Pour Apogée Sports, dont Stéphane Roy est le président, le design de vêtements pour les patineurs de vitesse est devenu un créneau spécialisé qui fait l’envie d’autres entreprises à travers le monde.

Le hasard olympique d’Apogée Sports

Peu d’entreprises spécialisées dans la création de vêtements célèbrent leur 20e anniversaire en même temps de voir des athlètes olympiques porter leurs créations. C’est pourtant le cas de la compagnie de Saint-Augustin-de-Desmaures Apogée Sports, qui peut même se vanter que sa réputation traverse les frontières

L’équipe canadienne de patinage de vitesse a de nouveau fait confiance à l’entreprise de Québec pour la conception des combinaisons des athlètes aux Jeux de PyeongChang. Celles de Hongrie, mais aussi de France et d’Australie, ont aussi porté leur choix sur les vêtements d’Apogée, tellement la qualité de la marque est reconnue à travers le monde. Mais le chemin pour se rendre au sommet n’aura pas été rectiligne, raconte le président d’Apogée Sports, Stéphane Roy.

Retournons en 2008, alors que l’entreprise fête son 10e anniversaire. La crise économique aux États-Unis secoue l’industrie de la vente au détail, avec laquelle Apogée, qui à l’époque fabriquait des vêtements de ski, entretenait des liens.

«Côté vêtement, se mesurer à ces grands de ce monde, comme Rossignol, n’était pas facile», témoigne M. Roy.

Apogée Sports traversait une période trouble, marquée par la remise en question. En réalité, l’entreprise avait besoin de faire un virage à 180 degrés.

«On a arrêté de travailler avec les magasins pour se concentrer sur les vêtements pour les équipes sportives», explique le fondateur. L’année 2008 aura été l’année de la grande restructuration. L’avenir allait prouver à M. Roy qu’il avait pris la bonne décision.

Apogée se lance alors dans la création de vêtements pour cyclistes et l’entreprise rencontre du succès, surtout dans l’est du Canada. De courts délais de fabrication et de livraison permettaient à la compagnie de rivaliser contre les Under Armour ou Nike de ce monde.

«À l’époque, quand on a offert des vêtements de vélo aux équipes, elles nous ont accueillis favorablement. On offrait de livrer la marchandise en trois ou quatre semaines et c’est ainsi qu’on arrivait à faire mieux que la compétition. En plus, tous nos produits sont fabriqués au Canada, et c’est intéressant parce qu’on travaille avec les autres communautés», relate M. Roy.

D’où, alors, provient cette spécialisation pour les vêtements des patineurs de vitesse?

«Du vélo est arrivé la clientèle du patin de vitesse de Québec», débute-t-il. En 2009, Stéphane Roy se rend dans un aréna de la capitale pour assister à une compétition de patin de vitesse et réalise le problème. Un parent lui dit alors qu’Apogée devrait concevoir des vêtements pour les athlètes.

«Moi, je ne comprenais rien à ce sport-là! Mais c’était Marianne St-Gelais, Charles Hamelin, toute cette gang-là qui arrivait», raconte le président de l’entreprise. Il ne se doutait probablement pas que ces deux athlètes prometteurs porteraient un jour ses conceptions aux Olympiques.

«Une grande fierté»
L’entrepreneur se met à l’ouvrage et débute le travail en soufflerie. «On a amené la sécurité dans ce sport-là. On élève les standards mondiaux», se réjouit aujourd’hui Stéphane Roy.

Tout de suite après les Jeux de Vancouver, en 2010, le président du Comité olympique canadien propose à Apogée de commanditer l’équipe canadienne. Puis, l’année suivante, Patinage de vitesse Canada recherche un manufacturier canadien pour la conception des vêtements des athlètes.

«Il y a moi, Louis Garneau et un autre indépendant» dans la course, raconte M. Roy au sujet du processus de sélection du fournisseur. Le choix sera finalement porté vers l’entreprise de Sthéphane Roy.

Pour les Jeux de PyeongChang, Apogée s’est entendue avec l’entreprise chinoise Li-Nang pour la fabrication des vêtements, qui sont tous conçus sur mesure pour chaque athlète. L’expertise du concepteur de la capitale est bien gardée : pas question de vendre des produits aux équipes nationales d’autres pays.

«J’accepte de réserver l’exclusivité sur la performance des vêtements pour Équipe Canada. Je travaille pour eux et j’ai ça à cœur. C’est un challenge, mais c’est aussi une grande fierté», avoue Stéphane Roy.

C’est que les vêtements canadiens sont créés en fonction des spécificités propres à chaque athlète. Ainsi, les modèles vendus aux équipes d’autres pays sont d’une technologie antérieure à celle d’Équipe Canada.

À savoir si Apogée poursuivra sa collaboration avec l’équipe canadienne en vue des prochains Jeux olympiques, M. Roy indique vouloir évaluer de quelle façon l’entreprise pourra le faire.

Malgré tout, l’entrepreneur reconnaît la valeur de la marque qu’il a développée sur la planète patin de vitesse. «En Hollande, il y a des manufacturiers qui aimeraient ça avoir la place que j’occupe», termine-t-il.