion professionnelle. L’Office municipal d’habitation de Rimouski a jugé qu’il s’agissait d’une belle initiative et a proposé à Rémi Côté d’en devenir le coordonnateur. Malheureusement, le projet a déraillé en raison des compressions budgétaires imposées par le gouvernement du Québec. «Pourtant, le taux de placement des personnes qui ont suivi le parcours de réintégration en emploi était de 100 %!»

Pour payer sa maison adaptée qu’il venait d’acquérir en compagnie de sa conjointe, Rémi Côté devait, une nouvelle fois, se relever les manches et défoncer des portes qui, trop souvent, se ferment brutalement au nez des personnes handicapées.

Heureusement, il a fini par rencontrer sur sa route les frères Étienne et Alexandre Côté, les propriétaires de XMetal, Cotech et XMetal Targets.

Au cours de l’entretien accordé au Soleil, Rémi Côté a tenu à préciser qu’il ne cherchait pas à attirer la pitié des gens sur son sort, mais plutôt à les éduquer sur le quotidien des personnes handicapées et, surtout, à inspirer ceux et celles qui traversent les mêmes difficultés qu’il a déjà rencontrées et qu’il doit encore surmonter au quotidien.