Qu'ils chauffent au mazout, à la biomasse ou à l'électricité, les serriculteurs doivent chauffer à fond pour faire pousser leurs tomates.

Le froid coûte cher aux serriculteurs

Le froid polaire qui sévit au Québec depuis le début de l'hiver a un coût pour les serriculteurs, qui verront leur facture d'énergie grimper de 25 à 30 % par rapport à la même période ces dernières années.
À l'inverse de cette année, les derniers hivers avaient été plutôt cléments, souligne Louis Dionne, directeur général de la Fédération des producteurs de serres du Québec. Selon les données qu'il a recueillies, les coûts d'énergie seront environ 30 % plus élevés en décembre. Et la tendance depuis le début janvier ne s'est certes pas inversée!
Qu'ils chauffent au mazout, à la biomasse ou à l'électricité, une chose est sûre, c'est que les serriculteurs chauffent à fond pour faire pousser leurs tomates. Et si une vingtaine de producteurs seulement sur 600 opèrent à l'année, d'autres, dans le secteur ornemental, s'apprêtent à partir leurs semis de fleurs.
«On essaie de pas regarder ça par mois», se console Jacques Demers, pdg des serres Demers.
L'homme d'affaires reconnaît que la facture de chauffage sera assez salée. Il a présentement des tomates en récolte dans sa serre de Drummondville et de jeunes plants de tomates, de poivrons et d'aubergines à Saint-Nicolas.
Mais le plus stressant est d'assurer le bon fonctionnement des équipements de chauffage, dit-il. «Tant qu'on n'a pas de bad luck...» C'est aussi le souhait que formule Marie Gosselin, qui dirige les serres Savoura. Les équipes d'entretien n'ont pas pris beaucoup de congés durant les Fêtes, dit-elle en soulignant le dévouement de ses employés.
Le temps froid n'affecte pas que le chauffage, mais aussi l'éclairage, et pas seulement en matière de coûts.
Chez Savoura, de grands rideaux isolants sont déployés au plafond pour garder le plus de chaleur possible, mais cela affecte l'entrée de lumière.
«Ces temps-ci, la lumière est très importante. La lumière artificielle compense, mais on a vraiment besoin de la lumière du jour. Quand il n'y en a pas beaucoup, ça a un effet sur le rendement.»
Autre embêtement : le programme gouvernemental qui consent depuis cette année des réductions de coût pour l'éclairage est interruptible. En période de grande demande, Hydro-Québec avise les serriculteurs qu'à défaut de réduire la demande, leur facture sera multipliée par... 10.
La décision n'est pas difficile à prendre, dit Marie Gosselin, qui calcule avoir eu une trentaine d'heures d'interruption d'éclairage depuis le début de l'hiver.
Effet sur les prix?
Et cette situation aura-t-elle un effet sur les prix demandés aux consommateurs? Pas vraiment, disent les deux producteurs, puisque leur marchandise est soumise à un marché compétitif. Il y aura toujours des tomates du Mexique à côté des leurs, et il y a une limite à refiler la facture aux clients. «On aimerait bien ça, mais ça ne marche pas comme ça», souligne Jacques Demers avec humour.
Il faut par contre s'attendre à des rendements moindres dans quelques semaines, dit Mme Gosselin.
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L'éclairage du futur
Au pays du froid, les lampes DEL (diodes électroluminescentes) représentent «l'éclairage du futur» pour les serres, croit Marie Gosselin, pdg de Savoura.
Son entreprise a participé à un projet de recherche en collaboration avec GE Lighting, le gouvernement du Canada et l'Université McGill. Pour une même énergie, ce type d'éclairage offre un rendement supérieur. Et contrairement aux traditionnelles lampes à vapeur de sodium à haute pression, les lampes DEL n'émettent pas de chaleur et peuvent être installées dans le feuillage des plantes. Mais selon Marie Gosselin, les coûts d'investissement de départ sont pour l'instant trop élevés pour que les entreprises envisagent le changement.
En attendant, la recherche doit se poursuivre, dit-elle.