Alain Contant a acheté le Massif du Sud en 2005.

Le Massif du Sud à vendre

Le Massif du Sud est à vendre. Épuisé par son long bras de fer contre Saint-Philémon et les MRC de Bellechasse et des Etchemins, le propriétaire du site souhaite maintenant dénicher un nouveau partenaire d’affaires ou vendre la station touristique, a appris Le Soleil.

Avec cette décision, le patron de la montagne Alain Contant espère pouvoir relancer la construction résidentielle dans le secteur ainsi qu’exploiter la montagne «à son plein potentiel». 

Au cours des derniers mois, deux groupes d’investisseurs, l’un de l’Europe et l’autre de Montréal, auraient démontré de l’intérêt pour la station de ski. L’entrepreneur préfère toutefois ne pas révéler le nom de ces entités sur la place publique puisque les négociations sont toujours en cours. «C’est un très grand groupe européen. Je travaille actuellement avec leurs ingénieurs. On parle d’un projet positif pour le milieu.» 

Pour l’heure, l’homme d’affaires n’est pas en mesure de dire s’il conserverait des parts dans l’entreprise de plusieurs millions de dollars. Aucune option n’est écartée, mais il n’est pas question de fermer la station touristique.

«Je veux vendre, car je veux que l’endroit se développe. Je ne suis pas pressé. [...] Nous allons ouvrir cette année et aussi l’an prochain, et ce, même sans acheteur», assure-t-il. «Toutefois, avec les politiciens en place, il est très difficile de faire des affaires», déplore-t-il, faisant entre autres référence à ses batailles judiciaires contre la municipalité. 

Relation «malsaine»

D’ailleurs, habituellement avare de commentaires dans les médias, l’entrepreneur dénonce maintenant sa relation «malsaine» qui perdure depuis des années avec la municipalité de Saint-Philémon et les MRC de Bellechasse et des Etchemins. Un combat qui a laissé plusieurs cicatrices à son entreprise. Et ce dossier n’est pas encore terminé, car M. Contant doit toujours des taxes pour ses terrains invendus.

La semaine dernière, il a finalement choisi de verser près de 600 000 $ à la municipalité. Le montant en souffrance s’élevait à environ 850 000 $. 

Depuis 2013, M. Contant ne le cache pas, les coffres de son entreprise sont presque à sec en raison des difficultés financières de sa division immobilière dans ce secteur. Les ventes n’étant plus au rendez-vous depuis la publication d’une injonction de la Corporation d’aménagement et de développement du Massif du Sud (CADMS) et des MRC de Bellechasse et des Etchemins «bloquant toutes les activités, sauf pour le ski alpin, de l’entreprise». Chaque année, les investisseurs doivent aujourd’hui réinjecter des billets verts. 

«J’avais le choix de payer mes taxes ou de garder mes [150] employés. Le choix était facile pour moi», se défend-il.

Afin de récupérer les taxes impayées, en septembre dernier, le maire de Saint-Philémon, Daniel Pouliot, a obtenu du tribunal le droit de saisir la Station touristique. Un huissier a été mandaté dans le dossier. Ce n’était pas la première tentative de la municipalité pour récupérer son argent. En 2016, le maire avait fait saisir les terrains de M. Contant aux abords de la montagne. Une mesure qui n’avait toutefois pas porté ses fruits.

Par le passé, selon M. Contant, les différends entre le promoteur et la ville ont mis un terme à deux transactions. «Cette fois, je veux prendre mon temps. Je veux régler les problèmes et passer à autre chose», conclut-il.

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UN PARCOURS PARSEMÉ D’EMBÛCHES

Pour Alain Contant, l’aventure à Saint-Philémon a débuté en 2005 avec l’achat du Massif du Sud et de 11 millions de pieds carrés de terrains pour du développement immobilier. 

La lune de miel s’est toutefois terminée en 2013 lorsque les MRC de Bellechasse et des Etchemins ont déposé une injonction contre son entreprise pour reprendre une partie des terrains dédiés au ski de fond. Un dossier qui s’est réglé l’hiver dernier. Une centaine d’unités du développement étaient jusqu’à présent vendues. Il restait 57 terrains.

«Lorsque nous avons acheté en 2005, il faut savoir que le milieu municipal travaillait sur un projet pour amener un parc éolien dans le Parc régional du Massif du Sud. Ce que nous ne savions pas», raconte au Soleil M. Contant. Au fil des années, des éoliennes ont apparu dans le paysage. «L’hiver, il dynamitait nos sentiers de ski de fond sans même nous avertir», poursuit-il, pour illustrer le climat.

Les mois suivants le dévoilement du litige, la demande pour les terrains a chuté. «Il y a eu une perte de confiance. On réalisait entre 200 et 250 visites par année et on vendait en moyenne une quarantaine d’unités. Nous sommes tombés à environ trois visites et zéro vente», dit M. Contant. «Je n’étais plus en mesure de payer mes taxes pour les terrains invendus».

Depuis 2013, il estime avoir été malmené par la municipalité et les MRC de Bellechasse et des Etchemins. En 2015, la ville aurait mandaté deux firmes d’évaluation afin d’obtenir la valeur de la montagne. 

«L’avocat de la ville nous a demandé de prendre un fiscaliste pour le montage financier. [...] Nous avons investi 100 000 $ dans ce processus. Nous pensions vendre. Après 10 jours, nous avons lu dans le journal que ce n’était pas le rôle des MRC d’acquérir une station de ski», raconte-t-il, ajoutant avoir de nouveau déposé en juin une option de vente à la CADMS. Et encore, aucune réponse. 

«Ça fait un an que la ville discute avec un groupe [Thirion-Beauregard] pour vendre mon entreprise au rabais. Pour moi, ce n’est pas de la bonne foi», dit-il, craignant une expropriation. 

D’ailleurs, la CADMS a récemment vendu à ce groupe une partie des terrains du Massif du Sud. M. Contant, qui possède un bail emphytéotique, devra maintenant verser son loyer à cette compagnie. Une situation qui surprend le promoteur, indiquant qu’il a déjà tenté d’acheter ces lopins de terre, mais la réponse a toujours été non.