Un camion électrique Lion8 avec la benne de collecte d’ordures de Boivin Évolution.
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Le constructeur de véhicules électriques Lion sur le chemin de la Bourse de New York

Julien Arsenault
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Le constructeur d’autobus et camions électriques Compagnie électrique Lion prendra le chemin de la Bourse de New York pour financer sa croissance, qui passera par l’ajout d’une usine de production aux États-Unis et probablement de projets pour accroître sa présence à Saint-Jérôme, où se trouve son siège social.

C’est un montant net supérieur à un demi-milliard de dollars américains qui sera récolté par l’entreprise québécoise fondée en 2008, qui a annoncé lundi un regroupement avec Northern Genesis, une «société d’acquisition à vocation spécifique» dont les actions sont déjà offertes. La valeur boursière initiale de la nouvelle entité, qui s’appellera Lion et dont le symbole boursier sera LVE, a été évaluée à 1,9 milliard $US (2,5 milliards $).

«Au cours des 10 dernières années, nous avons [construit] la fondation pour en arriver là où nous sommes, a expliqué le président et fondateur de Lion, Marc Bédard, au cours d’une entrevue téléphonique. Là, nous avions besoin d’avoir les moyens de nos ambitions. C’est ce que cette transaction nous permet.»

Celui-ci demeurera le dirigeant de l’entité regroupée.

La société de Saint-Jérôme, qui a notamment vendu des camions au géant Amazon et à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, compte actuellement 300 véhicules qui circulent sur les routes et propose sept modèles de camions et autobus électriques. Elle croit pouvoir en livrer 650 l’an prochain.

Même si la capacité annuelle de l’usine située dans les Laurentides est estimée à 2500 unités, il est impératif pour Lion — qui emploie quelque 450 personnes dans la province — de se positionner dans le marché américain, a expliqué M. Bédard.

«On veut produire là-bas pour assurer une présence locale et économiser par exemple sur les frais de livraison», a-t-il expliqué, en ajoutant que l’endroit sera choisi au début de la prochaine année afin que l’usine soit prête en 2023.

Pour l’exercice qui se termine à la fin de l’année, Lion s’attend à livrer deux camions ainsi que 118 autobus en plus de générer des revenus de 29 millions $US (37,6 millions $), selon sa présentation aux investisseurs. M. Bédard voit grand, puisque la compagnie vise 18 400 unités en 2024 ainsi qu’un chiffre d’affaires de 3,6 milliards $US (4,7 milliards $).

Le Québec pas en reste

Même si Lion souhaite construire une usine de production en territoire américain, son grand patron a précisé que la province devrait bénéficier du plan d’expansion, puisque tout indique qu’une usine de fabrication de batteries est sur le point de voir le jour à Saint-Jérôme, où la municipalité a offert un terrain à cet effet.

«Nous ne sommes pas capables de le confirmer encore parce que nous sommes en train d’attacher les détails, a dit M. Bédard . On travaille vraiment fort pour y arriver. Notre volonté, c’est de le faire au Québec, c’est certain.»

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a confirmé qu’il y avait des discussions visant à s’assurer que le Québec accueille l’usine de fabrication de batteries que souhaite construire Lion.

Au cours d’un entretien téléphonique, il a également salué la percée de la société au sud de la frontière.

«C’est très logique d’avoir une usine d’assemblage aux États-Unis, d’autant plus que le concept du Buy American va prévaloir, a dit le ministre de l’Économie. Le marché américain, c’est 10 fois le marché canadien.»

Le projet de Lion aux États-Unis représente des investissements d’environ 130 millions $US (168,8 millions $) alors qu’au Québec, lorsque l’on tient compte de la recherche et développement, c’est près de 170 millions $US (220,7 millions $) qui pourraient être déployés, a précisé le dirigeant de Lion.

En ce qui a trait au financement, environ 320 millions $US (415,5 millions $) proviendront des liquidités détenues par Northern Genesis. Un investissement privé dans des actions émises dans le public, fixé à un prix de souscription de 10 $US (12,98 $) l’action, permettra de récolter 200 millions $US (259,7 millions $).

La clôture est prévue au premier trimestre de la prochaine année. Les actionnaires existants continueront de contrôler environ 70 % de la nouvelle entité, ce qui, selon M. Bédard, permet de conserver son identité québécoise. Une filiale du conglomérat montréalais Power Corporation du Canada est actuellement l’actionnaire majoritaire de Lion avec une participation de 44,2 %. Celle-ci passera à 31,4 % une fois la transaction avec Northern Genesis complétée.