Jean-François Bilodeau a imaginé le projet d’un demi-million de dollars qui portera le nom de «Société des Loisirs» avec ses associés Audrey Lapointe et Olivier Bresse. Ils compte presser leurs premiers disques en décembre.

Le disque vinyle fait au Québec renaît

Près de cinq ans après la vente des actifs de l’unique usine de pressage de disques vinyle au Québec, RIP-V de Saint-Lambert, trois entrepreneurs de Québec ont décidé de faire revivre le vinyle made in Québec en lançant une usine qui devrait presser ses premiers disques au mois de décembre, le tout dans un environnement qui inclura aussi un café et un disquaire.

Jean-François Bilodeau a imaginé le projet d’un demi-million de dollars qui portera le nom de «Société des Loisirs» avec ses associés Olivier Bresse et Audrey Lapointe. Mélomane, ancien étudiant en musique, ex-employé du disquaire Archambault et ancien directeur des programmes à la radio communautaire CHYZ FM, Jean-François gérait la pizzeria de sa conjointe depuis quelques années alors qu’Olivier est agent d’artistes et qu’Audrey, qui vient de terminer une maîtrise en architecture, a connu ses deux acolytes alors qu’ils travaillaient tous au Café Maelstrom Saint-Roch.

Leur projet répond aussi à plusieurs constats qu’ils avaient faits au fil des années sur l’offre commerciale dans la ville de Québec. «On souhaitait créer un endroit où on propose de la musique, où les gens peuvent se retrouver et qui viendrait compléter l’offre des disquaires le Knock-Out de Saint-Roch et Explosive Groove de Limoilou.

«C’est grâce aux nouvelles technologies, qui ne nécessitent pas un équipement super lourd et dont les pièces sont disponibles à proximité, qu’un projet comme celui-là devient réalisable», explique Jean-François. «Il ne reste presque plus de presses de première génération, mais quelques usines de pressage utilisant de nouvelles technologies ont ouvert leurs portes dans le monde ces dernières années avec la renaissance du vinyle. On en compte environ 35 à travers le monde, dont une dans l’Ouest canadien, quelques-unes à Toronto et une à l’Île-du-Prince-Édouard qui a ouvert il y a deux ans», explique Jean-François Bilodeau. «Le fait que les nouvelles presses ne nécessitent pas l’utilisation de vapeur enlève aussi un coût notable dans le processus de pressage de disques vinyle.»

Présentement, trois entreprises dans le monde fabriquent de l’équipement servant à presser des disques vinyle: Newbilt Machinery en Allemagne, Pheenix Alpha en Suède et Viryl à Toronto. C’est chez Viryl que la Société des Loisirs a choisi d’acheter son équipement. «Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’avais cette idée, mais je croyais que ça fonctionnait encore avec les vieilles machines. C’est quand j’ai appris l’existence de ces presses de nouvelle technologie que je me suis rendu compte que ce serait faisable. Nous avons aussi été invités à visiter l’usine Third Man Pressing, qui appartient au musicien Jack White, et le gérant nous a donnés quelques trucs pour bien faire fonctionner l’usine.», poursuit-il.

Réduire les délais

En tant qu’agent d’artistes, Olivier Bresse connaissait aussi très bien les délais extrêmement longs pour faire presser de 300 à 500 unités dans les usines existantes en raison de la rareté de celles-ci et de la forte demande. «On parle souvent d’un délai de six mois. Nous, on visera plutôt six semaines», explique-t-il.

«L’idée pour nous est de démocratiser le vinyle, car on sait aussi combien ça peut coûter, par exemple quand les frais d’envoi ne sont pas inclus. Le vinyle est un objet promotionnel indispensable, mais qui n’est pas toujours accessible aux artistes locaux. On travaille très fort pour être compétitifs sur les petits tirages», reprend Olivier Bresse, qui entend travailler en collaboration avec les artistes québécois et les petites compagnies de disques émergentes comme Mean Bean Records, qui se spécialise dans les rééditions de «trésors cachés» du rock sur vinyle.

Couleurs et effets

Comme l’indique Jean-François Bilodeau, la presse qui sera utilisée par la nouvelle usine pourra aussi fabriquer des vinyles de couleur ou avec des effets spéciaux pour produire des disques à édition limitée qui sont en forte demande tant de la part des artistes qui aiment pouvoir les offrir que chez les collectionneurs qui veulent les acquérir. «On sent qu’il y a une demande pour ça au Québec», poursuit Jean-François.

Le trio s’affaire présentement à négocier le bail du local où s’installera la «Société des loisirs». «On ne dévoile pas encore l’endroit, mais ce sera dans Saint-Roch. Si tout va bien, notre café et notre magasin de disques devraient ouvrir au mois de septembre et nos presses devraient produire leurs premiers disques au début décembre», conclut Jean-François.