L'actuelle propriétaire du Krieghoff, Kathy Rioux, organise une fête pour les 40 ans du café.

Le Krieghoff souffle ses 40 bougies

Dans le monde des affaires, celui de la restauration fait partie des paris qui donnent des frissons aux institutions financières. La concurrence est vive et le taux de survie au Québec est de 15 % après neuf ans d'activités.
Pourtant, il est de ces institutions qui durent des décennies. C'est le cas du Café Krieghoff de l'avenue Cartier qui célèbrera ses 40 ans le 26 août. Le café fait partie des vieux de la vieille des cafés bistrots de Québec. Même ses deux voisins ont atteint cet âge de la maturité, le Graffiti et le Jules et Jim.
Et ses murs ont connu l'odeur des Gauloises, des Gitanes et des Malboro dans les divers racoins remplis du smog à la fin des années 70. Et ils ont entendu les débats philosophiques ou politiques des années 80.
C'était le lieu de rassemblement des musiciens, des poètes, des étudiants, des jeunes amoureux chuchotant pendant que Jacques Brel occupait les silences.
Et il y avait des profs de philosophie, de sciences politiques, de sociologie et des politiciens, mais ceux en herbe, capables de débattre des jours entiers et des nuits blanches sur l'avenir du monde en refaisant ce monde depuis sa création. Un client commentait un article du journal et le feu de la discussion s'enflammait aux tables d'à côté.
«Et il y avait les joueurs d'échec et de backgammon qui passait leur journée ici à se relayer d'une partie à l'autre», se souvient Kathy Rioux, l'actuelle propriétaire qui a passé 30 ans de sa vie dans le bistrot en occupant tous les postes, de la cuisine, aux services aux tables jusqu'à la gérance du café sous l'ancien propriétaire Claude Bourbonnais. Et Jacques Brel occupait encore ces jours-ci les pauses dans les discussions des clients sirotant leur café.
Le café a ouvert ses portes juste en face de l'édifice actuel en 1977, là où loge une sandwicherie. Gaétan Nadeau avait décidé que son café porterait le nom du célèbre peintre d'origine néerlandaise Cornelius Krieghoff. Un an plus tard, le café passe aux mains d'un couple de Français qui déménage leurs pénates dans une maison familiale de l'autre côté de la rue, lieu que le Krieghoff ne quittera plus.
Vers 1979-1980, trois hommes d'affaires, dont Jean Lefebvre, mettent la main sur le café avant de céder la place à Claude Bourbonnais quelques années plus tard, lui qui poursuivra la tradition des bons cafés allongés et des longues discussions entre les clients auxquels il n'hésitait pas à mettre son grain de sel.
Racoins inchangés
Les petits racoins n'ont pas changé depuis des lunes, sauf pour la pièce ajoutée au milieu des années 90 repoussant la terrasse arrière un peu plus loin. Et si le menu s'est adapté fil des ans, il y a encore les incontournables croûtons, le Krieghoff, le Croque-monsieur et le Croque-madame ou la tarte fromage et bleuets.
La clientèle des premières heures a vieilli, mais elle revient encore. «Récemment, raconte Mme Rioux, j'ai vu un groupe d'anciens clients, l'arrière-grand-père, le grand-père, l'un des enfants, l'un des petits-enfants et la petite dernière née récemment. Ça faisait cinq générations.»
L'intérieur du Krieghoff a bien peu changé en 40 ans.
Et elle raconte les passages des réguliers, comme les jumelles Lise et Lison qui passent manger leurs frites et prendre leur café. Et les habitués des petits-déjeuners. Les politiciens comme Pierre Moreau, Jacques Dupuis ou Régis Labeaume et d'autres de la Colline parlementaire qui ont leurs habitudes. Sans compter les fonctionnaires qui s'arrêtent au café.
Il arrive même qu'il y ait deux réunions politiques au Krieghoff, les libéraux dans un coin et les péquistes de l'autre, sans qu'il y ait de chicane. Souvent, les uns ne savent pas que les autres sont là.
Du côté des employés, outre Mme Rioux, plusieurs font encore partie de l'histoire du café. Il y a Anick, en poste depuis 23 ans, qui ira gérer le nouveau Krieghoff sur Maguire en perpétuant la tradition; Gilles, dans les cuisines depuis 14 ans. Et d'autres qui usent leurs semelles de la cuisine aux tables depuis 10 ou 12 ans. Cette famille qu'elle a intégrée il y a 30 ans, Kathy Rioux veut la voir continuer. Et son fils âgé de 23 ans travaille au café, lui aussi. C'est l'esprit de famille qui continue!
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Toujours aussi populaire
Un menu datant des premières années du café
Le Krieghoff reste toujours aussi populaire au fil des ans. L'été, les deux terrasses sont bien occupées, comme les quelque 200 places à l'intérieur. 
Toute l'année durant, les déjeuners la fin de semaine sont toujours courus. «Il n'est pas rare de servir 800 petits-déjeuners les samedis et les dimanches. Ce sont de bonnes journées», raconte Kathy Rioux.
Et comment sait-on que c'est une bonne journée?
«On le voit avec les toiles de Krieghoff et la photo de Sylvain Lelièvre à l'entrée. Avec tous les gens qui vont et viennent, les cadres sont tout croche. Alors, on sait que la journée a été bonne et bien occupée», lance Kathy Rioux en riant.
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À 40 ans, c'est la maturité
La tradition veut que l'on souligne les 5 ans, 10 ans, 25 ans d'un commerce, 40 ans on ne voit pas ça souvent. Mais pour la propriétaire du Krieghoff, Kathy Rioux, 40 ans pour un restaurant ou un humain, c'est la maturité. À 40 ans, l'humain sait ce qu'il veut, il sait ce qu'il vaut et où il veut aller. 
«C'est la même chose pour le Krieghoff, ose-t-elle. Et je ne voulais pas manquer ça, sans savoir si je me rendrais au 50e, blague-t-elle. Alors, on organise une grande fête familiale en plein jour, avec des magiciens pour les enfants, du mousseux et des petites bouchées et de la musique. Il n'y aura plus de tables, les gens seront debout. Et on finira par un 5 à 7 musical!»
Elle espère revoir le 26 août les anciens habitués, car elle veut faire connaître l'ambiance du Krieghoff à toute la région de Québec. C'est donc l'une des raisons du nouveau café-bistrot sur Maguire et de la présence du Petit Krieghoff à la Cité-Verte.