Les cépages européens devraient rencontrer un climat favorable dans la région de Montréal vers 2050 et vers 2065 dans la région de Québec.

Le climat du Québec bon pour le vin en 2050?

Un pinot noir gaspésien, ça vous dirait? Le fameux gamay de Drummondville? Et pourquoi pas un petit cépage local abitibien, un coup parti? En 2017, ces propositions semblent totalement invraisemblables, mais elles pourraient devenir très possibles dans la seconde moitié du siècle, d'après une étude du consortium scientifique Ouranos sur les changements climatiques.
«C'est sûr que je préfèrerais que tout soit fait pour limiter le réchauffement, mais il y a déjà des changements qui sont inévitables pour les décennies à venir. Alors on voulait voir si, à côté des inconvénients, il y aura aussi des opportunités qui viennent avec ça», dit le climatologue Philippe Roy, auteur principal de l'étude qui vient de paraître dans la revue savante Climatic Change.
À l'heure actuelle, explique-t-il, la plupart des vignes cultivées au Québec sont des hybrides entre des cépages européens incapables de survivre ici et d'autres souches plus adaptées au froid. Des essais avec des cépages européens qui murissent le plus rapidement (ce qui est bien pratique dans un climat «froid») ont été lancés et «il y a un peu de pinot noir et de chardonnay qui commence à se cultiver dans la région de Montréal, mais c'est plutôt exploratoire pour l'instant», dit M. Roy. Dans l'ensemble, il demeure que même ces cépages plus résistants au froid, auxquels on pourrait ajouter d'autres exemples comme le gamay, ne tolèrent pas bien notre climat.
Données historiques
Ou du moins, pas encore... Afin de savoir comment le réchauffement planétaire allait profiter à la viticulture du Québec, M. Roy a pris des données climatiques historiques remontant à 1960 et les a extrapolées jusqu'à 2065, selon deux scénarios climatiques réalistes - l'un plus optimiste, l'autre plus pessimiste. Il a suivi plus précisément quatre indicateurs climatiques importants pour la vigne et a calculé les chances pour que des seuils optimaux soient franchis d'ici 2065, soit : le nombre de jours consécutifs avec des températures supérieures à - 2 °C (il en faut idéalement 180 pour les cépages européens les plus «endurcis»), les degrés-jours au-dessus de 10 °C accumulés entre avril et octobre (le seuil à atteindre est de 1250), la température minimale en hiver (elle doit être supérieure à - 22 °C) et le nombre de jours par année passés sous cette température (moins de cinq, idéalement).
Résultat : vers 2050, ces souches européennes devraient avoir un climat «très bon» dans la région de Montréal et, au rythme où vont les choses, «autour de 2065, c'est presque tout le corridor Québec-Montréal qui pourrait avoir des conditions propices», dit M. Roy.
Fait étonnant, plusieurs secteurs côtiers de la Gaspésie pourraient également bien se prêter à certains cépages européens passé 2065. Et des régions où l'on ne trouve que de très rares (et courageux) vignerons présentement, comme le Lac Saint-Jean et l'Abitibi, devraient avoir des conditions favorables pour voir leur secteur viticole croitre - encore que ce sera avec des vignes hybrides, car même le climat de la fin du siècle restera trop rigoureux pour les cépages européens dans ces endroits-là.
«Ma patronne chez Ouranos vient de l'Abitibi et elle a un frère qui cultive déjà la vigne là-bas, dit M. Roy. [...] Il faut dire qu'il y fait quand même assez chaud en été parce que c'est une région qui est très terrestre. Ils reçoivent un air qui vient de l'ouest et qui a eu le temps de se réchauffer, alors que dans le sud du Québec, on a plus un mélange d'air de l'ouest et de la mer.»
Cependant, les Prairies sont connues pour avoir des hivers particulièrement froids - elles sont loin de la mer, qui a un effet réchauffant en hiver, tout comme l'humidité -, si bien que «le problème de l'Abitibi va rester les minimums hivernaux. Des - 30 °C, il va y en avoir encore, et ça implique de prendre des mesures de protection des vignes qui sont assez lourdes, même pour les hybrides», dit M. Roy.
Précisons que l'étude n'a porté que sur l'aspect climatique de la viticulture et que d'autres facteurs locaux - qualité des sols, pentes, etc. - entrent en ligne de compte. En outre, plusieurs cépages adaptés à la chaleur et qui demandent plus de temps à mûrir, comme le cabernet sauvignon, ne pourront toujours pas être cultivés au Québec.