Le fédéral veut céder ses terres de la ferme Chapais à des promoteurs

Si la Ville de Lévis espère acquérir les terres de la ferme Chapais pour en faire un parc public, le gouvernement fédéral, propriétaire des terrains, a d'autres visées. Il souhaite les vendre au prix courant afin d'y permettre un développement résidentiel haut de gamme. Bras de fer en vue?
Les terrains de la ferme Chapais ont été classés biens excédentaires du gouvernement fédéral, qui doit donc les céder. Reste à savoir à qui, à quel prix et à quelles fins.
La ferme expérimentale Jean-Charles-Chapais est située à l'extrémité nord de la route des Îles, à Saint-Romuald, sur une terre de 414 000 mètres carrés qui descend en trois paliers vers le fleuve et donne une vue imprenable sur Québec.
La ferme doit éventuellement fermer ses portes, et la propriété, qui appartient au gouvernement fédéral, a été identifiée comme bien excédentaire par le ministère canadien de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Elle doit donc être cédée.
Dès janvier 2013, les élus de Lévis ont marqué l'intérêt de la Ville à devenir propriétaire des lots pour une valeur nominale. «La propriété présente un intérêt marqué au plan patrimonial et urbanistique», avait statué l'administration de Danielle Roy Marinelli.
Son caractère unique vient du fait qu'elle a abrité une station de quarantaine animale dès 1876 et qu'elle était la seule du genre au pays à accueillir des animaux de zoo. En 1981, elle a été transformée en ferme expérimentale pour le compte d'Agriculture Canada.
La Ville de Lévis souhaite que les terres soient rendues accessibles au public. L'ancien maire de Lévis Jean Garon s'était même emparé de la question et avait plaidé pour la création d'un parc dans ce lieu «aussi beau que les plaines d'Abraham!» Le maire actuel, Gilles Lehouillier, a prévu l'intégration de ce futur parc dans le réseau cyclable lévisien.
La Ville s'attendait à ce que le fédéral offre la propriété gratuitement aux autres ministères fédéraux, aux sociétés d'État, et éventuellement aux administrations provinciale et municipale.
Mais en décembre, la direction du développement de Lévis a appris que le gouvernement fédéral envisage plutôt de vendre ses terres aux fins de développement résidentiel haut de gamme, et ce, au prix courant. Dans un tel processus, c'est la Société immobilière du Canada (SIC), le bras immobilier du gouvernement, qui prend le dossier en charge. Sa porte-parole Manon Lapensée a indiqué au Soleil que la SIC achète la propriété à la valeur marchande, élabore un plan pour son développement en collaboration avec les voisins et la Ville, formule des demandes de changement de zonage s'il y a lieu et vend ensuite le terrain à des promoteurs qui s'occuperont de construire les habitations dans ce lieu privilégié.
Or, le zonage à cet endroit permet une utilisation à des fins de parcs et loisirs, et l'administration Lehouillier a bien l'intention que cela demeure ainsi. «En ce qui nous concerne, la vocation doit être récréotouristique. Ça, c'est clair. Et nous allons tenir notre bout là-dessus», a insisté lundi le maire Lehouillier. «La Ville va se faire le gardien de la protection de ce terrain-là.»
Rencontre avec Blaney
Mais la Ville peut-elle infléchir la volonté du fédéral? «Je pense que oui parce que s'ils font du développement résidentiel, il va falloir une demande de changement de zonage. Et nous, on aime mieux le dire en partant, ça va être à des fins récréotouristiques et publiques», a-t-il martelé.Cette position a d'ailleurs été clairement énoncée lundi par résolution en séance du conseil municipal. Le maire rencontrera bientôt le ministre et député fédéral de Lévis, Steven Blaney, pour discuter du dossier.
Le Soleil a voulu connaître la position de M. Blaney. Sa porte-parole, Marie-Christine Patry, nous a transmis cette réponse, par courriel. «M. Blaney a l'intention de rencontrer prochainement le maire de Lévis et de lui partager une mise à jour sur l'état du processus d'aliénation de la ferme Chapais.»