Après un «mystère» politique, une allusion au fait que les habitants de Québec ne votent pas comme les autres Québécois, la capitale cachait une autre énigme. Économique, celle-là.

Le «miracle économique» de Québec s'essouflera-t-il?

Le «miracle économique» de Québec continue de susciter l'étonnement. Toutefois, à long terme, son élan pourrait s'essouffler en raison du vieillissement «accéléré» de ses habitants, de la diminution de la population active et de la fuite des cerveaux vers les grands centres comme Toronto, New York ou San Francisco.
«Je ne comprends pas pourquoi une région comme celle de Québec, malgré sa belle performance économique, n'accueille pas plus d'immigrants? Je ne peux pas croire que c'est seulement une affaire de langue ou encore de neige et de froid!»
Professeur retraité de l'Institut national de la recherche scientifique, Mario Polèse décortique le «miracle économique» de Québec depuis déjà quelques années.
En 2012, il publiait une note de recherche intitulée L'autre «mystère de Québec». Regards sur une mutation économique étonnante dans la revue Recherches sociologiques du Département de sociologie de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval.
Après un «mystère» politique, une allusion au fait que les habitants de Québec ne votent pas comme les autres Québécois, la capitale cachait une autre énigme. Économique, celle-là.
«Depuis une quinzaine d'années, la grande région de Québec connaît un essor économique franchement étonnant qui échappe aux explications faciles», écrivait-il.
«Il faut surtout chercher le succès de Québec dans sa taille et sa localisation qui, ajoutées à des coûts compétitifs, lui ont permis de tirer pleinement profit des tendances plus générales qui favorisent les métropoles moyennes, notamment au titre des activités à moyenne technologie.»
Cinq ans plus tard, Mario Polèse ne peut que constater que le virage amorcé au milieu des années 90 dans la foulée de l'atteinte du déficit zéro au Québec, de la suppression de 6000 emplois dans la fonction publique et de la fusion municipale porte encore ses fruits.
Mercredi, à Québec, à l'occasion du colloque annuel sur la conjoncture économique organisé par l'Association des économistes québécois, le chercheur présentera une mise à jour de ses constats.
«Heureux cocktail» 
En 2016, la région métropolitaine de Québec affichait le plus faible taux de chômage (4,6 %) au Canada. 
Rien de bien nouveau. 
Elle enregistrait également un taux d'emploi (64,9 %) plus élevé que la moyenne au Québec et au Canada. 
Rien de bien nouveau là non plus.
«Les plus récents indicateurs du marché du travail montrent indéniablement que l'élan se poursuit», explique Mario Polèse, en soulignant que le passage de Québec d'une ville de fonctionnaires à une ville industrielle ne résultait pas du hasard, mais d'un «heureux cocktail» de facteurs.
À l'origine, il y a eu la réduction de la taille de la fonction publique et son électrochoc sur le portefeuille des Québécois. Il y a eu aussi la fusion municipale et les politiques de revitalisation urbaine mises de l'avant par le maire de l'époque, Jean-Paul L'Allier.
À ces deux événements charnières s'ajoutent la présence de l'Université Laval et la proximité, au sud, de la Beauce et de sa culture entrepreneuriale et, à l'ouest, de Montréal. 
«Ça peut surprendre, mais Québec est devenue un centre manufacturier», fait valoir Mario Polèse en soulignant que le poids des emplois manufacturiers n'avait cessé de croître dans l'économie régionale au cours des 20 dernières années. L'emploi a aussi explosé dans le domaine de l'informatique et du génie-conseil. On dénombrait 5000 postes en 1980. Il y en a maintenant 25 000.
Ville à bon marché
Dans sa note de recherche publiée en 2012, Mario Polèse écrivait que «le recul de l'État dans l'économie locale aurait permis à la région de Québec de retrouver un marché du travail "normal", mieux équilibré entre les secteurs d'emplois, où les salaires sont le reflet juste de son avantage compétitif». 
«Un État trop présent dans l'économie locale aura pour effet de chasser d'autres activités. L'effet [négatif] sur l'économie locale sera amplifié si les salaires payés par le secteur public sont supérieurs aux conditions objectives du marché.»
Avec la cure d'amaigrissement de l'État, «Québec est passée de ville chère à ville bon marché», résume Mario Polèse.
Il devenait soudainement intéressant pour une entreprise, notamment celles du secteur de la moyenne technologie, de s'implanter dans la capitale. Les salaires étaient maintenant plus compétitifs et moins élevés qu'à Montréal. Il en coûtait aussi moins cher pour se loger, se chauffer et s'éclairer. 
«Les dernières estimations nous apprennent que le revenu médian des particuliers dépasse désormais celui de Montréal et aussi celui de Toronto. Pourtant, les salaires sont en moyenne plus bas à Québec. L'absence d'emplois hautement rémunérés contribue à une structure plus égalitaire d'emplois et de revenus; d'où des revenus médians plus élevés.»
Au début de l'année, Mario Polèse a rédigé un article (Nordique Tiger, Québec City, an unlikely Canadian success story) pour un magazine new-yorkais spécialisé dans les questions de développement urbain, City Journal, pour faire connaître le «miracle économique» de Québec aux Américains.
«On leur parle souvent de Calgary, de Vancouver ou de Toronto, mais la ville qui remporte les beaux succès au Canada, c'est Québec.»
Une 25e année d'expansion à Québec
Pour une 25e année consécutive, l'économie de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec enregistrera une croissance en 2016. 
«Aucune autre région en importance au pays n'affiche une période expansionniste aussi longue», fait remarquer l'économiste principal de Québec International, Louis Gagnon. 
Croissance du PIB de 1,6 %
En effet, selon le Conference Board, la RMR de Québec, qui couvre le territoire des villes de Québec et de Lévis, le produit intérieur brut (PIB) réel devrait enregistrer une croissance de 1,6 % en 2016. Ce n'est qu'en mars prochain que le portrait final de 2016 sera complété. 
Les dernières données disponibles - celles du troisième trimestre 2016 - révèlent que le PIB avait progressé de 1,4 % pour les neuf premiers mois comparativement aux résultats de 2015 pour la même période. 
Il se chiffrait à 34,6 milliards $. Selon Louis Gagnon, tous les secteurs de l'activité économique régionale avaient contribué à la bonne performance : construction (+ 1,1 %), services (+ 0,7 %) et manufacturier (+ 0,4 %).