L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, veut favoriser la coopération et non la confrontation.

Le Canada prêt à négocier l'ALÉNA

Le gouvernement canadien commence à lever le voile sur l'approche qu'il compte adopter si Donald Trump décide de tenir sa promesse de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).
L'ambassadeur du Canada aux États-Unis a commencé à insister sur certains principes qui seront mis de l'avant advenant la réouverture de l'accord, et ceux-ci privilégient la coopération à la confrontation.
Dans un entretien accordé à La Presse canadienne, David MacNaughton a exprimé son désir de voir les pays concernés favoriser les idées imprégnées de bon sens, dans le but d'améliorer l'entente, plutôt que de présenter des demandes exigeantes qui pourraient entraîner de grandes discussions dramatiques.
«Nous avons abattu une importante quantité de travail [pour nous préparer à cela]», a affirmé M. MacNaughton. «Nous avons une bonne idée de ce qui serait intéressant pour le Canada. [Mais] les sujets sur lesquels nous devons nous concentrer - et sur lesquels, je crois, nous nous concentrons - sont ceux qui ne représentent pas seulement l'intérêt du Canada, mais l'intérêt du Canada et des États-Unis.»
«Je crois que si nous essayons simplement de faire avancer les éléments qui fonctionneraient pour nous, mais qui ne fonctionneraient pas pour eux, cela ne sera pas [...] aussi simple.»
Disputes nombreuses
Or, les disputes commerciales potentielles avec la prochaine administration américaine sont déjà assez nombreuses.
Parmi celles-ci se trouvent notamment l'engagement du président désigné à lutter contre certaines politiques fiscales étrangères, sa préférence pour le protectionnisme dans les projets d'infrastructures, la dispute sur le commerce du bois d'oeuvre, déjà bien engagée, et la colère croissante des producteurs de lait américains par rapport aux règles canadiennes sur les importations.
Conscient des irritants qui pourraient surgir en 2017, Ottawa a déjà commencé à tendre une perche à des alliés américains potentiels pour consolider sa défense contre certains de ces enjeux.
Mais le gouvernement veut éviter que ces irritants injectent une nouvelle dose d'incertitude dans les discussions au sujet de l'accord commercial qui gouverne les échanges dans la région du monde où le Canada vend plus des trois quarts de ses exportations.
M. MacNaughton n'a pas voulu préciser quelles étaient les améliorations envisagées, indiquant qu'il préférait ne pas négocier sur la place publique.
Mais il a confirmé un changement potentiel : les visas professionnels. Plusieurs entreprises internationales se plaignent du système de visas, qu'ils jugent désuet. Celui-ci génère une vaste paperasserie lorsque des employés doivent traverser la frontière pour le travail. Lorsque questionné à ce sujet, M. MacNaughton a confirmé qu'il s'agissait du genre d'amélioration mutuellement profitable qu'il privilégie.
Signaux encourageants
En attendant le début des discussions, il est difficile de savoir ce que l'administration Trump attend vraiment du Canada - le président désigné n'a presque jamais mentionné son voisin nordique pendant sa campagne électorale, même lorsqu'il s'en prenait à l'ALÉNA.
Malgré tout, M. MacNaughton dit avoir reçu des signaux encourageants en ce qui a trait à l'attitude de M. Trump vis-à-vis du Canada.
L'ambassadeur explique avoir eu des conversations positives avec des proches de M. Trump, incluant son futur procureur général, Jeff Sessions, et le futur chef d'état-major de la Maison-Blanche, Reince Priebus, qui a assisté à un repas pour les correspondants à la Maison-Blanche organisé à l'ambassade canadienne.
Les principales complaintes de l'équipe de M. Trump au sujet du commerce comprennent la manipulation des devises, le dumping d'acier, la main-d'oeuvre bon marché, les déséquilibres commerciaux et les normes environnementales qui compliquent la compétitivité des entreprises américaines.
«Aucune de ces choses ne s'applique au Canada», a noté M. MacNaughton. «Je crois qu'ils nous voient comme des "gentils" plutôt que comme des "vilains", en ce qui a trait au commerce.»
Cela soulève certaines questions quant au troisième partenaire nord-américain, le Mexique, qui a souvent été la cible des railleries de M. Trump. Est-ce que le Canada voudra conserver le bloc de trois partenaires pour renégocier l'ALÉNA, ou couper le Mexique du processus pour tenter d'obtenir la meilleure entente possible avec les Américains?
M. MacNaughton n'a exclu aucune possibilité. «La réalité, c'est que nous faisons ce qui représente l'intérêt du Canada, a-t-il fait valoir. Nous n'avons pas le contrôle exclusif pour ce qui est de savoir si les Américains veulent des conversations trilatérales ou bilatérales.»