Yvon Charest, président et chef de la direction d’iA Groupe financier

Le manque de main-d'oeuvre, un risque qui guette l'industrie de l'assurance

Assoyez deux assureurs l’un à côté de l’autre et il y a de bonnes chances que la discussion porte sur la notion de risque.

C’est ce qu’a fait, mardi, le Cercle finance du Québec en invitant Yvon Charest, président et chef de la direction d’iA Groupe financier, et Jean St-Gelais, président du conseil et chef de la direction de La Capitale, à témoigner des enjeux stratégiques du monde de l’assurance au Québec.

Avant que les deux hommes amorcent leurs échanges, la firme Raymond Chabot Grant Thornton, pour le compte de Finance Montréal, a dévoilé les résultats d’une étude économique sur l’industrie de l’assurance au Québec. Le tableau ci-contre témoigne des principaux résultats de l’enquête.

Bien sûr, il a été question des risques émergents liés à la sécurité des renseignements détenus par les compagnies sur leurs clients, à la fraude, aux bouleversements climatiques et à un environnement d’affaires de plus en plus réglementé pour le meilleur et pour le pire.

Et, évidemment, des changements technologiques qui permettent d’envisager des avancées extraordinaires.

Yvon Charest a tenu à rappeler qu’il n’y a pas si longtemps encore il fallait compter 20 jours avant d’accepter un nouveau client en assurance-vie individuelle.

«Depuis le début de l’année, pour nos clients qui demandent une assurance-vie de moins de 500 000 $, ça prend une seconde. Oui, une seconde. Imaginez ça va être quoi dans trois ans ?», a posé le grand patron d’iA Groupe financier en avouant qu’il était difficile d’identifier la ligne que prendra l’entreprise en matière de développement des technologies numériques au cours des prochaines années.

«Un jour, tu peux prendre une direction. Le lendemain, ton concurrent en prendra une autre et, contrairement à la tienne, elle va s’avérer la bonne. C’est difficile de faire des plans à long terme. Notre solution, c’est d’être agile. D’essayer des choses et de s’adapter rapidement.»

Jean St-Gelais abonde dans la même direction.

«Jadis, il n’y avait pas plus conservateur, dans le secteur financier, qu’un assureur. Les temps ont changé.»

Les deux assureurs s’entendent sur le fait que le développement numérique — peu importe ses bienfaits — ne réduira pas les besoins de main-d’oeuvre des compagnies.

«Ça va pour le boulot de nature plus cléricale, mais nous allons toujours avoir besoin d’une expertise de pointe», a insisté Jean St-Gelais pour qui le manque de personnel fait partie des risques émergents qui guettent l’industrie fortement implantée à Québec et à Lévis.

«Oui, un jour, en communiquant avec iA Groupe financier, vous allez peut-être parler à un robot de conversation. Toutefois, derrière ce robot, il y aura du monde pour le faire fonctionner», a ajouté Yvon Charest qui «ne croit pas du tout» que la technologie, un jour, remplacera l’être humain.

Selon MM. Charest et St-Gelais, les clients s’attendent à un service de proximité de la part de leur assureur, et ce, 24 heures par jour et sept jours par semaine.

Jean St-Gelais, président du conseil et chef de la direction de La Capitale

Rétention des talents

La rétention des travailleurs est une priorité pour les deux entreprises. À La Capitale, l’accent est mis sur l’environnement de travail. Du côté d’iA Groupe financier, des sondages internes permettent tous les trimestres de mesurer le degré de satisfaction des employés.

Enfin, pour contrer le manque de main-d’oeuvre, Yvon Charest souhaiterait une meilleure utilisation des travailleurs immigrants.

«Au Canada, les immigrants ont sauvé le pays. Au Québec, le taux de chômage des immigrants qui sont avec nous depuis cinq ans est trois fois plus élevé que celui des Québécois nés ici. Une performance qui est la pire parmi toutes les autres provinces au pays.»

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L'INDUSTRIE DE L'ASSURANCE AU QUÉBEC EN CHIFFRES

  • 9 milliards $ Retombées économiques directes et indirectes
  • 87 997 Emplois directs et indirects
  • 34 500 Emplois directs et indirects dans la région de Québec
  • 10,6% Croissance du nombre de salariés au Québec depuis 2008
  • 62 000 $ Rémunération moyenne
  • 988 millions $ Retombées fiscales découlant des salaires des employés
  • 762 millions $ Taxes et impôts payés aux trois paliers de gouvernement
  • 6,3 milliards $ Actifs immobiliers détenus par les compagnies d’assurances
  • 2,5 milliards $ Investissements réalisés dans le secteur immobilier
  • 6,5 millions $ Dépenses effectuées en dons et philanthropie auprès de plus de 2000 organismes

    Source: Étude économique sur l’industrie de l’assurance au Québec, Finance Montréal et Raymond Chabot Grant Thornton