Selon le gestionnaire du centre commercial Fleur de Lys, les clients sont au rendez-vous. Peut-être moins nombreux qu’en période prépandémique, mais plus déterminés à acheter. Ce qui a paru dans les chiffres de ventes des locataires d’espaces.
Selon le gestionnaire du centre commercial Fleur de Lys, les clients sont au rendez-vous. Peut-être moins nombreux qu’en période prépandémique, mais plus déterminés à acheter. Ce qui a paru dans les chiffres de ventes des locataires d’espaces.

Le magasinage : un temps nouveau

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
«Pas sûr que ça me tente de retourner dans les centres commerciaux.» Vous avez probablement entendu cette phrase ou vous l’avez peut-être vous-même dite. La pandémie a assurément accéléré un phénomène déjà bien en marche : le magasinage en ligne. Est-ce que ça signifie pour autant la mort du magasinage dans les centres commerciaux? Explications.

La crainte de contracter la COVID-19 motive de plus en plus les gens à faire leur magasinage de la maison. Un sondage CROP-La Presse confirme que les Québécois ont pris goût au commerce en ligne depuis la pandémie et qu’ils continueront à le faire. Et ce malgré les problèmes de livraison qui en ont marqué plus d’un.

Selon cet article de La Presse, 71 % des répondants continueront à magasiner autant de fois que durant la pandémie et 9 % croient qu’ils y retourneront plus souvent. Il est fort pertinent de se demander si ces consommateurs retourneront dans les centres commerciaux à moyen et à long terme.

À l’opposé, La Presse rapportait aussi dimanche dernier qu’il y avait une forte affluence dans les centres commerciaux de la région métropolitaine. On pourrait croire qu’il y ait une volonté de magasiner en personne, mélangée à un besoin refoulé de socialisation.

Ailleurs au Québec, certains gestionnaires de centres commerciaux voient la situation différemment. «Il y a assurément moins de gens qui viennent dans nos centres commerciaux, mais ceux qui y viennent font moins de lèche-vitrine et sont plus déterminés à faire des achats», a expliqué Mario Daigle, porte-parole de Trudel Alliance, propriétaire de plusieurs centres commerciaux dont Fleur de Lys à Québec. Certains commerces ont connu des augmentations dans leurs ventes et d’autres ont même des projets d’agrandissement. Malgré le contexte, ça va relativement bien.»

Changement radical

Par contre, il faut s’attendre à ce que des changements se fassent dans la façon dont les gens magasineront dans les centres commerciaux.

«Clairement, on assiste à un changement assez radical de l’économie et je n’ai aucun signe d’un retour à la normale sous peu», répond Georges-Alexandre Rodrigue, consultant et expert en vente et en marketing chez Celsius Solutions.

Depuis mars dernier, les consommateurs se sont tournés vers le magasinage en ligne alors que tous les magasins étaient fermés. Ce ne serait toutefois pas un phénomène nouveau.

«Quand on parle d’un retour à la normale, on va se demander : “Est-ce que les consommateurs vont retourner dans les centres commerciaux?” La réponse est peut-être que oui... Peut-être que non aussi... Mais un petit peu plus peut-être que oui...» nuance-t-il.

Depuis mars dernier, les consommateurs se sont tournés vers le magasinage en ligne alors que tous les magasins étaient fermés. Ce ne serait toutefois pas un phénomène nouveau.

«Quand on regarde ce qui s’est passé depuis le 13 mars dernier, on dit que les tendances ont changé radicalement. Je mets un petit bémol. Ce que j’observe de mon côté, c’est que les tendances de marketing et de consommation n’ont pas changé, ironiquement. Elles se sont accélérées», analyse M. Rodrigue. «Ce à quoi on assiste présentement, on l’avait déjà vu venir. Évidemment, on n’avait pas prévu les confinements et les baisses dramatiques des chiffres d’affaires. Mais tout ce qui touche la numérisation de l’économie, on s’en allait déjà vers ça. Le problème, c’est qu’en six mois, on a passé au travers de 5 à 10 années de pénétration technologique. Évidemment, ça s’est accéléré très rapidement.»

Cela a pris de court les entreprises qui, pour plusieurs, n’avaient tout simplement pas de plateforme de vente en ligne. «Avant même la pandémie, on voyait déjà que ce n’était pas facile. L’offre de formation pour les entreprises qui voulaient prendre le virage numérique n’était déjà pas optimale. Pouvez-vous vous imaginer quand tout le monde veut prendre ce virage numérique là à peu près tous en même temps? C’est sûr qu’en termes de programmes de formation, le nombre de ressources disponibles pour aider les entreprises, elles se sont toutes fait prendre au dépourvu», ajoute-t-il.

Phénomène multigénérationnel

En même temps, le magasinage en ligne a franchi les barrières des générations. «À partir du moment où j’ai vu mes parents magasiner sur Amazon, là j’ai bien compris à quel point l’économie est en train de se transformer», explique celui qui enseigne aussi le marketing à l’Université Laval. «Il n’y a pas si longtemps, mes parents allaient au centre commercial. Parce que c’était une activité sociale. Ils allaient prendre un café avec leurs amis. Quand je les ai vus aller sur Amazon, honnêtement, ça m’a donné une claque.»


« À partir du moment où j’ai vu mes parents magasiner sur Amazon, là j’ai bien compris à quel point l’économie est en train de se transformer »
Georges-Alexandre Rodrigue, expert en vente et en marketing chez Celsius Solutions


Avant la pandémie, le magasinage en ligne était principalement l’apanage de la génération des millénariaux, selon M. Rodrigue. «Maintenant, les gens qui achètent en ligne, davantage, ce sont les non-millénariaux. C’est-à-dire la génération X ou même les baby-boomers. Ce ne sont plus juste les 25-34 ans qui sont en ligne. Ce sont les 35-44, les 45-54. Il y a même des 55-64! Et beaucoup de 65 ans et plus qui sont en ligne.»

Sans pour autant dire que les jours du magasinage en personne sont comptés, M. Rodrigue estime que les locaux commerciaux subiront un changement majeur de vocation.

Davantage des vitrines

«On peut bien s’imaginer que des gens retourneront dans les centres commerciaux. Mais pour quelles raisons vont-ils le faire? À quelle fréquence vont-ils le faire? Là, c’est dur à prédire présentement. […] Si on regardait dans un horizon d’il y a 10 ans, à l’ère prépandémique, on voyait que les centres commerciaux devenaient de plus en plus des espèces de vitrines ou des opportunités pour des entreprises de faire interagir. Des centres de divertissement pour faire essayer leurs produits aux consommateurs et, c’est encore vrai, à l’ère post-pandémique ou à l’ère de la pandémie», conclut-il.