Jusqu’ici, seulement six commerces participent au projet, mais Pierre-Alexandre affirme qu’il est déjà en discussion avec une dizaine d’autres partenaires dans la région.

Le BLÉ, la monnaie locale de Québec, est lancée

Le mouvement Monnaie locale complémentaire (MLC) lançait dimanche à la brasserie artisanale Griendel son projet-pilote de monnaie communautaire BLÉ (pour billet local d’échange), dont le but est de recréer une économie qui soit plus proche des besoins des gens, tout en impliquant le citoyen dans son évolution.

Il y a deux ans, l’idée de créer une monnaie locale a doucement germé, au comité des AmiEs de la Terre de Québec. L'un des membres de l'organisme, Pierre-Alexandre Caron, aujourd’hui porte-parole de MLC, avait eu l’idée encore très marginale à l’époque, avec ses amis Laurent Metais et Luc Gosselin, d’imaginer des alternatives au dollar canadien.

«Comme ça existe pas mal déjà ailleurs, on s’est rendus compte ensemble qu’il y avait déjà plusieurs personnes impliquées dans le milieu de l’économie sociale et locale. Ça nous a fasciné. On a donc commencé un certain démarchage et tranquillement, plusieurs personnes nous ont rejoint.»

Dans le monde, le concept de monnaie locale est déjà bien développé et porte ses fruits en France, en Angleterre, mais aussi en Allemagne, en Belgique ou en Suisse. Fait intéressant: dans la ville de Bristol, à l’ouest de Londres, le maire a même accepté d'être payé en Bristol Pounds, une monnaie communautaire lancée en 2012.    

Un pour un 

Dimanche, Pierre-Alexandre et sa petite équipe ont réalisé la première émission de BLÉ qui soit publique et ouverte à tous à Québec. Le principe est simple : on achète un BLÉ pour un dollar, et on se fait ensuite remettre une liste de commerces où il est possible de dépenser sa nouvelle monnaie. En boutique, le client remet sa nouvelle monnaie au commerçant, et reçoit le change en dollars canadiens. Toutes les taxes s’appliquent encore sur le produit. 

Seul défi pour le commerçant : celui-ci doit prendre en charge la partie des taxes payées en BLÉ et les échanger en dollars canadiens, afin de les distribuer dans sa forme légale à l’État fédéral. «C’est une contrainte, on le sait, mais ce n’est pas un gros problème, parce que le volume de BLÉ en stock va toujours être faible. On aura toujours assez pour compenser autrement dit, et c’est une opération qui se fait automatiquement [avec Revenu Québec]», explique l’instigateur.

Jusqu’ici, seulement six commerces participent au projet, mais le jeune économiste affirme qu’il est déjà en discussion avec une dizaine d’autres partenaires dans le secteur. «On aimerait avoir un réseau de 30 à 40 commerçants d’ici Noël prochain, et surtout lancer une seconde émission publique, tranche-t-il. Pour l’instant, on a 10 000 BLÉ maximum qui peuvent être mis en circulation.»

Le principe du un pour un s'applique entre le BLÉ et le dollar canadien, ce qui signifie qu'aucune perte n'est envisageable pour le consommateur.

Même s’il reconnaît que son projet en est encore au stade embryonnaire et à petite échelle, l’entrepreneur voit un engouement de plus en plus fort se créer autour du concept. «Il y a de plus en plus commerces qui viennent nous voir pour se faire présenter le projet, et aussi des politiciens qui commencent à en parler. On sent ça grandir tranquillement, c’est super motivant», lance-t-il.

Rapidement, Pierre-Alexandre aimerait aussi voir le concept s’étendre aux régions périphériques de la capitale. «Notre monnaie, elle ne doit pas se limiter aux quartiers centraux, elle est là pour toute la région. Il faut que les producteurs locaux de Lotbinière ou de la Beauce, par exemple, puissent être impliqués eux-aussi.» 

Les limites du BLÉ seront toujours celles que les utilisateurs-membres lui imposeront, poursuit le porte-parole. Il estime que les frontières ne seront jamais géographiques, mais plutôt humaines. «C’est pour ça qu’on est dans une dynamique d’inclusion d’abord, avance-t-il. On a fait des soirées en co-création pour démarrer la monnaie, trouver le nom. Bref, on a sondé les gens, pour savoir comment ils voyaient ça.»

Revendications à la tonne

Au-delà de son avantage économique pour sa propre région, le BLÉ signifie aussi un geste clair d’affirmation de son militantisme envers certaines causes essentielles, selon le porte-parole.  

«Le but, c’est aussi de faire des gains au niveau environnemental, de solidifier l’économie locale, de sauvegarder le plus possible d'emplois, d’être capable aussi de garantir que l’argent reste au Québec et ne s’envole pas dans des paradis fiscaux, dit-il. Bref, c'est vraiment plein de choses à la fois.»

Plus qu’une simple façon de dépenser, son projet est à ses yeux le résultat d’une crise écologique, sociale et politique qui créé énormément de cynisme envers nos décideurs actuellement, incapables de renverser la tendance. «On le voit aussi comme une reprise de pouvoir citoyen en arrière de tout ça», convient le jeune homme d’une vingtaine d’années. 

Convaincu que l’idée peut devenir un véritable succès et «un outil positif pour Québec et son économie», Pierre-Alexandre et son équipe entendent entreprendre des démarches plus formelles auprès de la Ville d’ici quelques mois, quand l’organisation sera plus stable et plus avancée.

«Si un commerce a trop de BLÉ, il m’appelle et je lui refile l’équivalent en canadiens, mais le but, ultimement, c’est que ça arrive le moins souvent, de manière à ce que l’économie tourne par elle-même dans un circuit fermé, conclut-il. Ça devient une manière d’épargner des dollars que tu consommerais toi-même.»

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LISTES DES COMMERCES PARTICIPANTS AU 10 JUIN 2018

1) Accommodation Bio (1298, 2eAvenue) 

2) Umanovo, entraînement privé (1623, rue Sheppard)

3) Craque-Bitume (798, 12eRue)

4) Bicycles Falardeau (174, rue Richelieu)

5) Coop Courant alternatif (rassemblement d’électriciens) 

6) Pierre Barrellon, Photographe