On ignore précisément combien de points de vente de marijuana au Canada seront prêts à ouvrir leurs portes mercredi.

Le cannabis offert en ligne détrônera-t-il le petit revendeur du coin?

TORONTO — Lorsque le cannabis récréatif sera légalisé mercredi, une centaine de magasins à travers le pays pourraient être déjà prêts à ouvrir leurs portes. Mais pour la plupart des Canadiens, le premier achat de marijuana légale se fera probablement en un clic.

Les gouvernements provinciaux et territoriaux et les détaillants privés se disent prêts à accueillir un afflux soudain de consommateurs en ligne, mais on ignore à quel point cette demande sera forte. Lorsque les sites de vente ouvriront mercredi à 12 h 01 (heure locale), le Canada deviendra l’un des rares pays au monde à légaliser et réglementer à l’échelle nationale le cannabis à usage récréatif.

Selon une récente étude de la firme Deloitte, le marché canadien du cannabis devrait générer des ventes totales de 7,17 milliards $ en 2019, si l’on tient compte de la marijuana thérapeutique et du cannabis récréatif, qu’il soit obtenu légalement ou illégalement. Deloitte estime par ailleurs que les ventes légales devraient représenter plus de la moitié de ce marché - soit jusqu’à 4,34 milliards $.

En vertu du cadre canadien, la marijuana thérapeutique n’est disponible qu’en ligne, par le biais de producteurs autorisés qui le livrent à domicile; ce modèle de commerce électronique devrait aussi jouer un rôle majeur dans le marché du cannabis récréatif.

Combien ouvriront mercredi?

On ignore précisément combien de points de vente de marijuana au Canada seront prêts à ouvrir leurs portes mercredi; on estime qu’environ 35 pour cent de la population devrait avoir accès à un point de vente dans un rayon de 10 kilomètres au cours du quatrième trimestre de 2018, selon une étude récente de Statistique Canada. En comparaison, 90 pour cent des Canadiens résident actuellement à moins de 10 kilomètres d’un magasin d’alcool, indique l’agence fédérale.

Les données issues des régimes existants de marijuana médicinale au Canada et de cannabis récréatif aux États-Unis - où des États comme le Colorado l’ont déjà légalisé - peuvent être utiles comme guides, a déclaré Mark Barbour, porte-parole de la Société des alcools du Nouveau-Brunswick. Les dernières données de Statistique Canada montrent ainsi que les producteurs autorisés de cannabis thérapeutique ont effectué 135 062 envois en juin dernier.

Prêts à faire face à l’afflux

Le fournisseur de logiciels de commerce électronique Shopify, choisi par l’Ontario, la Colombie-Britannique et certains détaillants privés de cannabis, ne s’inquiète pas trop du volume de clics et d’achats au moment de l’ouverture mercredi. L’entreprise d’Ottawa a procédé à une multitude de tests, et elle a déjà géré d’importantes ruées de visiteurs en ligne pour des cosmétiques lancés par la vedette de téléréalité Kylie Jenner, a déclaré le vice-président et directeur général de Shopify, Loren Padelford.

Mis à part des problèmes d’afflux soudain de demandes, il existe des préoccupations croissantes quant à l’offre. Le chef de la direction d’Aphria, Vic Neufeld, s’attendait la semaine dernière à un «épuisement des stocks» à un certain moment. L’Institut C.D. Howe prévenait aussi la semaine dernière que les approvisionnements actuels en cannabis au quatrième trimestre ne couvriraient qu’entre 30 et 60 pour cent de la demande totale.

Brad Poulos, de l’École d’administration Ted Rogers à l’Université Ryerson, de Toronto, n’est pas certain, par ailleurs, que les consommateurs actuels laisseront tomber leur revendeur du coin pour passer aux boutiques d’État. Les dispensaires illicites qui ont pignon sur rue, comme les «Centres compassion» de Boris Saint-Maurice, seront probablement menacés, mais les sites en ligne le seront beaucoup moins, croit toutefois le professeur Poulos.

Par ailleurs, l’avantage du petit revendeur du coin, c’est qu’il peut livrer la marchandise dans les heures qui suivent, alors qu’il faudra attendre quelques jours l’arrivée du livreur de colis pour obtenir son «cannabis légal», a-t-il ajouté. «(Les revendeurs) n’ont besoin d’aucun site internet (...) Le marché illicite actuel jouit de nombreux arguments très convaincants.»