Pour André Simard, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture, cette situation «soulève des questions et n'apporte pas de réponse».

Le député André Simard inquiet de l'abattage rituel

Le dossier de l'abattage rituel a pris une tournure politique mercredi. Invoquant à la fois le droit des animaux de mourir avec le moins de souffrances possible et le droit des consommateurs de savoir ce qu'ils mangent, le député péquiste André Simard s'est insurgé contre la généralisation d'une pratique qui devrait demeurer une exception.
L'abattage rituel des animaux est celui qui se pratique selon les rites propres à certaines religions, en l'occurrence ici musulmane (halal) ou juive (casher). Outre le fait que certaines règles doivent être respectées (par exemple la bénédiction), c'est surtout le fait que les animaux ne soient pas insensibilisés avant d'être saignés qui dérange le critique en agriculture pour l'opposition officielle, qui est également médecin vétérinaire.
M. Simard avait convoqué la presse pour réclamer l'obtention d'un portrait complet de cette industrie de la part du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), Pierre Corbeil, puisque ses fonctionnaires ont été incapables de répondre à sa demande d'accès à l'information.
Sans remettre en cause la légalité de ces abattages (qui relèvent d'une règlementation fédérale), il dit craindre que ce qui devrait être une exception pour un marché bien spécifique ne soit devenu la règle, ce qui selon lui «heurte de plein fouet les valeurs québécoises». Pour des raisons de commodité, croit-il, certains abattoirs recourent systématiquement à ce mode d'abattage, quelque soit le marché auquel ils destinent leur viande.
S'inspirant d'un reportage télé, il affirme que c'est le cas de l'une des usines de poulets d'Olymel. Or, la compagnie a clairement expliqué au Soleil que sa seule pratique liée à sa certification halal (qu'elle possède depuis deux ans) est la bénédiction par un imam de la viande destinée aux commerçants qui en font la demande. Et tous les poulets sont insensibilisés selon les règles de l'art, a affirmé le porte-parole Richard Vigneault.
Par ailleurs, il n'y a qu'à aller sur le site d'Agriculture et Agroalimentaire Canada pour connaître le nom des établissements de viande agréés par le gouvernement fédéral et dont plusieurs sont au Québec.
La Coalition Avenir Québec (CAQ) a saisi la balle au bond et demandé l'identification obligatoire des viandes halal et casher. À l'instar d'André Simard du PQ, le député Benoît Charrette voit dans la situation actuelle un «accommodement déraisonnable».
Ministre rassurant
En fin de journée, le ministre Pierre Corbeil a publié un communiqué pour rassurer la population sur la salubrité et l'innocuité des viandes, sur laquelle le député Simard a aussi émis des doutes.
«L'abattage des animaux au Québec est encadré par des lois et des règlements qui assurent un abattage sans cruauté et une viande salubre», dit le ministre.
Il se dit par contre «bien conscient des enjeux associés à la provenance de la viande et au mode d'abattage des animaux», et «entend sensibiliser son homologue fédéral quant à la possibilité de mieux encadrer l'étiquetage afin de fournir une information plus précise aux consommateurs».
Ce débat n'est pas sans rappeler celui qui marque l'actuelle campagne présidentielle en France. On peut voir sur Internet à quel point il est éclaté et hautement émotif pour certains.
Des militants pour les droits des animaux font circuler des vidéos d'abattage rituel, où l'on voit des bêtes saignées à froid se vider de leur sang pendant parfois plusieurs minutes avant de mourir.
La même dénonciation prend une teinte encore plus politique sur des sites comme celui du Mouvement pour la non-islamisation du Québec et du Canada.
Ailleurs, des consommateurs s'insurgent contre le coût supplémentaire qui est potentiellement associé à la certification halal ou casher et qui serait assumé par tous, même si elle répond aux besoins d'une clientèle très restreinte.